31/05/2011 – 17h50
MILAN (NOVOpress) – La gauche italienne a triomphé hier aux élections municipales, dans un scrutin qui avait valeur de test national et qui, de l’avis de la plupart des commentateurs, marque la fin du berlusconisme. Milan, citadelle historique du centre-droit, est tombée à gauche, après une campagne particulièrement âpre entre le maire sortant, Letizia Moratti (PDL, parti de Berlusconi, allié à la Ligue du Nord), et son adversaire, Giuliano Pisapia (photo), à la tête d’une vaste coalition (socialistes, communistes, écologistes de gauche). Pisapia a gagné largement, avec 55,1 % des voix.
Berlusconi, Moratti et leurs alliés avaient axé leur campagne contre les dangers d’une victoire de la gauche, dénonçant les projets de Pisapia en faveur d’une grande mosquée et de la libre implantation de camps Roms, ainsi que ses liens bien attestés avec l’extrême gauche. En dépit ou à cause d’une rhétorique très alarmiste, ils n’ont pas convaincu. La gauche a efficacement ridiculisé ces avertissements comme de purs fantasmes. Une vidéo parodique mise en ligne ces derniers jours, « Il favoloso mondo di Pisapie » et regardée par 500.000 personnes rien que sur YouTube, montre un électeur hésitant dans l’isoloir, qui pense à ce que pourrait être Milan sous la gauche : une ville entièrement livrée aux immigrés, aux drogués et aux homosexuels, où les clandestins affluent, les commerçants parlent arabe, les voitures sont volées…
Le PDL en Italie est à peu près dans le même état d’usure et d’impopularité que l’UMP en France. Une affaire de permis de construire dans le centre de Milan au profit du fils de Letizia Moratti, qui s’est fait bâtir un loft de grand luxe sur le modèle de la caverne de Batman, avec un pont-levis sur une piscine, a fait beaucoup de tort au maire sortant. Mais il faut ajouter que Berlusconi avait lui-même, au début du mois, expliqué aux Italiens : « nous ne devons pas avoir peur de l’arrivée de quelques milliers de personnes ». On n’est pas très crédible, après cela, pour essayer d’alarmer les électeurs sur l’immigration et l’insécurité.
Tous ceux qui ont ri en regardant « Il favoloso mondo di Pisapie » risquent quand même d’avoir de mauvaises surprises. Hier, à peine les résultats proclamés, une des grandes figures de la gauche italienne, le président de la Région Pouilles, Nichi Vendola (photo), ex-communiste devenu président des écologistes de gauche (et qui se définit par ailleurs comme gay catholique) s’est précipité à Milan. Haranguant les militants de gauche rassemblés devant la cathédrale, il a déclaré sous les applaudissements : « Nous embrassons à présent nos frères Roms et musumans ». La presse de droite titre aujourd’hui : « Vendola jette le masque ». Un journaliste de gauche a commenté ironiquement : « Pisapia a de la chance que Vendola ait attendu son élection pour faire ce discours ».
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