Quoi de plus moderne que la monarchie ?, par Eric Letty

L’engouement planétaire pour le mariage du prince de Galles et de Kate Middleton, nouvelle duchesse de Cambridge, a été largement partagé en France. Notre pays, au fond, n’est-il pas resté profondément monarchiste ?

Article extrait du n° 843 de Monde & Vie daté de mai 2011

Le mariage du Prince de Galles et de Kate Middleton a fait descendre, le 29 avril dernier, plus d’un million d’Anglais dans les rues de Londres pour participer à cette fête de famille et acclamer les mariés. Qui dit mieux? Les Français ! Du moins, à en croire le rédacteur en chef du Point, Hervé Gattegno… Dans un article publié le jour même du mariage anglais, celui-ci jugeait « assez paradoxal que 79 % des Britanniques affirment qu’ils se moquent de ces épousailles nationales alors que de notre côté de la Manche, c’est-à-dire dans le seul pays qui a guillotiné son roi, on assiste à un déluge d’émissions, d’articles et de débats sur ce qui n’est après tout qu’« un (non)-événement mondain ». La suite a montré que les Britanniques ne se moquaient pas tant que ça…

Quant aux Français, Hervé Gattegno expliquait cet engouement à la fois par « l’expression de la passion française pour le “people” » et par « le complexe qu’éprouvent toujours les Français vis-à-vis de la royauté – et qui se traduit à la fois par l’organisation très aristocratique de notre société, avec ses citadelles, ses baronnies et ses jeux de cour, et par le caractère monarchique de nos institutions et de notre vie politique. » Une autre de ses réflexions était intéressante : « Pour les Anglais, la monarchie représente la part symbolique du pouvoir, celle qui unit le peuple autour d’une histoire et de valeurs communes. Le pouvoir effectif, séculier, il appartient au gouvernement qui est lui-même issu du Parlement. C’est cette division des rôles qui donne à la démocratie britannique son équilibre et son efficacité. » Question : et si la monarchie était, après tout, un régime politique très moderne ?

Peu après, le Nouvel Economiste publiait un article intitulé « Le surmoi du peuple » et sous-titré : « Vive la monarchie. » Dès les premières lignes, l’auteur de l’article, Caroline Castets, constatait : « La royauté n’a jamais été aussi populaire. » Et faisait valoir que les monarchies « offrent une réponse idéale à plusieurs problématiques majeures de l’époque ». A savoir, en premier lieu, l’unité nationale, le monarque incarnant « le ciment d’une nation par excellence » – et pas d’une nation mutilée par le modèle jacobin, qui étouffe les libertés et les identités locales. S’appuyant sur l’exemple de la Belgique et de l’Espagne, la journaliste souligne le « caractère fédérateur » de la monarchie « qui se justifie par une légitimité naturelle et surtout par l’ancrage dans la durée qui l’accompagne. » Autre atout des monarques : « leur capacité à incarner l’identité nationale là où les autres chefs d’Etat se contentent de la défendre ». On pense immédiatement aux images des mariés britanniques dans l’abbaye de Westminster. Le roi, c’est le repère du peuple ; il lui rappelle d’autant plus naturellement où sont ses racines que lui-même puise sa légitimité aux sources de l’histoire nationale. Comme le dit, dans le même article du Nouvel Economiste, l’historien André Larané, « le fait que l’identité nationale soit incarnée par une couronne, une famille, des personnes en chair et en os simplifie considérablement l’identification et l’acceptation. » Caroline Castets ne dit rien, en revanche, […]

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