DSK ou les infortunes de Mammon, par Paul-Marie Coûteaux

La chute de Dominique Strauss-Kahn n’est-elle pas d’abord une revanche de la réalité sur une “élite mondialisée” qui l’avait singulièrement perdue de vue, en même temps que le sens des limites ?

L’affaire Strauss-Kahn est tombée comme la foudre. Certes le sujet présente bien des intérêts, et passionne tout le monde : argent, sexe et pouvoir, un vrai polar. Mais M. Strauss-Kahn reste innocent aussi longtemps qu’il n’est pas jugé ; de cette présomption d’innocence, d’autant plus nécessaire que tout repose sur le témoignage d’une seule personne, il est effrayant de voir comme la presse américaine fait peu de cas : raison de plus pour nous retenir de trop en dire. A cela s’ajoute que l’hypothèse d’un traquenard n’est pas à écarter, les services du monde entier sachant fort bien que le passé du personnage, le connu et le moins connu, a tout pour l’accabler, et qu’il était en somme facile d’atteindre Achille au tendon. Reste que, quelles qu’en soient les suites, c’est une mauvaise nouvelle pour les socialistes, mais aussi pour l’Europe, et bien entendu, pour la France.

Pour la France d’abord, dont l’image est ternie d’ores et déjà. M. Copé assure aujourd’hui que M. Strauss-Kahn « ne représente pas la France » ; peut-être, mais il représente à tout le moins la France officielle : c’est bien le président de la République qui a poussé sa candidature, et l’a fait d’abondance – connivence qui n’étonna pas autant qu’on aurait pu croire, puisque c’était donner bien du prestige et du pouvoir à l’un de ses concurrents. Il est vrai que les deux hommes ont souvent été associés dans l’esprit public – et par de nombreux journaux, telle la revue le Meilleur des Mondes qui, en octobre 2006 publia un entretien croisé entre les deux hommes, révélant leur communauté de vues…  L’un et l’autre représentent bien une certaine France où, recouvrant l’ancienne culture d’État, le mélange de bling-bling, de “culture Fouquet’s” en “culture Rolex” et les péripéties très people de la vie privée ont bel et bien recouvert l’ancienne culture d’État. Que cette “nouvelle France” coupée de la vie des peuples, fasse une nouvelle fois la une des journaux du monde entier est pour nous tous un coup dur.

Mauvaise nouvelle aussi pour l’Europe, qui, traditionnellement, a toujours joué un rôle majeur au sein du FMI, rôle que M. Strauss-Kahn a amplifié en acceptant (et en faisant accepter à son conseil d’administration) de voler au secours de pays de l’euroland en grande difficulté – là où les grandes banques, et un autre directeur du FMI, auraient mis des conditions bien plus draconiennes… DSK a d’autant plus sauvé l’euro (et donc, l’Union européenne dont l’euro est la principale ossature) que l’Allemagne n’aurait sans doute jamais accepté la mise en place de mécanismes de solidarité financière, d’ailleurs interdits par les traités, sans l’engagement du FMI. DSK parti, l’institution financière internationale est entre de toutes autres mains – cela, à l’orée d’une période partout décrite comme cruciale, justement, pour l’Europe. C’est la thèse du complot que, faisant feu de tous bois, raniment tout à coup quelques caciques du PS, ceux-là mêmes qui ont sans fin répété qu’ils ne croyaient pas aux complots… Manipulations et traquenards sont pourtant aussi vieux que la politique, tant il est vrai que les grands États sont des monstres froids, qui y recourent bien plus souvent qu’on ne le voit ou qu’on ne veut le voir. Reste que, complot ou pas, l’UE perd une carte maîtresse, pour aujourd’hui et pour demain, car il semble bien que sa traditionnelle prééminence dans l’institution soit désormais révolue…

Mauvaise nouvelle enfin […]

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