DSK ou la nécessité d’un printemps français, par Jérôme Rivière

Comme chacun je suis resté incrédule dimanche lorsque j’ai appris l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York. Je le confesse, fasciné par cette tragédie moderne j’ai suivi quasiment en direct grâce à Twitter l’audience de lundi soir au cours de laquelle la juge a pris la décision de maintenir DSK en détention provisoire.

Mais il est temps de sortir de cette fascination morbide et de constater que nous avons face à nous, ni complot, ni même erreur judiciaire. La justice américaine, pour différente qu’elle soit dans son exercice de la justice française, repose sur les même principes : la présomption d’innocence. Alors ce matin, ces médias qui continuent de s’émouvoir sur le sort de DSK sans évoquer – si ce n’est pour mettre en doute sa parole – la jeune femme qui a porté plainte, ne font pas honneur à la France. DSK est en prison car de lourdes charges, avérées ou non, pèsent sur lui. Et non, l’Amérique n’est pas un état de non droit où on se retrouve jeté en prison sur émission d’une lettre de cachet. Ne l’oublions pas, c’est la France qui régulièrement est pointée du doigt pour usage abusif de la détention provisoire ! Ce qui choque les médias c’est qu’une telle personnalité soit traité comme chacun, alors que pays des droits de l’Homme ayant proclamé à la face du monde “les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits” nous devrions nous en féliciter.

Si DSK a violé, il mérite une sanction qui sera par nature exemplaire mais son choix de mener une vie publique signifie qu’il a accepté de s’ériger en exemple. Si DSK a commis ce crime ou ce délit – il appartient à la justice de caractériser l’agression – la véritable question sera de s’interroger sur la permissivité du système français.

Hier c’est la double vie de François Mitterrand que les Français apprennent alors que les médias en sont parfaitement informés depuis des années. Quelle différence sur ce plan avec la presse du régime de Ben Ali ?

Aujourd’hui personne dans les médias n’envisage que peut-être DSK est malade, déviant sexuel alors que fleurissent les théories sur la jeune femme manipulant un homme puissant pour lui soutirer de l’argent. Pourquoi ?

Enfin ce matin quand j’entends Julien Dray nous dire que le seul objectif de la victime présumée serait sans doute la recherche d’une compensation financière je me dis que la France aussi a besoin d’un printemps qui nettoie ce Paris qui chante et qui danse, qui s’auto-congratule, se protège et tolère tous ses écarts.

Jérôme Rivière, ancien député, avocat à la cour
auteur de La droite la plus repentante du monde (éd. du Rocher, 2007)

Texte repris du blog de Jérôme Rivière

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