Le Kremlin va investir près de 500 milliards d’euros dans une réforme militaire sans précédent.
Fusionnant faste impérial et anciennes traditions soviétiques, 20 000 soldats ont défilé à Moscou ce 9 mai pour commémorer la victoire de la Russie sur l’Allemagne en 1945. Une centaine de véhicules blindés et d’aéronefs ont été présentés, ainsi que des missiles balistiques à courte portée (Iskander-M) ou intercontinentaux (Topol). Des bombardiers stratégiques Tupolev 160, des chasseurs Sukhoï et Mig ont survolé la place Rouge. La parade représentait, selon les mots du premier ministre, Vladimir Poutine, « une démonstration du potentiel croissant de la Russie en matière de défense ».
Dans son discours, le président Dmitri Medvedev a évoqué les situations conflictuelles dans le monde et surtout la grande réforme des armées annoncée fin février, dotée de 474 milliards d’euros sur dix ans. Medvedev a pris ce chantier à bras-le-corps après le conflit contre la Géorgie en août 2008.
C’est en effet à l’occasion de ce conflit – ici évoqué par le président à travers les voeux adressés aux régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie – que la Russie fit le constat de l’état déplorable de son armée, affaiblie par des années de financements erratiques, de réformes inachevées, de corruption et d’abus en tout genre.
Selon Nikolaï Makarov, le chef d’état major général, le pays doit aussi faire face à « une chute démographique obligeant à réviser le fonctionnement des forces ».
Soutenu par Medvedev et Poutine, Anatoli Serdioukov, le ministre de la Défense, est à la manœuvre. Homme d’affaires efficace mais bourru, peu porté aux relations publiques, réputé indifférent à son avenir politique, il assume cette réforme de fond sans se soucier des mécontents. Le programme de modernisation prévoit la construction de 600 avions – chasseurs et bombardiers – , plus de 1 000 hélicoptères de combat ou de transport, 100 nouveaux bâtiments de guerre dont des sous-marins nucléaires. En revanche, les futurs porte-avions ne sont pas prévus avant 2050.
L’armée de terre recevra des transports de troupes, du matériel de protection radiologique, chimique et biologique, des armes “intelligentes”. Des crédits généreux seront affectés aux nouvelles technologies, notamment pour rattraper le retard russe dans les systèmes de commandement, de contrôle et de communications. Le nombre de missiles et de charges nucléaires sera réduit d’un tiers d’ici à 2016 et 10 % du budget global de la réforme sera consacré au perfectionnement de la force de frappe.
Iouri Solomonov, constructeur en chef de l’Institut de technologie thermique de Moscou, est formel : « D’ici à 2012, l’armée sera dotée du missile balistique Topol-M. Les forces stratégiques toucheront […]
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