EUX AUSSI LE DISENT ! : Philippe Muray. Par Isabelle Laraque

Extraits de “Festivus festivus” :

« C’est cette soumission, cette envie de s’adapter aux nouvelles conditions d’existence insensées, jointes à la conviction qu’il n’y a pas le choix, sur quoi misent les élites mondialisées. Pour accélérer la liquéfaction des  vrais gens, la destruction de leur mémoire, des anciennes solidarités, des dernières traditions et de ce qui reste encore de vie sociale, ou tout simplement de réalité, le temps présent ne ménage pas sa peine » (Page 88)

«…. un travail de longue haleine pour transformer le peuple est entamé… » ( Page 195)

“… il est confondant que le nouveau totalitarisme de l’exhibition heureuse se soit calqué avec tant d’ingénuité sur ces anciens totalitarismes, dont il se croit sans doute la plus complète réfutation ; et il est surtout extraordinaire que personne n’en ait peur, et que personne ne lynche à tous les coins  de rue ses propagandistes innombrables» (page 430)

Il est difficile de sélectionner un passage de Philippe Muray (photo) en raison de l’abondance de sa production.

Pour qui n’a pas le loisir de plonger dans  les mille sept cent soixante-quatre pages de ses  «  Essais  »  la lecture de « Festivus, festivus », livre de Philippe Muray interviewé  par Elisabeth Lévy, constitue une bonne approche de sa pensée.

Prolongeant les intuitions de Nietzsche qui annonçait la venue du dernier homme, véritable épouvantail consécutif à la mort de Dieu : l’homme moderne  dépourvu d’idéal, enlisé dans le matérialisme, Philippe Muray n’a plus à prophétiser : il décrit. Il dresse un portrait aussi précis que possible de nos contemporains. Son projet consiste à ramener les gens à la lucidité et à menacer la nouvelle domination en la rendant visible.

Ses détracteurs le qualifient  de conservateur ou de  réactionnaire, deux étiquettes saugrenues :

Qu’aurait-il pu vouloir conserver d’un monde  maintenant au-delà de la décomposition ? Si lui-même a souhaité « conserver » quelque chose, c’est l’esprit critique ainsi qu’un minimum de rationalité.

Quant aux réactionnaires, sont désignés aujourd’hui comme tels, tous ceux qui déplaisent à la police de la pensée : Debray, Finkielkraut, Gauchet, Houellebecq, Manent … autres boucs émissaires parmi lesquels Philippe Muray  se trouve  plutôt en bonne compagnie ! Il est normal qu’ils soient de plus en plus écoutés face aux idolâtres du progrès qui promettaient un avenir radieux auquel plus personne  ne croit.

À ces prétendus nouveaux réactionnaires, Philippe Muray oppose les “nouveaux actionnaires” s’autoproclamant les gardiens de la démocratie qui dénoncent la réaction partout où ils voient leurs actions mises en danger par des esprits libres. Ce sont les organisateurs du nouvel Ordre mondial qui serait mû par la  force de l’inéluctable.

Le totalitarisme date du XXème siècle : communisme ou nazisme, c’est le  pouvoir d’une  idéologie qui s‘appuie sur une  masse de gens apathiques  et vise la gouvernance du monde rendu homogène.

Le nouveau totalitarisme souple et inconscient n’émane plus d’un Etat à parti unique, mais il rend de plus en plus caduc le vieux conflit droite – gauche.

Il prétend mener le monde vers le Bien (Mondialisation, métissage généralisé). Le village planétaire paraît si délicieux à ceux qui en agitent les ficelles qu’ils n’imaginent pas qu’on puisse songer un instant à en empêcher ou ralentir l’advenue.

Le communisme s’inspirait des prétendues lois de l’Histoire et annonçait à l’issue de la lutte des classes, la dictature du prolétariat, puis le dépérissement de l’Etat débouchant inévitablement sur la société sans classes.

Le nouveau totalitarisme prévoit avec la même certitude une paix définitive rendue possible par l’instauration d’un gouvernement mondial.

Il a liquéfié les vrais gens en dissolvant les singularités régionales, en bloquant les résistances locales, en néantisant les classes populaires. Il a transformé les peuples en facilitant avec l’immigration, l’arrivée d’un prolétariat de remplacement.

Cela s’accompagne d’une :
Destruction de leur mémoire: Notre époque est  « infantolâtre  », car les enfants sont sans passé. Déjà les précédents totalitarismes (bolchevisme, nazisme, Chine des gardes rouges) avaient voué un culte à l’enfance. Ils savaient néanmoins la canaliser.

Alors que l’enfance est l’âge des préjugés, on  laisse croire aujourd’hui à l’enfant- roi que la vérité sort de sa bouche. (On récolte l’affaire d’Outreau avec son cortège de drames humains : des innocents ayant pu  être condamnés sans preuves pour incestes ! )

Les réformes et la suppression progressive de l’enseignement de l’histoire feront le reste !

Love parade de Berlin

L’originalité de Philippe Muray, c’est de montrer que la  véritable soumission à ce nouveau totalitarisme passe par le divertissement.

Parmi ces nouvelles conditions d’existence insensées : La fête !
Elle  n’est plus, comme jadis, un moment exceptionnel de la vie sociale, un désordre éphémère… Devenue la norme, elle envahit le quotidien : Eurodisney, Gay Pride, fête de la musique, nuit blanche de Paris, Love Parade  berlinoise, rave parties, Paris Plage, techno parade, repas de quartiers ou d’immeubles…

Elle  occupe le temps, sature l’espace, abolit les différences, supprime les hiérarchies. Si nous assistons à cette « Festivation » intensive qui tue la fête comme la pornographie a tué l’érotisme, c’est parce que  parce que  la fête  exclut le débat. Le bruit assourdissant, le vacarme bestial se substituent à la parole. De quoi ravir les bobos glissant sur leurs vélos ou leurs rollers !

Cela dit, il est plus difficile d’approuver  Philippe Muray quand il prétend l’islam moribond  (Pages 427, 284).

Reconnaissons aussi qu’un exceptionnel apéro géant peut être une façon de combattre un nouveau totalitarisme  semant la tristesse et la haine et de rassembler dans la joie, des Français qui veulent affirmer leur identité comme le 18 juin dernier, place de l’Etoile, à Paris !

 

Philippe Muray est né en 1945, décédé en 2006.

D’abord tenté par la peinture, la mort de l’Art lui  étant apparue « comme un éblouissement », il cesse alors de peindre et opte pour la littérature.
Romancier, critique littéraire (Céline en 1981), essayiste.
Enseigne en 1983 la littérature à Stanford.
Publie un essai sur Rubens (1991)
En 2010, la lecture de plusieurs de ses textes par Fabrice Lucchini au théâtre de l’Atelier le révèle au grand public.

Sources littéraires : Léon Bloy, Bernanos, Céline.
Sources philosophiques : Nietzsche, Heidegger, Kojève..

Nous recommandons la lecture des ESSAIS (Belle lettres 2010) qui recueillent la quasi-totalité de ses textes parus entre 1991 et 2005…

Isabelle Laraque pour Novopress France.


[cc] Novopress.info, 2011, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
[http://archives-fr.novopress.info]

Novopress.info

Culture Les derniers articles



Politique Les derniers articles



Société Les derniers articles