
Berlusconi parviendra-t-il à convaincre Bossi ?
26/4/2011 – 12h38
ROME (NOVOPress) : Silvio Berlusconi a finalement donné son accord pour que l’aviation italienne participe aux bombardements de l’Otan sur la Libye. Un communiqué publié hier soir par la présidence du Conseil italien parle, dans la novlangue habituelle à ce genre de textes, d’une “plus grande flexibilité opératoire de nos propres appareils aériens, avec des actions ciblées contre des objectifs militaires spécifiques sélectionnés sur le territoire libyen, dans l’intention de contribuer à protéger la population civile libyenne.” Bref, l’Italie va bombarder. Le communiqué précise que Berlusconi a adopté cette politique au cours d’un entretien téléphonique avec le président américain, Barack Obama, lequel a exprimé sa « grande satisfaction après la décision de l’Italie d’autoriser des missions air-terre contre des objectifs du régime libyen ».
Il s’agit d’un changement de la position italienne. Le 15 avril, Berlusconi avait exclu en conseil des ministres que l’Italie puisse être impliquée dans les bombardements sur la Libye. “Compte tenu de notre position géographique et de notre passé colonial, avait-il expliqué, un engagement militaire plus important ne serait pas compréhensible.” Le ministre de la Défense, Ignazio La Russa (ex-néo-fasciste, membre du parti de Berlusconi), a justifié ce revirement par l’évolution de la situation militaire. En réalité, selon le quotidien La Repubblica, Berlusconi “a compris qu’il serait impossible de résister aux pressions conjointes de l’Otan, des Américains, des Anglais, et des Français”.

Berlusconi et Kadhafi au temps du bonheur…
Berlusconi a tenté d’obtenir que l’Italie n’emploie pour les bombardements que des drones sans équipages, pour ne pas risquer qu’un pilote puisse tomber aux mains des Libyens. Mais on lui a fait observer que les six appareils Predator acquis par l’Italie servent actuellement en Afghanistan et qu’ils ne peuvent pas être redéployés rapidement sur un autre théâtre d’opérations. Il faudra donc bien risquer la vie des aviateurs italiens.
On attend à présent les réactions de la Ligue du Nord, très hostile à l’intervention en Libye. Berlusconi est convaincu de pouvoir une fois de plus convaincre son allié, comme il l’a fait sur les permis de séjour aux clandestins. “J’expliquerai à Bossi, a-t-il dit, que nous ne pouvions plus reculer.” De toute façon, selon le Cavaliere et ses partisans, il n’y a pas besoin d’un vote au Parlement pour autoriser les bombardements. “Il n’y aura donc aucune rupture entre nous et la Ligue du Nord, comme l’espère l’opposition.”

Roberto Calderoli
Les premières réactions des ministres issus de la Ligue ont pourtant été très critiques. « Ils n’auront jamais ma voix », a affirmé Roberto Calderoli, ministre de la Simplification administrative, qui a cependant précisé qu’il n’y aurait pas de crise de gouvernement sur ce sujet. « Je reste opposé, a poursuivi Calderoli, à toute intervention en Libye. Nous avons déjà fait suffisamment en fournissant les bases, le soutien logistique, la lutte anti-radar. Personnellement, je n’aurais pas même fourni cela sauf en échange d’une aide concrète des alliés à l’éloignement des immigrés clandestins et à la répartition des réfugiés.” Le sous-secrétaire à la présidence du Conseil, Carlo Giovanardi, a déclaré de son côté, dans un entretien à La Stampa : « L’intervention en Libye est une erreur complète, ses présupposés sont et restent sans aucun fondement. Selon cette logique absurde, nous aurions plus de motifs pour bombarder la Syrie, où Assad massacre les manifestants et représente une partie de la population bien inférieure à celle que représente Kadhafi.” Le vicaire apostolique à Tripoli, Mgr Martinelli, a qualifié de son côté la décision de Berlusconi de “choix désastreux”.
La présidence du Conseil italien voit en tout cas un côté positif à l’affaire. Berlusconi, qui rencontre aujourd’hui Sarkozy, est convaincu de disposer ainsi d’une carte décisive dans ses négociations avec la France sur la question des clandestins tunisiens. Obtenir que la France accueille tous les clandestins pour prix de l’engagement de l’Italie en Libye, voilà ce qu’il espère désormais.
[cc] Novopress.info, 2011, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
[http://archives-fr.novopress.info]