22/04/2011 – 17h35 QUIMPER (NOVOpress Breizh) – De Turner à Monet – La découverte de la Bretagne par les paysagistes au XIXe siècle, visible au Musée des beaux-arts de Quimper jusqu’au 31 août, propose une double promenade dans l’espace et dans le temps. Elle réunit des œuvres issues d’une quarantaine de collections publiques et privées, qui montrent la Bretagne vue à travers les yeux des principaux représentants des grands courants artistiques du 19e siècle.
Le titre De Turner à Monet met en avant les vedettes incontestables de l’exposition. En réalité, celle-ci couvre une période un peu plus large. Elle commence largement avant le voyage de Turner en Bretagne avec les travaux du Brestois Nicolas Ozanne ou de Pierre-Henri de Valenciennes, premier théoricien du paysage. Elle s’étend au-delà de Monet avec les néo-impressionnistes et les pointillistes. Son sous-titre, La découverte de la Bretagne par les paysagistes au XIXe siècle, est plus explicite. En effet, elle montre bien à travers comment le paysage, autrefois simple arrière-plan, voire description utilitaire à l’usage des militaires, est peu à peu devenu un sujet majeur – et quelle place remarquable la Bretagne a tenue dans cette évolution.
L’idée de l’exposition aurait été inspirée à André Cariou, directeur du musée des beaux-arts de Quimper, par l’acquisition récente de deux tableaux, le Chêne au dolmen dans la forêt de Brocéliande de Jules Coignet et une Vue de Saint-Pol-de-Léon par Louise-Joséphine Sarazin de Belmont. Presque jumeaux (1836 et 1837), ces deux paysages bretons témoignent de deux inspirations fort différentes : le sombre portrait romantique d’un vieil arbre contraste radicalement avec la vaste perspective ensoleillée animée par une scène de genre.
Entre tourments romantiques et recherches impressionnistes
L’exposition s’interroge donc sur les différentes manières de considérer le paysage au cours du siècle. Longtemps ignorée des artistes, la Bretagne les attire soudain en foule. Les romantiques recherchent une Bretagne sombre et tourmentée, non dénuée de stéréotypes : ruines et mégalithes, tempêtes et pilleurs d’épaves. Mais une vision moins grandiloquente et plus agreste apparaît bientôt, dans l’esprit de Barbizon. Camille Corot lui-même vient en Bretagne au moins sept fois entre 1829 et 1865 ; l’exposition montre plusieurs œuvres remarquables : Paysans à la fontaine à Mûr-de-Bretagne (v. 1855), des Bretons à la fontaine au Bourg-de-Batz (v. 1842-1843) et un Paysage breton (1860-1865). Dans la même veine, le musée présente une belle série de vues de Kérity par Charles-François Daubigny ainsi que des œuvres de Camille Bernier, d’Emmanuel Lansyer ou d’Émile Dameron.
Dans la dernière partie du siècle, l’amélioration des moyens de transport renforce le mouvement ; des colonies d’artistes s’installent à Douarnenez ou Pont-Aven, quelques-uns poussent vers le Cap Sizun, Bréhat ou Belle-île – où Monet peint Les rochers de la Côte sauvage, l’une des œuvres phares de l’exposition. Car l’intérêt se porte davantage vers les rivages, non plus dans un esprit pittoresque ou romantique, mais par recherche d’effet pictural. D’autant plus que deux évolutions favorisent la peinture « sur le vif ». L’une est commerciale : les collectionneurs se substituant à la commande publique, les formats deviennent plus petits, au point de pouvoir tenir sur un chevalet planté en pleine nature. L’autre est technique : l’invention du tube d’étain permet de transporter son atelier avec soi.
Le sujet est si immense que l’exposition a quelque peine à le contenir en quatre-vingts peintures et une cinquantaine de dessins. Mais à défaut d’une structuration nette par thèmes, par lieux, par écoles ou par périodes, elle multiplie les commentaires ponctuels éclairants. Et surtout, elle donne l’occasion de confronter de multiples façons de considérer les paysages bretons à partir d’œuvres exceptionnellement réunies à Quimper. En particulier l’extraordinaire Port de Brest de William Turner (v. 1827) qui légitime le titre de l’exposition, bien qu’on hésite à le qualifier de « paysage » tant il s’éloigne d’une représentation de la nature. Il paraît que la Tate Gallery de Londres s’est fait beaucoup prier pour prêter cette œuvre majeure restée inconnue jusqu’en 1944, car le marchand de Turner l’avait jugée invendable.
Parmi les autres rencontres remarquables de l’exposition figurent une belle série d’œuvres d’Eugène Boudin, grand familier de la Bretagne (il avait épousé une Hanvécoise), dont certaines assez déroutantes, « à la limite de l’abstraction » assure le musée, et un curieux tandem de Maximilien Luce, La pointe du Toulinguet dont la version pointilliste venue du musée du Petit-Palais de Genève est épaulée par une étude habilement acquise par le musée de Quimper.
À noter : Le musée des beaux-arts de Quimper ouvrira bientôt un nouveau site web. On pourra y découvrir en ligne des centaines d’œuvres de ses collections.
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