Pour la phase finale de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a choisi de s’appuyer sur le seul qui puisse peut-être l’aider à retrouver le chemin de cette France de droite qui ne se reconnaît plus en lui. Limiter l’immigration légale, adapter la justice des mineurs : le programme de travail du ministre de l’Intérieur.
Entretien exclusif pour l’hebdomadaire Valeurs actuelles
Comment expliquez-vous l’accueil polémique réservé, depuis votre nomination, à la plupart de vos déclarations ?
Ce qui se passe est un grand classique de l’intimidation politique : on transforme mes propos, on s’indigne pour me faire taire et m’empêcher d’agir. Eh bien, je ne céderai pas?!
Comment agir, en effet, sans tenir compte de la réalité?? Dire les choses comme elles sont, voilà le premier devoir d’un homme politique responsable ; voilà le meilleur moyen de rendre aux partis de gouvernement la confiance de leurs concitoyens. Et je ne parle pas seulement des partis de droite. Si la gauche refuse de regarder la réalité en face afin d’apporter de vraies réponses aux vraies questions, il ne faut pas qu’elle s’étonne de voir les Français frustrés porter leurs suffrages vers des mouvements extrêmes ou se réfugier dans l’abstention…
En évoquant comme vous l’avez fait différents problèmes posés au principe de laïcité par l’accroissement du nombre de musulmans dans notre pays, cette même gauche vous accuse de faire le lit du Front national…
C’est pourtant tout l’inverse ! Si, dans le champ de compétences qui est le mien, nos concitoyens ont de vrais sujets de préoccupations, et tout indique qu’ils en ont, je préfère qu’ils placent leurs espoirs dans la droite présidentielle plutôt que dans un parti qui, depuis ses origines, n’a jamais apporté de réponses crédibles et sérieuses aux questions qu’il soulève. Y compris et surtout sur le sujet de l’immigration.
J’estime qu’il est salutaire pour notre démocratie que des électeurs qui s’étaient engagés dans une impasse faute d’avoir trouvé, dans notre camp, toutes les solutions à leurs problèmes, reviennent vers nous parce qu’ils seront convaincus par notre action.
Nous sommes à un an de l’élection présidentielle. Il vous reste, donc, au maximum, huit mois pour convaincre ces électeurs, avant que s’enclenche une campagne électorale dont on sait bien qu’elle se focalisera sur un bilan davantage que sur de nouvelles promesses… Quels vont être vos axes privilégiés d’action ?
Ceux déjà engagés sont nombreux. Et nous allons redoubler d’efforts dans plusieurs directions, j’y reviendrai. Mais je voudrais, auparavant, insister sur l’esprit général dans lequel s’inscrit ma politique. Je crois indispensable que la France reste fidèle à ses valeurs.
Prenez la laïcité. C’est un élément structurant de notre identité. Ce n’est pas un hasard si son principe est rappelé dès l’article 1er de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque […] ». Il est également de fait qu’un certain nombre de comportements laissent penser à nos concitoyens que ce principe de laïcité n’est pas totalement res pecté. Je pense aux prières dans la rue. Je pense aux revendications remettant en question la mixité dans certains lieux comme les piscines. Je pense aussi au port du voile à l’école ou du voile intégral dans la rue, sujets dont la représentation nationale n’a pas attendu mon arrivée au ministère de l’Intérieur pour se saisir et dont la gauche voudra bien admettre que je ne les ai pas inventés ! Le fond du débat aujourd’hui est de rappeler que dans le strict respect des principes de laïcité, il n’est pas question de donner à certaines religions ce que l’on a refusé à d’autres en 1905. En revanche, tous les fidèles ont droit aux mêmes facilités dans l’exercice de leur religion. Je présenterai, au nom du gouvernement, après concertation avec tous les représentants des cultes, un ensemble de mesures très concrètes, qui devront permettre à tous nos concitoyens de mieux vivre ensemble dans le respect des lois de la République.
Concernant la question des flux migratoires, j’ai réaffirmé notre volonté de lutter fermement contre l’immigration irrégulière. Le Parlement examine un projet de loi qui donnera au gouvernement des outils plus efficaces pour lutter en la matière.
J’ai également engagé une action visant à limiter l’immigration légale. Pourquoi ? Parce que si nous voulons réussir harmonieusement l’intégration des étrangers et aussi des Français d’origine étrangère qui résident en France, il est temps de ralentir l’installation de nouveaux venus. Les Français, nous le savons bien, sont l’un des peuples les plus généreux du monde, l’un des plus accueillants aux persécutés, l’un des moins xénophobes, aussi. Il n’est, pour le constater, que de regarder autour de nous. Mais comment nier qu’en raison même du nombre d’étrangers ou de Français d’origine étrangère, les dispositifs d’intégration fonctionnent mal??
Nous accordons environ 25 000 autorisations de séjour chaque année pour des raisons professionnelles, sans compter les personnes qui entrent sur le territoire au titre de l’immigration familiale et qui se retrouvent sur le mar ché du travail. Or, nous comptons dans le même temps, du fait de la crise, beaucoup de chômeurs. Avons-nous besoin de gonfler les effectifs des demandeurs d’emploi, sachant que […]
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