La reconnaissance de nos racines chrétiennes est indispensable à une vision sereine et juste de la laïcité. État des lieux au lendemain du débat organisé par l’UMP.
Pendant des semaines, nous avons vécu dans ce texte de Philippe Muray, récemment mis en valeur par Fabrice Luchini : « Il faudrait ne jamais débattre ; ou, si l’on y tient vraiment, ne débattre que de la nécessité de faire des débats » – en l’occurrence, de ce fameux débat organisé par l’UMP le mardi 5 avril, dont on ne savait plus trop s’il s’agissait d’un débat sur l’islam (stigmatisé comme stigmatisant), sur la laïcité, ou d’un débat sur le débat : était-il nécessaire ? Est-ce le rôle des politiques que de débattre ? François Fillon l’a résumé : dans ce débat sur l’islam, « c’est le mot “débat” qui agace ».
Pour baroque qu’il soit, ce débat sur le débat en dit long sur la réticence de la droite vis-à-vis de toute réflexion de fond, et sur sa tentation à renoncer à poser les questions qui fâchent dès que les autorités morales qui font l’opinion décrètent qu’une “ligne jaune” a été franchie, ou risque de l’être. Presque seule parmi les grands partis conservateurs occidentaux à ne disposer de quasiment aucune cellule interne vouée à alimenter intellectuellement son action, l’UMP devrait, en plus, renoncer à réfléchir “à chaud” quand un sujet émerge du débat public…
Une fois de plus, cette carence intellectuelle l’a condamnée à prendre en marche un train lancé par d’autres. En l’occurrence Marine Le Pen, qui a replacé l’islam au coeur du débat politique, en en faisant l’un des axes de sa campagne interne pour la présidence du Front na tional, prenant tout son monde à contre-pied en entonnant la défense des valeurs républicaines et de la laïcité, allant jusqu’à qualifier, le 10 décembre 2010, les prières de rue d’«occupation du territoire ». C’est pour ne pas la laisser seule occuper ce terrain-là que Nicolas Sarkozy, après avoir, le 10 février sur TF1, dénoncé l’échec du multiculturalisme, a réclamé à l’UMP, le 16 février, l’organisation d’un débat sur “la laïcité et la place de l’islam” débouchant sur des « propositions concrètes ».
Aussitôt, les accusations d’“islamophobie” et de “stigmatisation” fusent. À gauche bien sûr, mais aussi à droite où, de François Fillon à Alain Juppé en passant par Rama Yade, Jean-Louis Borloo ou le conseiller de Nicolas Sarkozy à la diversité Abderrahmane Dahmane (depuis limogé pour avoir déclaré : « L’UMP de Copé, c’est la peste pour les musulmans »), les voix n’ont pas manqué pour fustiger les risques de « dérapage » d’un débat « inutile ».
Dans la Croix, les responsables de six religions, dont Mgr Vingt-Trois pour le catholicisme et Mohammed Moussaoui pour l’islam, ont affirmé qu’ils n’étaient pas demandeurs d’un débat suspecté « d’ajouter à la confusion ». Pour calmer le jeu après un mois et demi de polémiques, d’ordres et de contrordres, Jean-François Copé, qui a voulu maintenir le débat envers et contre tous, l’a finalement réduit àdeux tables rondes, d’une durée totale de quatre heures… Et n’a pas attendu leur tenue pour rendre publiques 26 propositions dont certaines connaîtront une traduction législative « dès la semaine prochaine », a dit Claude Guéant.
Pour éviter l’accusation de stigmatisation, il n’aurait sans doute pas été inutile de mettre davantage en avant « l’autre versant du débat sur l’islam », selon Éric Zemmour : les racines chrétiennes. Un thème que la droite, chef de l’État excepté, semble toujours avoir autant de réticences à manier. Quasiment seul dans son camp à oser lui emboîter le pas sur ce terrain, Laurent Wauquiez s’en dit pourtant persuadé : l’absence de cette référence a joué son rôle dans le rejet par les électeurs, en 2005, de la Constitution européenne. Un “oubli” que Christine Boutin s’est mis en tête de réparer en collectant le million de signatures qui pourraient ouvrir la voie à une révision de la Constitution.
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