Antoine Waechter : se passer du nucléaire et réduire la démographie

Ex-député européen, Antoine Waechter a dirigé les Verts jusqu’en 1993, avant de fonder le Mouvement Ecologiste indépendant. Il a été élu conseiller régional d’Alsace en 2010 sur la liste d’Europe Ecologie.

Monde & Vie : Antoine Waechter, l’accident survenu à la centrale de Fukushima repose la question de la sécurité nucléaire. Mais cet accident est survenu à la suite de catastrophes naturelles auxquelles le Japon est beaucoup plus exposé que la France. Pensez-vous qu’ici, l’énergie nucléaire présente un réel danger ?

Antoine Waechter : Rappelez-vous du pari de Pascal : même si la probabilité de l’existence de Dieu est faible, les avantages qui en découlent sont si grands que cela vaut la peine d’y croire. Le nucléaire renverse le pari : si faible que soit la probabilité d’un accident, les dégâts qui en résulteraient seraient tellement incommensurables qu’il ne vaut mieux pas en prendre le risque. L’une des conséquences les plus dommageables de ce type d’accident est de rendre inhabitable pour des siècles un territoire, comme on l’a vu après Tchernobyl et comme on pourrait le revoir après Fukushima. Dans le cas de Tchernobyl, il s’agissait d’une région agricole, pas très peuplée ; au Japon, compte tenu de la densité de population, ce sont des centaines de milliers de personnes qui pourraient être contraintes de quitter leurs maisons, les lieux où elles sont nées, où elles vivent et qu’elles aiment. Ces terres sont également soustraites à la production agricole.

Certes, la situation n’est pas la même à Fukushima qu’à Tchernobyl, où le coeur de la centrale avait fondu et où les substances radioactives étaient montées très haut dans l’atmosphère, occasionnant des retombées sur un périmètre beaucoup plus vaste. Au Japon, elles pourraient toucher une zone de 20 kilomètres de rayon autour de Fukushima; mais si vous tracez un cercle au 20 kilomètres autour de la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, vous définissez un territoire qui s’étend jusqu’à Mulhouse et Colmar : un tiers du département deviendrait inhabitable!

Un tel scénario vous paraît-il possible en France ?

A Fukushima, le tremblement de terre et le tsunami ont secoué la centrale, mais c’est la défaillance du système de refroidissement qui est à l’origine de l’accident. Une telle défaillance pourrait se produire en France, par exemple en cas de chaleur caniculaire et de manque d’eau. Souvenez-vous de la canicule de 2003: l’étiage a considérablement baissé et EDF a dû arrêter les centrales. A Fessenheim, où le système de refroidissement est alimenté par le fleuve, la centrale avait été maintenue en activité, mais le bâtiment était arrosé de l’extérieur, comme à Fukushima. Il est certes possible de maîtriser la si tuation en arrêtant les centrales; mais il existe d’autres risques, notamment en termes d’alimentation électrique.

S’ils sont connus, ne peut-on pas les anticiper ?

Posons la vraie question : est-il possible de tout prévoir ? A Fukushima, on pensait l’avoir fait. On savait que la centrale était sur une faille, exposée aux séismes et aux tsunami et l’on avait d’ailleurs construit une digue. Mais on n’avait pas prévu l’importance du tsunami, ni les conséquences qu’il aurait sur le système de refroidissement et les normes de sécurité ont été contournées. Il est toujours possible qu’à un moment donné, pour telle ou telle raison, le système de refroidissement cesse de fonctionner.

C’est pourquoi nous estimons qu’il revient à la population de décider, ou pas, d’assumer ce type de risque, par référendum. Le nucléaire représente 2 % de la production d’énergie primaire dans le monde et échappe à tout contrôle social dans les nombreux pays où l’opinion publique ne peut pas exercer de pression. Sans cette pression, les pouvoirs publics ne seront pas contraints de prendre les précautions nécessaires et la gestion des risques sera beaucoup plus aléatoire : on l’a vu à Tchernobyl et dans le monde communiste.

Développer une centrale dans un pays où l’opinion publique n’existe pas, c’est risquer un accident qui concernera la planète entière, car l’ensemble de la planète est concerné par ce qui se passe dans chacune des centrales nucléaires construites dans le monde. Les pouvoirs publics ne sont pas seuls en cause. La centrale de Fukushima a été gérée par une entreprise privée: elle était encore plus ancienne que celle de Fessenheim, mais l’exploitant avait obtenu une prolongation de l’exploitation des réacteurs. Il avait aussi cessé d’assurer les bâtiments…

Existe-t-il des énergies de substitution au nucléaire ?

Les énergies renouvelables sont incapables de se substituer à l’énergie nucléaire et de répondre aux exigences des sociétés industrielles et de la population. Certes, il est toujours possible de multiplier les sites sur le papier, mais en réalité, une telle multiplication aurait un impact très négatif sur l’environnement. Pour remplacer Fessenheim, il faudrait installer sur la crête des Vosges pas moins de 2000 éoliennes de 13 mètres de haut: il n’y aurait plus de milieu naturel ! Idem pour le photovoltaïque, qui s’étendrait sur des surfaces beaucoup trop importantes, aux dépens des terres agricoles.

Quant au bois, nous touchons aujourd’hui aux limites de la ressource: céder à la tentation d’industrialiser son exploitation reviendrait à tuer la forêt dans la multiplicité de ses fonctions. De même, l’hydroélectrique a atteint son développement maximum. Il est donc possible d’exploiter le parc actuel d’énergies renouvelables, mais pas de l’étendre : les limites de la production sont vite atteintes. Quant aux énergies fossiles, les ressources sont également limitées et la loi prévoit de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.

Quelle solution peut-on alors envisager pour se passer du nucléaire ?

La meilleure énergie est toujours celle que l’on ne consomme pas. Si nous voulons nous passer progressivement du nucléaire, la seule possibilité consiste à réduire notre consommation et pour cela nous ne pouvons jouer que sur un paramètre: la diminution de la population mondiale, qui atteindra bientôt 9 milliards […]

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