Pour Patrick Buisson, stratège de Nicolas Sarkozy, le seul ennemi, c’est la gauche

30/3/2011 – 7h45
PARIS (NOVOPress) : Jusqu’alors avare de paroles, Patrick Buisson, le conseiller le plus écouté et le plus proche de Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas accordé le moindre entretien depuis qu’il officie comme stratège auprès du chef de l’Etat, a décidé de rompre le silence, las, sans doute, de se voir attribuer des opinions et des objectifs qui ne sont pas les siens. Et en excellent communicant, il a choisi Paris Match pour livrer ses réflexions.

Patrick Buisson l’assure : il ne veut pas d’un « 21 avril bis », c’est-à-dire d’un second tour entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen à la présidentielle de 2012. Pour le politologue, « ce serait une catastrophe, car [ce duel] priverait le second mandat de Nicolas Sarkozy de tout contenu politique et empêcherait le président de mener à bien les réformes dont la France a besoin ». Le raisonnement de Buisson est le suivant : élu face à Marine Le Pen dans un « front républicain », donc avec les voix de la gauche – car il juge impossible que Marine Le Pen puisse remporter cet affrontement –, Nicolas Sarkozy serait contraint de mener la politique de ceux qui l’auraient réélu ou a minima, comme Jacques Chirac après 2002, de se contenter de gérer un consensuel statu quo. Et cela alors que le chef de l’Etat vient de rompre avec le « front républicain » lors des cantonales sous l’impulsion, justement, de Buisson. Pourquoi Nicolas Sarkozy opèrerait-il, de 2012 à 2017, la grande politique de « rupture » qu’il n’a pas menée de 2007 à 2011 ? Sur ce point, Buisson ne s’exprime pas.

Toujours est-il que pour Patrick Buisson, l’adversaire unique est donc la gauche et par conséquent, dans le cadre de l’élection présidentielle, le candidat socialiste. « Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration, explique-t-il à Paris Match, témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. »

Concernant l’électorat du FN, celui qui fut directeur de l’hebdomadaire Minute dans les années 1980 assure que celui-ci est constitué « pour l’essentiel d’un électorat populaire qui n’a rien à voir avec l’extrême droite » et que « le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant » : « Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. »

A un an de l’élection présidentielle, et alors que Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, Patrick Buisson croit manifestement toujours aux chances de réélection du chef de l’Etat. A plusieurs conditions : que l’électorat populaire ailler voter plutôt que de se réfugier dans l’abstention ; et que Nicolas Sarkozy utilise l’année qu’il lui reste pour :
1. mener une véritable politique de droite en matière d’immigration – c’est la mission prioritaire du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – et d’identité nationale – ce dont le débat annoncé sur la laïcité lui donne l’opportunité –, car Buisson est persuadé que 2012 se jouera sur le débat civilisationnel ;
2. lutter contre l’assistanat, « en réservant par exemple le RSA et le RMI aux Français qui ont un travail » complète Paris-Match en une formule dont on ne sait si elle est innocente ou si elle laisse présager de l’introduction, par Nicolas Sarkozy, de la préférence nationale dans les aides sociales !

Enfin aux socialistes qui, comme Eric Besson qui l’était alors, dénonçaient en 2002 « Sarko l’Américain », Patrick Buisson rétorque que l’Américain, aujourd’hui, c’est le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn : « Son long séjour à Washington a fait de lui un Américain. Il veut bien faire la guerre, mais la guerre zéro mort et zéro risque. Il veut bien être candidat, mais sans primaires au PS, pour ne pas abîmer son image et si possible, être élu président par acclamations. Pour Nicolas Sarkozy, c’est l’adversaire idéal. »

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