Il n’est point besoin de suivre la politique française de près (mieux vaudrait même éviter de le faire, tant les ténors de diverses catégories qui encombrent les médias s’aveuglent ou mentent, brouillant sans fin les véritables lignes de fracture), pour tirer les enseignements du premier tour des cantonales ; et sans doute un enfant pourrait-il, au vu de trois ou quatre chiffres tombés hier, anticiper l’évolution que connaîtra dans les prochains mois le paysage politique français.
Les enseignements sont simples : les deux formations UMP et PS qui dominent la scène et dirigent (ou peuplent) depuis des années nos institutions, qu’elles soient nationales ou régionales, sont de plus en plus loin de représenter le peuple français – un peuple qu’elles oublient depuis des années, tablant même sur sa disparition, le méprisant au point de lui reprocher les expressions de la colère dans laquelle le plonge de plus en plus leurs propres impéritie. Comment gouverner d’ailleurs, et garder un rôle politique, quand on pulvérise la souveraineté et la légitimité, quand on nie dans son existence historique le peuple, pourtant seul foyer de la démocratie ?
L’évaporation du lien populaire est omniprésente ; elle se manifeste dans l’incroyable niveau des abstentions ; mais aussi dans les résultats bruts. Le PS en est victime, malgré ses commentaires étrangement satisfaits : en recul, ne représentant plus que 11,53 % des quelque 20,6 millions d’électeurs inscrits dans les cantons qui étaient renouvelables dimanche, le petit bloc PS-MRG ne peut plus raisonnablement prétendre représenter une véritable opposition. De même l’UMP, qui a recueilli les suffrages de 8,3 % des inscrits (et recule plus sévèrement encore, ne parvenant plus à atteindre 5 % des inscrits dans nombre de cantons), peut difficilement prétendre représenter un nombre suffisant de citoyens, c’est à dire une légitimité suffisante pour gouverner, du moins au sens véritable de ce mot. Même en ajoutant à son faible résultat les “Nouveau centre” et autres “divers droite” dont rien n’assure qu’ils lui resteront durablement attachés, l’UMP ne parvient qu’à “rassembler” 13,6 % des inscrits, ce qui est loin de constituer une majorité digne ce nom.
Encore la situation est-elle moins grave pour le PS qui, dans la perspective des élections présidentielle et législative de 2012 peut espérer réunir, aux seconds tours, une large “nébuleuse de gauche” comprenant écologistes et “Front de gauche” (voire même divers centristes) et comptant d’ores et déjà dix points de plus que l’actuelle “majorité” – davantage encore si elle est rejointe par certains de ses transfuges radicaux, centristes et autres, au nom du vieux “Front républicain”. Dans ces conditions, le PS peut se consoler à la perspective de remporter dans un an, peut-être haut la main, le second tour des présidentielles.
C’est évidemment l’UMP qui est aujourd’hui en danger, jusque dans sa survie même. Ses handicaps sont énormes : le Président issu de ses rangs est jugé par une bonne part de ses électeurs décevant et, par l’autre part, catastrophique. Nombre de candidats UMP ont pris soin de ne pas l’invoquer, certains souhaitant même, sous cape, qu’il ne se représente pas, voire même qu’il démissionne au plus tôt. De surcroît l’UMP n’a jamais accepté de faire le moindre travail intellectuel, de dessiner ne serait-ce qu’un projet cohérent de gouvernement, se contentant, en fait de références, à des révérences au Général de Gaulle que tout le monde juge depuis longtemps risibles.
Quant au bilan, il n’est point besoin […]
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