En décembre 1989, les Tchèques ont choisi Vaclav Havel comme Président. L’année suivante, les Polonais ont désigné Lech Walesa. S’il est vrai que les peuples ont les chefs qu’ils méritent, alors les Tchèques et les Polonais ont confirmé au début des années 90, qu’ils étaient de grands peuples.
L’élection de Behgjet Pacolli, le 22 février 2011, à la présidence du Kosovo démontre, en revanche, que les « Kosovars » ne seront jamais un peuple, et encore moins une Nation. Les Albanais du Kosovo sont et resteront une tribu dirigée par une mafia violente et sans scrupules. Beghjet Pacolli (photo) n’est ni un intellectuel de la trempe de Havel, ni un dissident comme Walesa. Il est un homme d’affaires, un Albanais du Kosovo installé en Suisse depuis 1976. Ses affaires sont à l’origine plutôt discrètes et très liées aux intérêts opaques des cercles économiques influents de la Yougoslavie socialiste. Un événement historique exceptionnel lui permet d’utiliser son expérience de « l’affairisme socialiste » à plus grande échelle : la dissolution de l’Union Soviétique.

Yakoutie
Les débuts de Pacolli restent relativement obscurs pour le grand public. C’est en Yakoutie, le territoire le plus froid et le plus étendu de Russie, que Pacolli démarre son ascension. C’est dans cette région que se trouve le principal producteur de diamants du pays. Cette richesse, dès l’époque soviétique est largement détournée dans des trafics internationaux, impliquant les hauts dirigeants locaux, dans le but unique de leur enrichissement personnel.
C’est en participant à ce trafic très fermé que Pacolli accède à la richesse. Il crée, au début des années 90, une société de construction, la « Mabetex », qui obtient des contrats dont le paiement est garanti par des diamants. Le schéma est d’une simplicité « khodorkovskienne ». Suite à un appel d’offre truqué, les chantiers publics sont attribués à la « Mabetex », qui surfacture au maximum et redistribue les profits entre les principaux protagonistes (administrations, contractants, intermédiaires), blanchissant ainsi l’argent volé au contribuable russe par le biais de sociétés offshore. Grâce à ce système, les affaires de l’entrepreneur albanais prennent un essor considérable dans la ville de Yakoutsk [NDLR : capitale de la Yakoutie]
La fortune de Pacolli repose sur le fait que son interlocuteur de l’époque, et principal bénéficiaire à titre personnel de ce schéma, se trouve être Pavel Borodine, manutentionnaire devenu maire de Yakoutsk dans les années 80. Pavel Borodine est aussi une vieille connaissance de Boris Eltsine, qui l’intègre à l’administration présidentielle en 1993. Il commence comme assistant puis très rapidement, devient responsable des « domaines » de cette même administration. Surnommé « l’intendant » du Kremlin, Borodine dirige alors 100.000 employés, une compagnie aérienne, un parc automobile démesuré, de nombreuses entreprises industrielles. Il administre enfin, un patrimoine immobilier de 3 millions de mètres carrés comprenant, entre autres, le Kremlin, la Douma, le Conseil de la Fédération, les innombrables résidences présidentielles et gouvernementales, des complexes hoteliers, des maisons de repos ainsi que plus de 2000 datchas. Ce patrimoine est estimé par Borodine lui-même à quelques 650 milliards de dollars.
Pour Pacolli c’est l’occasion rêvée de détourner un maximum d’argent public au profit de ses commanditaires et de lui-même. Il obtient ainsi des contrats pharaoniques pour la rénovation du Kremlin, de la Douma, de la Cour des Comptes, des résidences officielles, etc. Les montants de ces contrats atteignent plusieurs milliards de dollars, dont plus de la moitié seront directement détournés vers les comptes des parties prenantes du montage financier. La seule rénovation du Kremlin est estimée à 488 millions de dollars…
Dans la deuxième moitié des années 90, la « Mabetex » n’est plus une obscure société de construction dépourvue de contrats sérieux. Elle est, avec une autre société suisse dirigée par le gendre de Borodine, la clé de voûte du plus grand schéma de détournement de fonds publics mis en place dans la Russie « eltsinienne ». Ce n’est plus l’administration locale de Yakoutsk qui profite du système Pacolli, mais les plus hauts échelons de l’Etat. L’homme d’affaires albanais garantit désormais les cartes de crédit émises au nom de Eltsine et de ses filles et alimente leurs dépenses somptuaires à l’étranger. Il verse depuis la « Banco dello Gottardo », établissement suisse particulièrement complaisant utilisé par Pacolli pour ses montages, des millions de dollars à différentes sociétés écran. Ces dernières appartiennent à de hauts fonctionnaires russes, dont Borodine, dans divers paradis fiscaux exotiques. Tandis que la Russie est décimée par la crise, que les retraites ne sont plus payées, et que le troc redevient un moyen d’échange courant, la gabegie prend des proportions gigantesques.
La totale impunité dans laquelle les protagonistes se vantent publiquement d’évoluer prend fin progressivement, au lendemain de la crise financière de 1998, qui laisse définitivement le pays exsangue. C’est un événement anodin qui déclenche le mécanisme de dénonciation du plus important schéma de corruption public jamais monté en Russie. Un employé russo-espagnol de la « Banco dello Gottardo », vexé par le manque de reconnaissance dont il est l’objet après de nombreuses années de bons et loyaux services, transmet différents documents compromettants au Procureur général russe de l’époque, Iouri Skuratov. Ces documents prouvent que la surfacturation généralisée des contrats de la « Mabetex » n’est jamais inférieure à 40%. Skuratov s’empare de l’affaire et engage une coopération avec la justice suisse, fortement intéressée par les activités de l’ancien immigré albanais et de la « Mabetex ».
Dans l’atmosphère de fin de règne désastreuse de 1998-1999 en Russie, l’investigation du parquet russe, loin d’inquiéter les protagonistes, aiguise leur ironie. Pacolli se vante publiquement d’avoir eu recours à des pots-de-vin, en expliquant que la pratique est tout à fait normale et généralisée en Russie. Il révèle qu’il a émis des cartes de crédit pour les filles de Boris Eltsine et qu’il a payé nombre de leurs dépenses. Borodine exhibe insolemment sa fiche de paie de 600 dollars par mois derrière son bureau somptuaire du Kremlin. Le sentiment d’impunité est total.
Pourtant Skuratov se révèle un procureur opiniâtre. L’affaire est directement prise en main par Carla del Ponte en Suisse, et est confiée à deux incorruptibles, le Juge Devaud et le Procureur Bertossa. Les deux hommes sont fermement décidés à lutter contre les pratiques de blanchiment d’argent au sein de la Confédération. Pacolli avait déjà été inculpé par la justice helvétique pour blanchiment et fait l’objet de perquisitions en 1992. A l’époque, ses activités se trouvaient exclusivement en Yakoutie avec Borodine. Il obtint de faire transférer le dossier judiciaire aux autorités particulièrement complaisantes de son quartier général du Canton de Lugano. L’affaire fut rapidement étouffée. L’ampleur de la corruption à la fin des années 90 empêche, cette fois, un enterrement de première classe. A cela s’ajoute l’accession à la présidence de Vladimir Poutine et l’intensification en Suisse de la lutte anti-blanchiment. Désormais, à ses activités crapuleuses en Russie, Pacolli ajoute le financement de réseaux terroristes musulmans, en ex-Yougoslavie en particulier.
En janvier 1999, le siège de la « Mabetex » est perquisitionné par la police suisse, suite à un mandat international délivré par le parquet russe. Pacolli évite de peu une arrestation lors d’un passage éclair en mars à Moscou. C’est ensuite au tour de Borodine d’être arrêté à l’aéroport de New York. L’affaire prend des proportions énormes et promet de devenir le plus gros procès de lutte contre la corruption jamais intenté depuis la fin de l’Union soviétique.

Boris Eltsine
Mais les caves du Kremlin sont profondes. Le « clan Eltsine » ne peut se permettre de lâcher son intendant. Une véritable machine se met en marche pour écraser l’affaire en attaquant le point névralgique du dossier : le procureur Skuratov. Discrédité et menacé, il est contraint à la démission et remplacé par Pavel Ustinov, l’homme lige du clan Eltsine. Ce dernier s’empresse avec ardeur de cesser toute coopération avec la justice suisse. Cette dernière, privée d’éléments à charge, ne peut plus grand chose contre Pacolli et Borodine. Ce dernier est finalement libéré après avoir été extradé des Etats-Unis en Suisse afin de favoriser le non-lieu.
En décembre 2000, l’affaire « Mabetex » est officiellement classée par la justice russe et les 19 000 pages du dossier sont escamotées. Elle sera par la suite abandonnée en mars 2002 par la justice suisse. Pacolli s’en sort indemne, mais il y a un prix à payer : le nouveau pouvoir en Russie se passera de ses services.
Pacolli, plein de ressources, déplace son activité au Kazakhstan, où reproduisant le même schéma, il obtient des contrats importants pour la construction de bâtiments publics dans la nouvelle capitale Astana.
Une autre affaire moins médiatisée implique directement Pacolli en Russie au début des années 90, à travers une autre firme, fondée bien avant Mabetex, la société « Interplastica ». Selon des informations diffusées par la presse d’investigation russe mais qui n’ont jamais fait l’objet de confirmations officielles, « Interplastica » aurait financé en 1993 par l’intermédiaire de la « Banco dello Gottardo » l’achat pour 20 millions de dollars de substances biologiques auprès de la compagnie russe « Biopreparat ». Ces produits entrent dans la composition d’armes bactériologiques particulièrement dangereuses. Pacolli est lié par l’intermédiaire d’une autre firme, la « Falkon », aux réseaux islamistes internationaux. Il a financé le journal anti-serbe « Bota Sot » basé à Zurich qui a été condamné par l’ancien représentant du Kosovo à l’OSCE pour son radicalisme et son incitation à la haine raciale. Il a été le principal financier de l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), impliquée aussi bien dans les trafics de stupéfiants, d’organes et d’armes que dans la nébuleuse terroriste islamique internationale.
Pacolli, décrit par ses anciens « partenaires d’affaires » comme un mythomane mégalomane et impulsif, est désormais président du Kosovo. La mafia albanaise a donc de beaux jours devant elle, l’Eulex ayant la délicatesse de regarder ailleurs. La France, malheureusement, se trouve être complice de fait du développement de cette criminalité ultra-violente. Non sans un certain cynisme, l’OTAN a d’ailleurs veillé à ce que ce corps de police international soit commandé en priorité par des gentilshommes français. Naïveté ou carriérisme, on finit par regretter la dépolitisation et l’absence de scrupules d’une partie du corps des officiers généraux français.
Xavier Moreau.
Source : Realpolitik.tv.
Xavier Moreau : Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d’un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Fondateur d’une société de conseil en sûreté des affaires, installé en Russie depuis 10 ans, travaillant également sur l’Ukraine, le Kazakhstan et la Serbie.