La Rumeur arrive à Brest : contestation ou conformisme ?

10/03/2010 – 15h15 BREST (NOVOpress Breizh) – A Brest les soirées musicales se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après la grande « Nuit bretonne » de Nolwenn Leroy qui s’est déroulée mardi soir dans ses locaux, la Carène de Brest annonce pour samedi prochain une soirée « Musique et contestation ». Avec la participation du groupe de rap La Rumeur.

Fondé en 1995, ce groupe, dirigé par Ekoué, un ancien de Science-Po, et Hamé – de son vrai nom Mohamed Bourokba – titulaire d’un DEA de Cinéma et de sociologie des médias, se définit comme « un groupe de rap underground hardcore », souhaitant se différencier en cela du milieu du rap français jugé par trop « commercial ». La Rumeur se veut « groupe au placement radical, politique et social, qui définit son « flow »( ?) comme un rap de fils d’immigrés par opposition au rap français.» Du rap ethnique, en quelque sorte, dont on aura compris qu’il ne fait pas dans la dentelle, mais qui se vend bien. Dans sa présentation du groupe, la Carène rappelle « leurs concerts ravageurs et le bouche à oreille qui s’en suit leur tiennent lieu de promo, la plus efficace qui soit. »

En 2002 Hamé, qui avait commis dans le fanzine du groupe un texte dans lequel on pouvait lire que « les rapports du Ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété » ( ?), avait été poursuivi devant la justice par le Ministère de l’Intérieur pour « diffamation publique envers la Police nationale ».

Après huit années de procédure le rappeur sera finalement relaxé par la Cour de Cassation, ses propos sur la police relevant, selon la haute juridiction, « de la liberté d’expression ». Soutenu par tout ce que Paris compte de bobos droits-de-l’hommistes, le groupe y aura gagné, sans grand risque, une auréole de martyr « victime de la répression ».

Ce qui n’a visiblement pas nuit à ses affaires, bien au contraire. « Toujours plus virulente et déterminée, La Rumeur revient par la grande porte avec une série TV musicale qu’elle réalise pour Canal+, un album en préparation, et toujours autant de scènes à écumer pour aller à la rencontre de son public. », précise la Carène dans son annonce du spectacle.

Le rap « underground hardcore » au « placement radical, politique et social » semble être finalement une très bonne affaire commerciale. Et rien que cela. La « contestation » autoproclamée des rappeurs, dont l’expression musicale n’est que le sous-produit de banlieues déracinées, ne vise en effet en rien la société marchande qui a elle-même produit ces banlieues.

Les éructations syncopées du rap véhiculent en réalité un langage parfaitement adapté aux attentes de « jeunes » qui s’y reconnaissent volontiers. Avec un discours ultralibéral, qui préfère les voleurs aux gendarmes, et la razzia au travail, le rap est bien dans l’esprit de la mondialisation financière. Un parfait conformisme, décidément loin, très loin, de l’esprit rebelle.

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