A l’occasion de la « journée de la femme » (NDLR : du 8 mars 2011), étrange concept qui ne peut manquer de faire penser à la « journée du handicap » où à celle de la mucoviscidose, tous les médias ont claironné la sombre nouvelle : 15 000 mineures avortent chaque année en France.
En évoquant ce chiffre, les trémolos encombrent la voix des journalistes qu’on ne savait pas si sensibles à la terrible tragédie qu’est un avortement. On avait même crû comprendre que l’IVG était une formidable « avancée sociétale », une extraordinaire « libération » qu’il fallait farouchement défendre et même promouvoir.
Mais, apparemment, vérité au-delà de 18 ans ne l’est pas en deçà… A contrario des 245 000 avortements annuels de leurs aînées, qui sont la sereine expression d’une société joyeusement émancipée des diktats moraux et religieux, les 15 000 avortements de mineures sont donc un drame épouvantable qui révèle un inquiétant « déficit d’information » concernant la sexualité et la contraception. A en croire les « spécialistes », ces 15 000 IVG jettent en réalité une lumière particulièrement crue sur les non-dits, les frilosités et les pudeurs de notre système social et éducatif en matière de sexualité. En bref, ces 15 000 avortements sont 15 000 victimes des survivances de l’Ordre Moral qui maintient une partie de notre belle jeunesse dans les rets d’un obscurantisme anachronique et pudibond.
Ce puritanisme larvé de notre société vous avez échappé ? Vous n’aviez pas noté « l’insuffisance informative » des cours d’éducation sexuelle dispensés dès la maternelle ni la « déficience explicative » des distributeurs de préservatifs répandus dans les cours de récréation des établissements scolaires ? Vous n’aviez pas plus remarqué les « terribles silences » entourant la question sexuelle dans les magazines, films et programmes télévisés destinés à la jeunesse ?
Et bien c’est que vous n’êtes pas un « spécialiste », l’un de ces doctes et courageux pédagogues bien décidés à affronter tous les périls pour permettre à nos adolescents de baiser sans risque et sans conséquence. Vous, vous n’êtes pas loin d’être un vieux con, même si vous n’êtes que trentenaire. Les années importent peu quand le virus réactionnaire a contaminé l’esprit et le sang.
En vous poussant un petit peu, on découvrirait sans doute que, plutôt que d’accroître encore davantage les facilités d’accès aux divers modes de contraception, vous souhaiteriez qu’on explique aux gosses que le sexe n’est pas un loisir comme un autre, une gymnastique ludique sans implication, mais qu’il peut induire des conséquences et des devoirs et nécessite donc une certaine maturité. Ne reculant devant aucune abjection, vous pensez même – avouez-le !- qu’une maternité précoce n’est pas forcément ni obligatoirement une épouvantable catastrophe ruinant l’existence des parents et de l’enfant et qu’elle peut même être une extraordinaire ouverture sur une existence certes différente de celle de la masse mais riche d’une autre lumière.
En fait, absurde gargouille ringarde et dépassée, vous aimeriez qu’on parle un peu plus d’amour, de responsabilité, de famille et de vie et un peu moins de pilules, qu’elles soient de la veille ou du lendemain, de capotes, de planning, familial ou copulatoire, de stérilets et de spermicides…
Honte à vous.
Xavier Eman
Source: Le Blog du Choc du Mois.