Drogue : Strasbourg relance le débat sur les « salles de shoot »

20/02/2011 – 17h40
STRASBOURG (NOVOPress Alsace) : Les « salles de shoot », structures d’accueil des toxicomanes destinées à offrir, dans un environnement sécurisé, des moyens d’injection « propre », ont secoué le gouvernement à l’été 2010. L’initiative d’une concertation sur le sujet, lancée par le ministre Roselyne Bachelot, a été rapidement évacuée par François Fillon, Matignon faisant dire que les « salles de consommation ne sont ni utiles ni souhaitables ». Les partisans des « salles de shoot » en défendent les intérêts en termes de santé publique : ces salles permettraient de freiner la propagation du sida et de l’hépatite, affections transmises par les seringues à utilisateurs multiples, et donc de réduire les coûts de prise en charge de ces maladies qui pèsent elles aussi sur le système de santé français.

Le 11 janvier 2011, l’Académie nationale de médecine a rendu un avis négatif sur la question. Elle considère que la mise à disposition de salles d’injection « aurait pour effet de sortir, de facto, les drogues les plus détériorantes du statut illicite où elles sont actuellement et de remettre ainsi en question l’image répulsive qu’il convient de leur conserver pour éviter toute confusion dans la population dans son ensemble et, en particulier, chez les jeunes. Elle rappelle également qu’une démarche médicale ne peut consister à favoriser l’administration de la drogue qui a généré l’addiction ».

Selon un reportage de StrasTV en date du 15 février, l’association Espace indépendance vient pourtant d’obtenir, à l’issue d’un colloque organisé au Parlement européen sur « Les salles de consommation à moindres risques », l’engagement de la municipalité PS de Strasbourg de s’intéresser sérieusement au sujet. « L’Alsace est une terre où les usagers de drogues injectent et injectent beaucoup. Ce projet ne vient pas comme cela, il vient de constats épidémiologiques faits sur le terrain », a indiqué la présidente d’Espace indépendance. Cette association a distribué 90 000 seringues stériles par le biais de son antenne mobile et de son centre d’accueil en 2009 à Strasbourg, ce qui donne la mesure de l’ampleur du fléau dans la région.

De telles salles sont également envisagées à Paris, Marseille ou encore Bordeaux. D’autres existent à Genève ou Bilbao. Bonne solution ? Au-delà de la discussion d’ordre moral ou sanitaire, promouvoir des « salles de shoot » évite surtout de s’attaquer aux causes de la toxicomanie et à des réalités qui minent notre équilibre social : chômage, misère, dépression, stress et perte des repères qui conduisent à la consommation de drogues de plus en plus dures, mondialisation des trafics, sur lesquels repose aussi toute l’économie souterraine des banlieues, sentiment justifié d’impunité des dealers, cruel manque de moyens des forces de police. D’un tel combat, on ne peut sortir vainqueur si l’on refuse de déclarer la guerre aux gangs et si l’on continue de se résigner devant le recours aux paradis artificiels. Encore faut-il prendre conscience des urgences, considérer qu’il y a là une priorité et s’armer de courage. Et inversement.

[cc] Novopress.info, 2011, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
[http://alsace.novopress.info]

Novopress.info

Économie Les derniers articles



France Les derniers articles



Politique Les derniers articles



Société Les derniers articles