02/02/2011 – 19h00
NANTES (NOVOpress Breizh) – Les Folles Journées de Nantes reçoivent cette année, du 2 au 6 février, tout ce qui, dans la filiation de Liszt et de Brahms, a constitué outre-Rhin le post-romantisme musical. Période capitale pour l’histoire de la musique, dans la mêlée de laquelle plonge cette seizième édition du festival organisé par René Martin depuis 1995. Quelque 150 concerts et près de 130 000 auditeurs sont attendus, dans six salles à Nantes et autant en extérieur.

Anton Bruckner
Deux grands courants artistiques émergent au cours de la période traitée (1850-1950) : l’un opte, après Mahler, pour une écriture systématique et abstraite, celle de l’atonalisme et du dodécaphonisme dont Arnold Schönberg et ses disciples Webern ou Berg se feront les champions dans le premier tiers du XX° siècle ; et l’autre regroupe, dans la descendance de Beethoven et de Bruckner, des personnalités comme Richard Strauss, Max Reger, Feruccio Busoni ou le trop oublié Hans Pfitzner, ancien directeur du Conservatoire de Strasbourg, qui en tenaient pour une musique conservant des thèmes mélodiques et une maîtrise renouvelée de l’écriture harmonique.
Sous l’influence – indéniable et planétaire – du très cérébral chef français Pierre Boulez, c’est le premier courant qui a été mis sur le devant de la scène durant le dernier demi-siècle. Sauf à l’opéra, où les oeuvres de Strauss (Le Chevalier à la Rose, Salomé) n’ont guère quitté l’affiche. L’édition 2011 des Folles journées est ainsi l’occasion d’entendre ce qui semblera, aujourd’hui, encore audible, et ce qui passera probablement dans les oubliettes de l’histoire.
On entendra aussi qu’une autre rupture est intervenue dans la modernité : les compositeurs européens, depuis les post-romantiques germaniques, ont laissé de côté ce qui constituait l’essentiel du métier chez les classiques, une musique instrumentale ou une musique de chambre réalisable entre amis par les amateurs éclairés. On peut jouer entre soi des Quatuors de Haydn, des opéras de Mozart ou des Sonates pour violon et piano de Beethoven, mais on ne peut reprendre à domicile aucune ligne d’aucun de ceux qui seront exécutés cette semaine à Nantes, réservés aux professionnels. Autant de signes d’une rupture entre les intellectuels et la bourgeoisie des concerts, d’une part, et d’autre part les peuples et leurs traditions chantées ou dansées, laissés pour compte. L’histoire de la musique participe ainsi de l’histoire politique, et son devenir en est marqué.
Attention, comme l’an passé le site de programmes et de réservations (www.follejournee.fr) ne fonctionne pas, et risque même de bloquer votre ordinateur. Mieux vaut réserver dans les magasins Leclerc Paridis et Atlantis, ou aux billetteries des entrées des salles.
Pour lire sur le sujet : Brigitte François-Sappey, De Brahms à Mahler et Strauss, Fayard-Mirare, 264 p., 14 euros.
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