Quand la Saint-Valentin tourne mal. Par Gabrielle Cluzel

Aujourd’hui, nous allons parler de l’amour. L’amourrr !

Pourquoi ? Cette question ! Parce que c’est bien connu, l’amour est LE sujet qui intéresse les femmes. Ensuite, parce que c’est bientôt la Saint-Valentin. Comme disait une collègue de bureau: Vous les cathos, vous êtes drôlement pénibles. Toujours à vous plaindre que l’on oublie vos fêtes religieuses, et quand on fait un peu de bruit autour de la Saint-Valentin, ben non, ça ne va pas non plus ! Il faut dire que ne me voyant recevoir aucun SMS langoureux le 12 février, ses copines et elle ont longtemps supputé que mon couple « ne devait pas aller bien fort ».

Plus qu’une fête religieuse, la Saint Valentin est surtout bien sûr une fête pour les commerçants, qui tombe à pic, quand Noël est déjà loin et que les soldes commencent à s’essouffler. Enfin, disons pour certains commerçants: pas pour les détaillants de semelles orthopédiques bien sûr, mais pour Sephora, princesse Tam-Tam, et puis Mauboussin. Mauboussin ! Le premier joaillier de la place Vendôme à avoir voulu démocratiser le bijou de luxe. Sauf que, eh ! Démocratiser ne veut pas nécessairement dire prendre les gens pour des tartes, si ? Vous les avez vus, vous, les noms des modèles de bagues Mauboussin ? D’un romantisme qui frise le canular : « Ni naïve, ni soumise: vraie », « Extrêmement libre, extrêmement sensuelle », «Moi aimer toi », ou encore « Love my love ». Je vous dis, moi, que chez Mauboussin, le type qui a inventé ces noms débiles se cache mort de rire derrière le comptoir et se paie la tête des clients qui poussent la porte : « Bonjour Madame, vous pouvez me montrer Moi aimer toi ? »

Tout cela pour expliquer – comment vous dire ? – que les festivités autour de la Saint Valentin n’ont pas forcément toutes les qualités requises pour s’insérer harmonieusement dans le temps liturgique… Que voulez-vous, les saints aussi peuvent être pris en otage. Vous noterez la transition.
Car l’actualité du cœur, ce n’est pas seulement la Saint-Valentin. C’est aussi deux faits divers récents, le premier étant bien sûr l’issue tragique de l’enlèvement des deux jeunes français à Niamey.

Chacun sait que si feu les deux otages se trouvaient là-bas, c’était en raison du mariage prochain de l’un d’eux avec une jeune et belle nigérienne, Rakia Hassan Kouka, dite Kiki. Tout était prêt : la dot versée, le griot et le marabout réservés.

De vous à moi, si l’on avait demandé l’avis de ma grand-mère, elle les aurait prévenus que cette union était risquée : « Quand on est de la même paroisse, c’est déjà compliqué de se mettre d’accord sur le traiteur… Chez les Ch’tis, là-haut, il n’y avait pas de filles ? Il avait besoin de faire 4000 kilomètres ? » Mais, enfin, Bonne-Maman, l’amour est plus fort que tout ! Il faut excuser ma grand-mère, je crois l’avoir déjà notifié dans ces colonnes, elle manque cruellement d’ouverture d’esprit. Eu égard à ce climat étriqué dans lequel nous avons été élevés, on comprend mieux pourquoi dans la famille nous avons tous fait des mariages désespérément casaniers : Ni marabout, ni griot, mais un banal curé, et un DJ en blazer tentant de concilier sur la piste de danse les petites cousines à appareil dentaire et les vieilles tantes atrabilaires.

Certains ont émis l’idée que l’enlèvement pouvait être lié justement au mécontentement de voir l’un des Français convoler avec une jeune femme musulmane. Mais le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a démenti. Le choix des deux garçons aurait été un pur hasard : « Parce qu’ils étaient à la table du restaurant la plus proche de l’entrée ».

Je me le tiens pour dit. Je n’aimais déjà pas beaucoup les tables près de la porte à cause des courants d’air, mais je n’avais pas pensé aux prises d’otage. La prochaine fois, je me colle tout au fond du restaurant, près des pictogrammes « C’est ici », et tant pis pour les effluves.

Revenons cependant à notre sujet d’aujourd’hui: l’amour…

La jeune fiancée éplorée et sa famille ont bien sûr fait le déplacement en France pour épauler l’entourage des deux victimes, rencontrer les autorités françaises, assister à l’enterrement… et voire plus si affinités.

En effet, une pétition circule déjà sur le net visant à demander au président de la République  « L’octroi d’office de la nationalité française à Rakia Hassan Kouka en tant que “veuve” d’une guerre qui ne dit pas son nom».

Sarkozy aurait mauvaise grâce à faire sa mijaurée, hein ? Franchement, au point où il en est, une de plus, une de moins,… cela ne va pas changer la face des statistiques.

L’idée sous-tendue est que Sarkozy « devrait bien cela » à Kiki. A cause de l’intervention pour libérer les otages. Comme si les vrais coupables, dans tout cela, étaient somme toute les militaires français plus que les ravisseurs.

On sent poindre le syndrome Tanit, du nom de ce voilier arraisonné en 2009 au large de la Somalie, dont le skipper, (que les autorités françaises avaient longuement tenté de dissuader de partir en mer), avait été tué par une arme française au cours de l’intervention militaire.

La veuve de Florent Lemaçon (libérée, elle, avec son bébé par les commandos français et les hommes du GIGN), n’a de cesse, depuis, de faire reconnaître la responsabilité de l’Etat, s’en expliquant longuement dans un livre publié par la maison d’édition de la compagne d’Olivier et refusant l’indemnité de 500 000 euros que l’Etat (enfin, le contribuable) se proposait de lui verser, parce qu’elle la juge trop faible. Preuve qu’il n’est pas besoin d’être capitaliste pour aimer l’argent. La députée socialiste Françoise Olivier Coupeau, membre de la commission de la Défense, jugeant la petite tout de même gonflée, lui avait d’ailleurs fait une réponse un peu verte, en lui opposant, par comparaison, la modestie du montant de la pension qu’aurait perçue l’épouse d’un des commandos marine forcé de voler à leur secours, s’il était venu à mourir dans l’affaire.

Dans le genre amours exotiques qui se terminent mal, il y a encore celles de Florent Goncalvez, qui n’y a certes pas laissé sa vie, mais au moins son gagne-pain.

Directeur de la prison pour femmes de Versailles, ce grand garçon de 41 ans est tombé follement amoureux d’une jeune beauté d’origine iranienne, Yana (dite « Emma »), l’appât du gang des barbares, échangeant un assouplissement des conditions carcérales contre ses faveurs… Sans doute devait-elle être « extrêmement libre, (disons autant que l’on puisse l’être dans une prison), extrêmement sensuelle ». Franchement, on dit que les femmes sont fleurs bleues, mais les hommes, dans leur genre, peuvent être aussi terriblement… Mauboussin.

Notez que Florent Gonclavez, pourrait lui aussi, incriminer les hommes en uniforme : si personne ne s’était bêtement avisé d’arrêter le gang des barbares, n’est-ce pas, il n’en serait pas là.

Gabrielle Cluzel

Article paru dans Monde & Vie du 28 janvier 2011, en kiosque ou à commander ici.

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