“Comme la question du droit à la différence est devenue aujourd’hui impérative…, elle tend à occulter celle du droit à l’identité » « Contre toute vraisemblance et en dépit de l’évolution d’une culture européenne enrichie par ses divers apports historiques, on fait comme si l’expression de son identité menaçait les autres identités culturelles »
(Le regard vide : page 17 et 18))« Contre les partisans de l’inquisition et les pèlerins de la pénitence, il convient de réhabiliter l’esprit européen et d’orienter son regard vers ce qui l’a toujours éclairé»
(Le regard vide : page 280)
C’est à partir des années soixante que fleurit, aux USA, ce discours selon lequel chacun doit affirmer sa différence, redécouvrir ses racines italienne ou irlandaise ou mieux encore, africaine : « Black is beautiful ! » Idéologie assez peu surprenante sur une terre d’immigration comme l’Amérique, mais qui va s’introduire en Europe dans la décennie suivante et conduire aujourd’hui à la « discrimination positive » à l’embauche dans certaines entreprises comme Areva, ou l’Oréal.
Or ceux qui se gargarisent de ce terme savent- ils vraiment ce qu’ils disent ? En soupçonnent-ils les incohérences ?
- Comment peut-on à la fois revendiquer le droit à la différence et faire l’éloge du métissage ?
- Comment revendiquer à la fois « droit à la différence » et droits de l’Homme ? Par exemple tolérer que l’excision soit pratiquée et revendiquer l’article 5 de la Déclaration universelle de 1948 qui stipule que « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains, dégradants ».
Cette idéologie perverse débouche sur le relativisme culturel : la culture européenne serait une culture parmi d’autres !…
Or c’est faux ! Dans le droit-fil de la philosophie de Husserl, (La crise de l’existence européenne 1935), Jean François Mattéi se propose de dégager l’essence de l’esprit européen et d’en démontrer la supériorité.

Tête antique de Minerve
Qu’est-ce que l’esprit européen ? C’est la prise de recul par rapport à l’expérience immédiate, (cf. le théâtre) ; c’est la distance de la réflexion par rapport au mythe et à la tradition, c’est l’esprit critique par rapport au réel, le culte de l’abstraction, c’est un regard lointain, universel porté sur le monde, sur la cité et sur l’âme. C’est l’esprit de libre examen hérité de la Grèce qui est le lieu de la naissance spirituelle de l’Europe. Attitude qui fait la noblesse de l’Homme.
Or ce regard critique a fini par se retourner contre lui-même pour devenir un regard vide comparable à celui des statues antiques amputées des pierres précieuses qui originellement représentaient la lumière de l’œil.
Jean François Mattéi est né le 9 mars 1941 à Oran. Il quitte l’Algérie en 1962, fait ses études supérieures à l’université d’Aix-en-Provence.
Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, puis agrégé de philosophie, il soutient sa thèse d’Etat sur Platon, à la Sorbonne en 1977. Il a enseigné au lycée Fermat de Toulouse puis au lycée Thiers de Marseille.
En 1980, il est nommé professeur à l’université de Nice -Sophia Antipolis.
Les philosophes qui l’ont inspiré sont :
Nietzsche, Heidegger, Hannah Arendt, Camus, Jan Patôcka
Nous recommandons la lecture de :
Le regard vide. Essai sur l’épuisement de la culture européenne (Flammarion 2007).
Isabelle Laraque.
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