A quand le “devoir d?avortement” ?

A quand le “devoir d?avortement” ?
Par Anne MERLIN-CHAZELAS (http://les-identitaires.com)

D?une dépénalisation dans des cas exceptionnels, on est passé à un droit, quasiment un droit de l?homme, ou plutôt de la femme.
On le présente même comme un “devoir” : c?est ainsi que j?ai lu, il y quelques années, avec indignation dans Le Figaro-Madame qu?avorter était un devoir moral lorsqu?on était enceinte de plus de deux enfants (devoir envers les deux enfants qu?on aurait le “droit” de mettre au monde et qui seraient négligés en cas de naissances trop nombreuses), d?un enfant trisomique ou chargé d?une autre infirmité ou encore lorsque la nouvelle naissance ferait de la famille une famille trop nombreuse. Ces enfants handicapés ou en “surnombre” étant par définition – selon l?auteur de l?article – à charge de la société.

Mais si cette opinion paraissait monstrueuse exprimée dans Le Figaro-Madame il y a quelques années, il ne faut pas croire qu?elle est restée exceptionnelle ; aujourd?hui, dans les conversations, il paraît parfaitement normal et moral, et même vertueux, d?avorter dans ces cas-là, et peccamineux de ne pas le faire.
La religion (les religions en fait, aussi bien le judaïsme et l?islam que le catholicisme) s?est prononcée depuis longtemps dès l?Ancien Testament, plusieurs textes mentionnent l?amour de Dieu pour ses créatures humaines dès leur conception. Et, dans le Nouveau Testament, l?enfant qu?Elisabeth porte en son sein et qui est conçu depuis six mois, réagit “d?allégresse” à la présence dans le sein de la Vierge Marie de l?Homme-Dieu, Jésus, alors « simple amas de cellules indifférenciées et sans doute non encore implantées dans l?utérus ».

Mais la science, elle aussi, s?est prononcée : depuis la découverte de l?ADN et du patrimoine génétique, elle constate dès la fusion des gamètes l?existence du patrimoine génétique complet qui aboutira, dans des conditions normales, à la mise au monde d?un enfant humain et de rien d?autre, et l?impossibilité de déterminer un moment où ce patrimoine génétique ferait un être humain de ce qui ne l?aurait pas été auparavant.
Il n?y a que les Etats et leurs lois pour vouloir déterminer un terminus a quo à partir duquel il y aurait un être humain, et la jurisprudence française place ce terminus a quo au moment où, après la naissance, les poumons de l?enfant se déplissent et où il pousse son premier cri, ce qui fait d?un f?tus de cinq mois incapable de survivre mais ayant poussé un seul cri un être humain, tandis qu?un bébé à terme mais étouffé au cours de la naissance n?en serait pas un??

Position intenable, d?autant que « l?enfant conçu doit être tenu pour vivant dès qu?il y va de son intérêt » (formule juridique que la jurisprudence actuelle limite à l?intérêt économique, comme si le premier intérêt de l?enfant n?était pas le droit de vivre !) et que l?enfant mort-né a droit à un état civil au bout de six mois de grossesse?? avec les avantages familiaux que cela comporte dans divers domaines. Bref, l?enfant conçu mais non encore né existe comme “sujet économique” mais non comme “personne humaine”. D?ailleurs, dès lors que le reconnaître comme “sujet économique” impliquerait de lui reconnaître un droit à la vie, il perd tout droit à cette reconnaissance : c?est ainsi qu?une femme blessée dans un accident sera indemnisée pour ses vêtements détériorés mais non pour son enfant mort, celui-ci n?ayant aucun statut, ni comme personne humaine, ni même comme animal ou comme chose !

Pourquoi la justice et le monde politique français tiennent-ils si fort à cette position absurde ? C?est que reconnaître à l?enfant conçu un statut de personne humaine remettrait en cause le droit à l?avortement. Notez bien qu?il ne remettrait pas en cause la dépénalisation de l?avortement : on pourrait laisser celui-ci dépénalisé sans refuser à l?embryon et au f?tus le statut de personne humaine, mais bien le droit à l?avortement, car s?il peut se concevoir des circonstances justifiant que la femme qui avorte soit exempte de toute peine, on ne peut pas concevoir de circonstances lui donnant le droit de mettre à mort une personne humaine. Or, il ne s?agit pas, il ne s?agit plus des peines éventuelles encourues par la femme qui avorte, mais bien d?ancrer toute la société française dans l?idée que la femme a le droit et souvent le devoir de se “débarrasser” de “quelque chose” qui la gêne ou qui n?entre pas dans ses projets.

Les socialistes de tous les pays font d?ailleurs toujours de ce « droit à l?avortement » leur priorité absolue, quitte à violer l?esprit, sinon la lettre, de leur Constitution. On aurait dû s?y attendre, et pourtant je suis indignée : les socialistes sont bien partout les mêmes, où que ce soit dans le monde. Voyez le Portugal : la Constitution de ce pays veut fort sagement, pour qu?une minorité ne puisse imposer sa loi, qu?un vote référendaire obtienne un certain quorum pour que les mesures qui ont recueilli la majorité des voix exprimées portent effet (impossible, au Portugal, au moins en principe, de faire adopter une mesure par dix pour cent des électeurs, alors qu?en France?? !).
Lors du référendum sur la légalisation de l?avortement, bien que les partisans de celui-ci aient obtenu la majorité des voix, le quorum requis était loin d?être atteint, l?abstention massive des électeurs indiquant clairement qu?il n?y avait, en dépit du vote majoritaire exprimé, pas de majorité dans le pays pour adopter cette mesure.

Croyez-vous que les socialistes se le seraient tenu pour dit ? Que non, aussitôt ils ont annoncé que, déboutés par la voix légale du référendum et par l?abstention massive du corps électoral, ils imposeraient cependant la mesure qu?ils souhaitent par voie parlementaire. Que n?auraient-ils pas dit si un gouvernement de droite en avait fait autant ! Ils sont bien de la même farine que les socialistes français (les officiels du PS et les masqués à l?UMP et à l?UDF) qui, déboutés par voie référendaire dans l?affaire de la Constitution européenne, veulent la faire voter, cette fois, par le Parlement??

Novopress.info

    • ø articles liés

Politique Les derniers articles



Société Les derniers articles