La confusion des mots, par Christian Vanneste

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. » Cette sentence de Boileau exprime l’essence du classicisme qui a correspondu à l’apogée de la culture française : peu de mots mais précis et justes. L’époque actuelle est aux antipodes de cette exigence de rigueur et de clarté. Il est fréquent que des mots subissent des glissements sémantiques, des contagions verbales qui affaiblissent la pensée, mais facilitent par leur confusion la suggestion idéologique.

Lors d’un entretien avec des journalistes de France 3, j’ai insisté sur le fait que la France n’était nullement multiculturelle. En bon lecteur de Lévi-Strauss, j’ai immédiatement référé son identité à sa langue, et à tous les codes qui fonctionnent encore dans notre société sur le modèle de la langue, pour que nous puissions échanger et nous comprendre. J’ai aussi rappelé son histoire qui a attribué à notre nation une véritable personnalité comme aimait à le souligner le général De Gaulle. Que la France développe des échanges enrichissants avec d’autres cultures, que les Français apprennent à comprendre et utiliser d’autres codes, il faut s’en féliciter à condition que les Français conservent une suffisamment grande conscience, une suffisamment forte connaissance de leur propre culture pour pouvoir l’offrir aux autres. Autrement dit, l’affirmation de l’identité culturelle n’a strictement rien à voir avec le racisme qui est fondé sur des différences génétiques, biologiques plus ou moins fantasmées. La confusion chez certains de l’antiracisme et du multiculturalisme est un contre-sens absolu.

De même, le mot populisme est devenu aujourd’hui péjoratif alors que dans une démocratie, le fait d’écouter le peuple relève au contraire du devoir légitime et nécessaire pour les élus. Il est révélateur que ce mot serve d’anathème à l’élite autoproclamée qui prétend imposer aux peuples, dans notre vieux continent, l’étau de la mondialisation d’une part et de la préférence minoritaire d’autre part. Sous prétexte de respecter le droit des minorités, on en est arrivé à interdire aux majorités de faire valoir leurs propres droits. Le mot qui convient pour dénoncer les dérives des démocraties, c’est la démagogie, c’est à dire la tendance à flatter le peuple en lui faisant miroiter la satisfaction de ses désirs les moins réalisables. Lorsqu’on affirme le droit à la sécurité, on est dans ce que certains appellent le populisme. Lorsqu’on laisse croire que la retraite à soixante ans ou la sortie de l’euro sont du domaine du possible, on est clairement dans la démagogie.

Christian Vanneste,
député du Nord

Texte repris du blog de Christian Vanneste

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