Au Québec aussi !
Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a pris la décision suivante : les radios ne pourront plus diffuser la chanson Money For Nothing, de Dire Straits parce qu’elle contient le mot « faggot », terme anglais injurieux pour désigner un homosexuel.
La chose a choqué l’opinion publique, sensible à la censure. On se demande naturellement quelle sera la prochaine étape ? Faudra-t-il interdire toutes les chansons contenant un terme écorchant les oreilles sensibles ?

Georges Brassens - Par Gilbert Bochenek
Je demande au CCNR un peu de cohérence. À quand la censure des Trompettes de la renommée, de Brassens ? Il faudrait bien, on y entend le mot « tapette » ! À quand la censure des Bourgeois, de Brel ? Il les traite bien de « cochons » ! Silence, Georges ! Silence, Jacques !
Redevenons sérieux et reconnaissons une chose : le retour de la censure caractérise notre époque.
L’exemple le plus célèbre est celui de Tintin au Congo. Depuis des années, dans plusieurs pays européens, on mène une campagne pour retirer des librairies cette bande dessinée, à cause de son préjugé colonialiste. Tintin au Congo ? Tintin au cachot !
De la même manière, la Halde, une agence bureaucratique française chargée de la lutte contre les discriminations, a proposé il y a quelques années de bannir la référence à un poème de Ronsard dans les manuels scolaires parce qu’il proposait une image négative de la vieillesse !
En France encore, on a aussi contesté récemment l’utilisation de la figure d’Astérix pour illustrer la Convention internationale des droits de l’enfance. Pourquoi ? Parce qu’Astérix le gaulois serait … trop gaulois ! Et insuffisamment représentatif de la « diversité ». Exit Astérix !
Chaque fois, on retrouve la même perversion : au nom des droits de la personne et de la lutte contre les discriminations, on remet en question la liberté d’expression. Et au nom du droit à évoluer dans un environnement « sans hostilité », des lobbies jouent grossièrement de la victimisation en exigeant un droit de veto sur tout ce qu’on peut dire à propos des groupes qu’ils prétendent représenter.
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Source et suite sur le blog de Mathieu Bock-Côté, jeune sociologue et auteur québécois.