Immigration, le message des prud’hommes, par Eric Zemmour

C’était une histoire presque banale, comme il y en a de plus en plus. Dans une crèche de la région parisienne, Baby-Loup, une employée modèle revient d’un congé maternité, la tête couverte d’un voile islamique.

On lui demande de le retirer ; elle refuse. Conflit, licenciement, plainte. Auprès des prud’hommes, mais aussi de la Halde. Le grand mot est lâché : la femme voilée a été victime de discrimination. La Halde saisit elle aussi la justice et soutient la jeune femme. Alors, l’histoire bascule. L’éphémère présidente de la Halde, Jeannette Bougrab (photo), qui vient de remplacer Louis Schweitzer – avant de rejoindre, depuis, le gouvernement –, s’oppose à la jurisprudence de sa nouvelle maison, au grand dam des équipes laissées par son prédécesseur. L’affaire émeut des intellectuels, comme Elisabeth Badinter, ou des politiques socialistes, comme Manuel Valls, qui approuvent la direction de la crèche. A l’issue d’un procès qui a donné lieu à un brouhaha médiatique, le tribunal des prud’hommes donne raison à celle-ci. Ses avocats se félicitent de cette victoire « de la laïcité », de la « liberté de la femme » et du « vivre-ensemble. » Fin du premier acte.

Car la pièce n’est pas achevée. Elle aura une suite, et un épilogue. Mais l’Histoire n’est pas écrite : elle a aussi un prologue, qui s’est étiré tout au long des trente dernières années.

Longtemps, la France ne s’est pas posé ce genre de questions. La population musulmane était très minoritaire et, surtout, le modèle national d’intégration des étrangers reposait sur une stricte assimilation. Les étrangers, et leurs enfants, étaient instamment invités à s’imprégner du modèle culturel français, de ses mœurs, de son mode de vie, de sa nourriture, de sa langue, bref, de sa civilisation, et de se dépouiller de ce qui, dans sa culture d’origine, déton(n)ait avec celle-ci. Contrairement à ce qu’on prétend aujourd’hui, la sélection était cruelle : l’historien Pierre Milza raconte que 40 % des Italiens arrivés entre 1870 et 1940 repartirent dans leur pays d’origine.

Mais cette assimilation exigeante a permis « l’intégration sans douleur » (Braudel) de vagues ininterrompues d’immigrés, depuis les Belges de 1860, jusqu’aux Berbères de 1960. A partir des années 1970, ce moule assimilationniste est contesté par une nouvelle génération, souvent de gauche, progressiste, au nom de la liberté individuelle et du passé colonial dont il serait un insupportable reliquat. On prône, à partir des années 1970, et surtout 1980, le droit à la différence, on exalte le multiculturalisme, la diversité. On prend exemple sur le communautarisme américain. Elles-mêmes converties à ce modèle multiculturaliste, les instances européennes lui donnent force juridique. L’intégration des étrangers, disent les textes européens, se fait par la négociation et le compromis entre des cultures différentes mais égales.

En France, dans un climat de repentance officielle, de nouvelles institutions mettent en place cette nouvelle règle du jeu. Créée dans la foulée des émeutes de banlieue de l’automne 2005 pour lutter contre « les discriminations », la Halde en est le fer de lance. Parfois jusqu’à l’outrance : il y a quelques années, elle avait publié un rapport consacré aux programmes scolaires, proposant la disparition du poème de Ronsard « Mignonne, allons voir si la rose », parce qu’il stigmatisait les gens âgés, regrettant que les expériences en sciences naturelles ne concernent jamais des souris homosexuelles, ou encore exigeant que des photos d’enfants africains affamés disparaissent des livres scolaires. Il ne faut pas s’attacher au caractère involontairement comique de ces indignations : cette idéologie a conduit à modifier les programmes d’histoire, pour y glisser des royaumes africains du Moyen Age, au détriment de Louis XIV et de Napoléon ! La Halde, au prix d’un budget communication exorbitant, a réussi à se faire connaître du plus grand nombre. Les accusations de « discriminations » se sont multipliées. La discrimination est jugée responsable des difficultés d’intégration des enfants d’immigrés, alors que c’est le refus d’assimilation qui est le vrai obstacle à une intégration efficace. Mais peu de plaintes effectives passent le filtre judiciaire.

C’est alors que l’islam entre en scène. Une des plus grandes […]

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