Personnage secret et résolument atypique du paysage littéraire français, l’écrivain d’origine roumaine Jean Parvulesco est mort à Paris le dimanche 21 novembre 2010. Romancier, poète, philosophe, essayiste, journaliste longtemps à la croisée des mondes littéraire, cinématographique, artistique et politique, Jean Parvulesco a réactivé la tradition de la littérature mythique, construisant, durant un quart de siècle, une œuvre où se mêlent métaphysique, eschatologie et géopolitique. Nous republions ci-dessous le portrait que lui avait consacré Michel Marmin en février 2008 dans Spectacle du monde, sous le titre « Jean Parvulesco, de l’empire à l’être ».
C’est incontestablement l’une des figures les plus énigmatiques et les plus fascinantes de la littérature française contemporaine qui, dans le Sentier perdu (2007), son avant-dernier roman, nous fait cette rare confidence dont les esprits forts auraient bien tort de sourire : « J’avoue que j’ai de la peine à croire que tout ce sombre cauchemar, le cauchemar de toute une vie, va bientôt prendre fin, pour être remplacé par son contraire, que la vertigineuse puissance du retour à l’être vienne à s’installer à la place de ces ténèbres mornes et déshonorantes que j’ai jusqu’à présent connues comme étant ma propre vie. »
Voilà en effet, posée en une seule phrase, la trame essentielle de l’œuvre romanesque, poétique, philosophique et politique de Jean Parvulesco, laquelle est d’ailleurs moins le témoignage d’un combat métaphysique que le théâtre même de ce combat – en quoi elle réactive la tradition, oubliée depuis l’Astrée, d’Honoré d’Urfé, de la littérature mythique, de la littérature des commencements primordiaux. « En d’autres termes, écrivait Mircea Eliade, un mythe est une histoire vraie qui s’est passée au commencement du temps. » Mais les « histoires vraies » de Jean Parvulesco, elles, se passent non au commencement, mais à la fin des temps historiques, à la « fin finale » d’une lutte totale qui, selon la prophétie, verra le triomphe de l’être sur les puissances du non-être, sur l’« ennemi métaphysique », et dont l’auteur lui-même serait ensemble l’ordonnateur et le héros en ses divers avatars fictionnels…
Mais qui est réellement cet écrivain activiste, si tant est que cette question ait vraiment quelque importance, en regard de son « identité dogmatique », la seule qui lui importe ? Disons seulement que, né en 1929, en Roumanie, Jean Parvulesco a franchi, après la Seconde Guerre mondiale, les rideaux de fer et de feu du communisme pour se retrouver à Paris dans les cercles les plus en pointe de l’avant-garde littéraire, artistique et cinématographique, ainsi que dans les sentines les plus périlleuses de l’action politique clandestine, de l’OAS madrilène aux conspirations gaullistes de l’après-de Gaulle.
C’est ainsi qu’il signera en exil des articles explosifs sur la Nouvelle Vague dans […]
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