Pourquoi je quitte la présidence de Solidarité Kosovo, par Arnaud Gouillon

Il y a des textes plus simples à écrire que d’autres. Celui là est sans doute le plus difficile que j’ai eu à écrire jusqu’à présent. C’est effet avec une certaine émotion que je vous annonce que je quitte la présidence de l’association Solidarité Kosovo.

Lorsque nous avons créé l’association Solidarité Kosovo il y a bientôt 6 ans, nous étions de simples Français pleins de bonne volonté et animés par un idéal. Avec peu de moyens et peu de soutiens, nous avons réussi à nous faire connaître en apportant une aide indispensable aux Serbes du Kosovo. Par notre sérieux, notre durée et notre régularité nous sommes devenus des acteurs crédibles et incontournables. Cette année 2010, je l’ai passée à professionnaliser l’association. Elargir le nombre de nos donateurs en organisant de nombreuses conférences à travers la France, mettre en place un secrétariat efficace, développer une communication performante, tout cela nous permet aujourd’hui d’entreprendre de nouveaux projets qui nous placent sans doute parmi les plus grosses des « petites » ONG.

Mais je ne vais pas dresser ici un bilan de mon action pour aider les Serbes du Kosovo comme l’on fait un bilan avant de tourner une page. Car mon action envers les populations serbes du Kosovo ne va pas s’arrêter là. Je ne suis plus le président de l’association mais j’y reste pleinement engagé. Je ne ferai plus de conférences, je ne prendrai plus la parole au nom de l’association, mais je continuerai à aider les populations serbes du Kosovo-Métochie de tout mon cœur, avec notamment le développement sur place de nouveaux projets de construction.

J’ai souvent eu l’occasion de parler de l’aide que nous apportions. Mais j’ai rarement eu l’opportunité de dire à quel point les Serbes du Kosovo m’ont aussi donné. Leur vie de chaque jour est pour moi un exemple. Le courage de ces grands-mères ou de ces enfants emplissent mon cœur d’une force qui me permet à mon tour de résister aux tentations les plus défaitistes sur l’état de mon pays, ou sur l’affaiblissement de notre Europe. Chaque séjour au Kosovo me redonne l’espoir que rien n’est perdu et que l’histoire sera écrite par les hommes et les femmes qui ne renoncent pas. Je suis persuadé que les Serbes du Kosovo continueront à lutter pour leur survie, car je sais qu’à toute occupation il faut une résistance. Mais, j’en suis convaincu, leur salut passera par l’engagement de nous autres, les Européens.

Et c’est maintenant à vous, Français et Européens, que je veux m’adresser dans mes conférences. C’est pour participer à la défense de l’Europe que nous aimons, celle qui sombre de jour en jour dans un immense chaos quasi-balkanique, que je veux m’engager et prendre des responsabilités. Je souhaite contribuer au renouveau de cette flamme qui brulait en nous à Vienne, à Lépante ou Kosovo polje. Je souhaite agir désormais pour que nous autres, Européens du XXIe siècle, ne connaissions pas le triste sort des Serbes du Kosovo. Voilà la raison de ma démission.

Dans l’avenir douloureux qui s’annonce pour nos peuples, si un jour le désespoir devait me gagner moi aussi, il me suffira alors, pour continuer à me battre, de penser au regard fier et déterminé des résistants serbes qui même à un contre mille n’abandonnent pas. Les Serbes du Kosovo m’ont montré un chemin : celui de la lutte pour la liberté. Ce sera désormais sous d’autres formes que je l’emprunterai.

Arnaud Gouillon, ex-président de Solidarité Kosovo

[cc] Novopress.info, 2010, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
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