Hier la Grèce, aujourd’hui l’Irlande, demain, peut-être, le Portugal, l’Espagne ou l’Italie, la crise mondiale appuie là où ça fait mal : déficits abyssaux et endettements vertigineux. Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour dire : combien de temps cela va encore durer ? Combien d’argent englouti par notre pays, avant de se rendre à l’évidence : il faut quitter l’euro !
Ces voix, qu’elles soient celles de souverainistes de droite ou de gauche, ont-elles raison ? Apportent-elles des vraies réponses, ou se contentent-elles de leur habituelle fonction de protestataires ? Sont-elles porteurs de perspectives et d’espoirs, ou utilisent-elles, par pure démagogie, des arguments simplistes pour abuser les moins informés des Français?
En réalité, la réponse à ces questions n’importe qu’à la marge. Il serait aisé d’opposer les milliards envoyés à l’Europe aux milliards envoyés par la France en Afrique ou dans le reste du tiers monde sans parler des milliards du gaspillage « made in France ».
Le débat essentiel se résume à la réponse à deux questions principales :
• Voulons-nous l’indépendance de la France et de l’Europe ?
• Quelle est la meilleure façon monétaire de garantir celle-ci ?
A la première question, les Identitaires répondent évidemment par l’affirmative. A la deuxième, ils disent clairement que seule une monnaie européenne peut garantir cette double indépendance de la France et de l’Europe.
L’euro actuel est-il cette monnaie européenne ? Non, car il convient de rappeler que l’euro est la monnaie de la BCE, banque autonome, et non celle d’une puissance européenne souveraine et indépendante. C’est donc la seule grande monnaie sans Etat ! Contrairement au dollar, monnaie des USA, du yuan, monnaie de la Chine, du yen japonais, etc.
Cette observation fondamentale suffit à montrer les limites d’un débat opposant l’euro actuel au franc. Le franc est mort mais l’euro, en tant que monnaie politique, n’est toujours pas né.
L’euro actuel s’est bâti comme une monnaie de division. En effet, il s’est essentiellement structuré selon les normes allemandes de comportement économique et donc au bénéfice de l’Allemagne. Sa solidité favorise les peuples d’Europe du Nord et pénalise ceux d’Europe du Sud.
Que ce soit avant ou depuis la création de l’euro, l’Union européenne s’est montrée incapable de faire converger les économies, les budgets, les fiscalités, les normes sociales de ses pays membres, tout en voulant continuer de s’élargir sans cesse (et pourquoi pas à la Turquie demain !). Ainsi l’Union européenne, c’est comme la confiture, moins il y a d’Europe, plus on l’étale !
Il aurait été logique et efficace, de construire la maison Europe par ses fondations, qui sont nécessairement politiques.
Nous en sommes là. Et la crise mondiale aussi est là ; elle est présente et durable, quoi qu’en pensent nos illusionnistes de service. Le monde vient de rentrer, de fait, après le véritable échec du dernier G20, dans une véritable guerre des monnaies. De cette guerre un vainqueur sortira qui dominera le XXIe siècle.
Si nous sortons de l’euro, quelle est l’alternative ? Revenir au franc qui seul garantit l’indépendance de la France ? Mais de quelle sorte d’indépendance peut-il s’agir ? L’appui de la Guadeloupe, de Mayotte et de l’Afrique francophone réunis peut-il être suffisant face aux géants du monde d’aujourd’hui comme de demain ? Bien entendu, non. Or, quel est le sort des monnaies de second plan ? Le même que celui des armées de second rang : être les supplétifs d’une armée de premier rang, comme nous le faisons en Afghanistan. Quel est le sort des monnaies dollarisées ? Au moment même où le dollar est en péril ? Celui du valet d’un maître failli… Est-ce bien cela que les nationaux-protestataires veulent pour la France ?
Un petit retour historique s’impose d’ailleurs : voici vingt ans, nos cousins de l’Est se libéraient de leurs chaînes. Tout était à faire chez eux. Or, qui a principalement financé leur reconstruction? Les USA d’abord, l’Allemagne parfois. L’Union européenne ? Aux abonnés absents ! Comment s’étonner après que ces pays privilégient les commandes auprès des entreprises des USA, se soumettent à l’Otan, voire bloquent des avancées européennes ? Et que l’Allemagne soit mieux lotie à l’export que ne l’est la France.…

Enlèvement d'Europe d'après Guido Reni © Musée des Beaux-Arts du Canada
Et aujourd’hui nous préférerions que ce soient les USA ou la Chine qui rétablissent les finances de l’Irlande ? Ou le FMI (dont nous sommes contributeurs par ailleurs) mieux que le FME (Fonds monétaire européen) que nous appelons de nos vœux et qui est en gestation au travers du Fonds de Secours européen. Et si du fait d’une gestion publique calamiteuse, un pays doit être mis en défaut de paiement, n’est-ce pas notre rôle d’Européens que d’en prévoir et la sanction et la main tendue pour le redresser ?
Qui sont donc ces politiciens pour remettre des frères européens – certes fautifs – entre les mains d’un ordre mondial dont ils sont, par ailleurs, les soi-disant contempteurs ? Et qui sont-ils pour penser que nous sortirons seuls, et indemnes, de l’immense crise mondiale qui n’est autre, selon le beau titre du dernier livre de l’économiste Hervé Juvin, qu’un « renversement du monde » ?
Alors oui, les Identitaires sont fiers de leur triple appartenance, régionale, nationale et européenne.
Oui, il faut rebâtir une autre Europe que celle de Bruxelles. Une Europe basée sur un axe Paris-Berlin-Moscou, première puissance mondiale.
Oui, il faut une vraie souveraineté européenne indépendante, puissante et généreuse qui se réapproprie la monnaie (entre autres !).
Oui, l’Europe a un rôle à jouer au XXIe siècle : accompagner la refondation du monde de l’après mondialisation financière.
Oui la relocalisation de l’économie, la prise en compte des impératifs catégoriques de l’écologie, sont des vastes chantiers qui ne sauraient se satisfaire des nostalgies et des repliements hexagonaux.
Une nouvelle politique française et européenne s’accompagnera de la main tendue à tous nos peuples « de souche d’Europe ». Oui il nous appartient de laver notre linge sale en famille, entre frères du même continent et de la même culture.
Philippe Milliau
Membre du bureau exécutif du Bloc identitaire
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