1° Les nouvelles qui nous parviennent des Etats-Unis depuis la fin de l’été ne sont pas bonnes, avec un chômage qui reste désespérément élevé, un marché immobilier qui est retombé lourdement, une croissance atone, un déficit fédéral béant et un endettement colossal.
Certains se demandent même si ce pays ne serait pas à la veille d’une nouvelle récession, ou pour le moins, atteint du syndrome japonais, c’est-à-dire une déflation chronique associée à un endettement public pesant. Ceci étant, les banques se portent relativement bien et les fameux « bonus » tant décriés réapparaissent furtivement. On constate donc un contraste frappant entre la mauvaise santé de l’économie réelle, celle de l’homme de la rue, et celle du secteur bancaire.
Car l’immobilier accuse une rechute de 25 % (sur un an) et la crise des crédits hypothécaire est loin d’être terminée : les emprunteurs, frappés par les licenciements, sont bien incapables de faire face aux échéances (avec une hausse des défauts de paiement de près d’un tiers). D’où la multiplication des saisies par les banques et les appels à un moratoire des évictions et des ventes forcées. Mais le remède ne serait-il pas pire que le mal avec le risque de réveiller le spectre de faillites bancaires.
La croissance que l’on croyait bien repartie en début d’année est retombée à 1,6% (sur un an) alors qu’il faudrait un minimum de 2,5 % de croissance annuelle pour faire repartir l’emploi.
Par ailleurs, les prix sont tombés à un niveau historiquement bas (1% en taux annuel), indice certain d’une tendance déflationniste de fond qui décourage l’investissement et la consommation (1) (comme au Japon) cependant que les taux du Federal Réserve sont proche de 0%.
Pour compléter cette situation peu réjouissante, on observera que la dette fédérale va dépasser 100 % du PNB l’an prochain (le même niveau que l’Irlande et la Grèce !)
2° Face à ce sombre tableau, les experts sont (comme souvent) en plein désarroi.
D’un côté, certains, comme Paul Krugman, le « gourou » des économistes libéraux (entendons par là, quasi socialistes) appellent à une relance massive, la première injection de fonds fédéraux (les 700 milliards de dollars de l’ancien Secrétaire d’Etat au Trésor Henry Paulson ayant manifestement fait long feu).
D’un autre côté, effrayés par l’ampleur du déficit et de la dette, les conservateurs réclament une halte au feu et préconisent au contraire de ne rien faire. Comme le rappelait récemment Ben Bernanke, le président du Federal Reserve , la banque centrale américaine, avec une bonne dose d’humour inconscient : « dans les circonstances présente l’incertitude est la seule chose dont on soit certain ». Dont acte.

Affiche d'Obama pour la campagne présidentielle.
Avec un tel viatique, le malheureux président OBAMA est bien en peine de savoir à quel saint se vouer.
En fait, il semble s’être résigné à une relance financière modérée. Mais c’est surtout dans le domaine fiscal qu’il a repris l’initiative avec une mesure de bon sens, le refus de reconduire les scandaleuses réductions d’impôts en faveur des ménages les plus riches (2% des contribuables) consenties par son prédécesseur à la Maison Blanche. Mais ce n’est pas cette remise à plat qui va bien évidemment faire repartir l’économie américaine.
En fait, si l’on devait reprocher quelque chose à Barak OBAMA, c’est d’avoir commis une grave « erreur de casting » en privilégiant au début de son mandat, pour d’évidentes raisons idéologiques, le remodelage du Health System américain, la Sécurité sociale , au lieu de consacre toute son attention, et son énergie, au dossier de l’emploi, jugé, à tort, non prioritaire.(2)
C’est donc au Federal Reserve qu’a été dévolue aujourd’hui la difficile mission de relancer l’économie avec la récente décision de son président, Ben Bernanke, de racheter en masse des bons du trésor américains (après avoir admis au réescompte les prêts hypothécaires douteux présentés par les banquiers imprudents). Voilà donc la « planche à billet » qui va tourner à plein régime (comme d’ailleurs le président Trichet se prépare à le faire à la Banque Centrale Européenne en faisant fi de ses statuts).
Inonder le marché monétaire de liquidités est une vieille recette qui a parfois donné de bons résultats dans le passé. Le risque majeur est la redoutable stagflation, à savoir la réapparition d’une forte inflation combinée avec une stagnation économique persistante. Quant au dollar, il pourrait bien connaître une chute encore plus brutale contre l’euro. Avis de tempête donc aux exportateurs européens qui vendent sur le marché américain.
L’Amérique a déjà connu cela dans les années 80. Elle n’avait réussi à s’extirper de ce marasme qu’avec la plus grande peine. Va-t-elle renouer avec le même sort dans les années à venir ?
3°La vieille Europe se porte-t-elle mieux. En apparence, certes.
Mais les malheurs de l’Irlande avec les déboires de l’Anglo Irish Bank sont là (3) pour rappeler que l’Europe vit toujours sur le fil du rasoir, à la merci d’un nouvel épisode de crise à tout instant..
L’économie irlandaise s’est contractée, tenez- vous bien, l’an dernier de 14%, un taux digne de la crise de 29. L‘Etat irlandais peine à se refinancer ave un taux, insoutenable, à terme de 6 % (3,5 % pour la vertueuse Allemagne).
C’est que le coût du sauvetage de cette banque (25 milliards d’euros) risque d’excéder les capacités financières de l’Etat. Une solution plus ou moins heureuse a été trouvée (comme jadis pour les banques d’Europe centrale « pourries » héritées, dans les années 90, du système soviétique) : couper la banque en deux comme on le fait un fruit trop mûr, en gardant la partie saine et cédant la partie décidemment gangrenée. Mais les acheteurs risquent de ne pas se presser au portillon.
Et l’Europe dans tout cela ? De fait, malgré le plan de soutien communautaire de 750 milliards d’euros de mai dernier, la crise subsiste à l’état latent : la Grèce emprunte à 11,7 % et la banque centrale de ce pays va appeler 2,3 milliards d’euros de prêts.
Au Portugal, à peine mieux loti, le gouvernement emprunte à 5,9 % (contre 4,1 % en mars). L’Espagne tient encore debout vaille que ville, mais pour combien de temps ? Quant à l’économie européenne, elle peine à se relever du choc de la crise (4). La vraie reprise est-elle pour demain ? (5)
Yves-Marie Laulan. Photo en début d’article.
Notes.
(1) En période de déflation avec chute des prix, les encaisses liquides se valorisent alors que les produits se dévalorisent.
(2) Outre le fait que lorsqu’il fonctionnera à plein régime, ce système de Sécurité Sociale « améliorée » va lourdement pénaliser les finances publiques avec un déficit persistant et croissant. On l’a bien vu en Europe. L’Amérique n’échappera pas à cette malédiction.
(3) Comme tant d’autres, cette banque s’était dans l’euphorie des dernières années, lancée dans un tourbillon de prêts immobiliers dont beaucoup sont tombés en défaut de paiement .
(4) Heureusement que la seconde tranche du rapport Attali qui doit paraître vient à point nommé nous dire comment repartir d’un bon pas sur le chemin de la prospérité. Nous attendons la troisième tranche avec impatience.
(5) Une réflexion impertinente vient à l’esprit. Que n’avait-on écrit sur les risques d’une révolte sociale de première grandeur en Grèce sous l’effet du plan de rigueur imposé par l’Europe. En fait, il ne se passe rien et les nouvelles de Grèce montrent que le niveau de vie des ménages est à peine effleuré. Ne pourrait-on en induire que , pour l’Europe dans son ensemble, la fameuse rigueur évoquée avec horreur ici et là pourrait être fort bien supportée, compte tenu des « réserves » constituées pendant les années de prospérité ?On ose à peine, horresco referens, évoquer une telle hypothèse.