Quand l’histoire d’une manipulation rejoint l’actualité…
Manie commémorative oblige, la République célébrait ce dimanche [NDLR : le dimanche 3 octobre 2010] le trentième anniversaire de l’attentat de la rue Copernic.
Le 3 octobre 1980, soir du shabbat, des terroristes frappaient la synagogue, faisant 4 morts et une quarantaine de blessés. L’explosif dissimulé dans une sacoche de moto aurait pu causer davantage de victimes si, comme cela avait été programmé, il avait fonctionné quelques minutes plus tard, lors de la sortie des centaines de fidèles.
Pour l’Empire du Bien qui est aussi l’Empire de la Certitude l’origine de cet acte immonde ne faisait aucun doute. Dès le lendemain une manifestation de protestation a lieu devant la synagogue puis le 7 octobre un grand rassemblement entre Nation et République attire 150 000 personnes. On se mobilise sous les Saintes Espèces du combat toujours recommencé “contre le fascisme, l’antisémitisme et le racisme.” Comme le chien devant le sucre de Pavlov on n’a pu résister à un intitulé si séduisant et le refrain du “fascisme” assassin fait florès.

Manifestation à Paris le 7-10-1980, 4 jours après l'attentat.
D’autant que, selon un scénario bien rodé, dans l’heure qui suivit l’attentat un correspondant anonyme dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit de Jean-Yves Pellay, téléphone à l’Agence France-Presse pour revendiquer l’attentat au nom des Faisceaux nationalistes révolutionnaires qui n’étaient autres que la reconstitution de la FANE dissoute par le gouvernement le 3 septembre précédent. L’histoire est connu : il s’agit de faire enregistrer l’attentat sous un faux drapeau qui, compte tenu des attentes d’une opinion bien préparée, passera comme une lettre à la poste.
Qu’est ce que la FANE ? Un groupuscule néo-nazi folklorique de quelques dizaines de cinglés.
Qui est Jean-Yves Pellay ? Le plus excité des militants de la FANE, dont la journaliste Annette Lévy-Willard avait rapporté les furieux propos antisémites dans son journal Libération du 2 septembre. Mais c’était surtout un agent provocateur de l’Organisation juive de défense selon l’hebdomadaire Tribune juive du 26 décembre 1980, qui après avoir contacté l’OJD aux “Douze Heures pour Israël” avait rejoint la FANE en mai 1980.
RÈGLEMENTS DE COMPTES DANS L’OLIGARCHIE

La synagogue de la rue Copernic
Cette revendication renforce le climat d’hystérie d’autant que le premier ministre, Raymond Barre, choque en déclarant à la télévision : “Cet attentat odieux voulait frapper des israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents… “. Ce lapsus malheureux qui fait des juifs une catégorie de citoyens à part, renforce la logique conspirationniste qui s’est emparée de l’opposition. Le 4 octobre le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un défilé aux cris de “Bonnet, Giscard, complices des assassins!”
Oui, on accusait Giscard de complicité avec les groupuscules néo-nazis dont les ultimes soubresauts étaient systématiquement montés en épingle. Ainsi la presse venait de révéler que des policiers étaient membres de la FANE. Mais au lieu d’en conclure que les Renseignements Généraux avaient infiltré l’organisation, la plupart des journaux en déduisirent que la police était contaminée par le nazisme… C’est pourquoi Henri Hadjenberg, alors président du Renouveau juif, pouvait s’autoriser à réclamer la démission du ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet, et à demander la constitution d’une commission d’enquête sur le “noyautage de la police par les fascistes”.
Le véritable but de l’opération, à quelques mois des élections présidentielles était, bien entendu, de déstabiliser Giscard. Et quoi de mieux, pour l’abattre, que de lui faire enfourcher la rossinante usée du “fascisme” ?
Mitterrand piaffait d’impatience et la gauche faisait tout pour discréditer le pouvoir giscardien. Le chef de l’État était ouvertement soupçonné de sympathies vichystes et de dédain à l’égard de la communauté juive. On accusait ce pauvre Giscard de complicité avec les groupuscules néo-nazis. La preuve ? Son service d’ordre dirigé par un ancien de l’OAS (ce qui est vrai) et constitué de militants d’extrême droite (ce qui annonçait tout bonnement le ralliement en cours des Longuet, des Madelin et des Novelli à la logique libérale).
LE TOUR DE LA NOUVELLE DROITE
[NDLR : Voir aussi sur Novopress "Il y a 30 ans l’attentat de la Rue Copernic, ou comment on a normalisé la presse" pour plus de détails]
En même temps puisque l’on connaissait les poseurs de bombes, du moins le croyait-on, il fallait maintenant, selon une tactique bien éprouvée, chercher sinon des commanditaires, du moins des inspirateurs. Jean Pierre-Bloch, président de la LICRA déclare à TF-1 : “les assassins, ce sont aussi ceux qui ont créé le climat… Je veux tout de même rappeler Le Figaro Magazine de samedi dernier disant que les Juifs venus au Palais de justice pour le procès Fredriksen étaient venus pour tuer. Je dis que cet article prête à l’attentat et crée l’antisémitisme… Je dis que le responsable de l’assassinat, c’est cette presse“.
En effet, Le Figaro Magazine, était le seul organe de la grande presse à n’avoir pas donné dans l’hystérie. Lors du jugement de Marc Fredriksen, leader de la FANE, le 19 septembre, par la XVII chambre correctionnelle de Paris, et à rapporter que des activistes juifs du Bétar avaient tenté d’introduire des barres de fer dans le Palais de justice. Mais pour le patron de la LICRA, le seul fait de dire la vérité était un outrage.

Bernard-Henri Lévy
Quelques jours plus tard Bernard-Henri Lévy, qui n’en était pas à sa première escroquerie intellectuelle renchérissait dans Le Quotidien de Paris sur la fumeuse théorie du “climat” vouée à une bien étrange fortune. “C’est toujours délicat, écrivait-il, d’établir des liens de cause à effet entre les discours et les actes. Mais il ne me paraît pas absurde de dire que tout le ramdam qu’on a fait récemment autour des thèses élitaires, indo-européennes, parfois eugénistes, des sous-développés de la Nouvelle Droite, par exemple, a préparé le terrain à la situation d’aujourd’hui”. Et le “penseur” de la gauche-caviar ajoutait : “Le Figaro Magazine, en un sens, c’est pire que Minute; c’est ce qui permet à des milliers de gens de penser qu’on peut être fasciste sans être un nervi ou une brute de la FANE“.
Une attaque en règle contre le Nouvelle Droite qui ayant investie les colonnes du Figaro Magazine y développait ses thèses devant prés d’un million de lecteurs. Une offensive d’ailleurs couronné de succès puisque ses membres furent peu à peu chassés de la rédaction tandis que BHL y ferait bientôt son entrée. Il est vrai qu’alors le tirage du journal “normalisé” n’était plus que de 300 000… Si nous affections d’adopter la théorie béhachlienne du climat, nous pourrions y voir une relation de cause à effet. Il est vrai aussi que le patron “papivore” du groupe était menacé de se voir retirer la manne publicitaire et que “l’ancien nazi” avait bien des choses à se faire pardonner. Malgré une élection comme député radical-mendésiste en 1956 Robert Hersant ne pouvait pas se permettre d’entretenir un nouveau scandale autour de son nom. Ainsi fut stoppée la seule tentative de donner à la droite une armature idéologique qui ne fut pas libérale.
ÉPILOGUE
Quand aux acteurs de l’attentat lui même on sait aujourd’hui qu’il n’était pas plus question de “néo-nazis” que de la “méchante” influence de la Nouvelle Droite.
L’explosif avait emprunté la voie d’une valise diplomatique libanaise. Le poseur de bombe était un homme de type arabe utilisant un passeport chypriote au nom d’Alexander Panadriyu. C’est à ce nom qu’il avait loué la moto. Les commanditaires appartenaient à un groupe dissident du FPLP de Georges Habbache, le “Palestinian Liberation Front Special Command” dont le chef s’appelait Salim Abou. Ces vérités révélées par Le Point dès le 23 mars 1981 furent occultées par le nouveau pouvoir socialiste.
Bref la DGSE et la DST savaient mais en juillet 1981 le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, tentait de relancer la piste inusable de l’extrême droite…
Les mythes ont la vie dure, et aujourd’hui encore retentissent des appels incessants contre un “fascisme” imaginaire. Cependant à la différence de l’époque ceux-ci tournent à vide et ne rencontrent plus, de plus en plus, que le silence assourdissant des masses.
Coclès