12/10/2010 – 13h04
ROME (NOVOPress) : Ce dimanche s’est ouvert à Rome un synode pour le Moyen-Orient. Au cours de cette rencontre, les autorités de l’Église romaine et celles des Églises d’Orient (Églises catholiques en communion avec Rome mais disposant de rites et de juridictions propres : Église copte, Église syriaque, Église gréco-melkite, Église maronite, Église chaldéenne et Église arménienne) feront le point sur la situation des catholiques entre Nil, Tigre et Mer Noire avec pour ambition de « confirmer et renforcer les chrétiens [de la région] dans leur identité » et de « raviver la communion ecclésiale entre les Églises particulières, afin qu’elles puissent offrir un témoignage de vie chrétienne authentique, joyeux et attirant ».
Au cours de la préparation de ce synode, une ligne de partage est apparue entre ceux qui pensent que la question du martyre des chrétiens en terre d’Orient – et, donc, des relations avec l’Islam – doit être abordée en sourdine, pour ne pas alimenter les tensions et ceux qui pensent, au contraire, que les chrétiens d’Orient ont droit et besoin d’une solidarité exprimée à haute voix. Alors que tout laissait penser que la ligne « diplomatique » allait l’emporter, les premiers échos en provenance de Rome rapportent en revanche une musique différente.
Le commentaire le plus éloquent sur l’ouverture de ce synode est celui du Père Samir Khalil Samir (photo), prêtre égyptien et professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Le Père Samir Khalil Samir est l’un des experts auprès du synode et a été présenté par La Croix comme étant l’un de ses « trois hommes clés ». Dans un article publié par l’agence asianews, le père Samir Khalil Samir se penche sur les orientations données par le pape Benoît XVI dans son homélie lors de la messe inaugurale du synode. Voici quelques passages de son analyse. Elle secoue le joug de la pensée unique en matière religieuse.
« J’ai vu hier l’évêque d’Alger qui me racontait avoir passé deux heures avec le ministre du Culte sur cette question (celle des lois anti-prosélytisme qui limitent la liberté d’annoncer l’Évangile). La situation est telle que quelques évêques et de nombreux missionnaires se refusent même à baptiser des musulmans qui demandent pourtant le baptême depuis des années, par crainte de leur faire perdre des éléments de leur culture !
Du point de vue théologique, le discours du pape corrige ces théologies (assimilables à de nombreuses “théologies des religions” communes en Occident et à certaines autres présentes en Inde) qui prêchent que le Christ n’est pas le passage obligé [vers le Salut, NdT]. Un missionnaire me disait que le concile Vatican II a établi que tous peuvent se sauver dans leur propre religion : pourquoi les baptiser alors ?
Nos Églises d’Orient ont perdu le sens missionnaire en se focalisant sur leur survie. Mais la survie d’un corps ne survient pas si l’on se contente de traiter le problème physique : cela finit en asphyxie. C’est ce qui arrive à nos Églises : nous sommes tellement concentrés sur la sauvegarde de notre culture, sur notre particularisme, sur notre survie qu’à la fin nous nous occupons de détails au lieu de considérer notre mission mondiale.
En Europe aussi nous sommes en train de mourir parce que l’époque missionnaire, quand d’Italie et de France on s’élançait aux quatre coins du monde, appartient au passé. Aujourd’hui, nous sommes tellement préoccupés de nous-mêmes et de nos problèmes que nous avons perdu le sens missionnaire. Nous devons le retrouver. De la même façon, réduire notre mission aux œuvres caritatives, au soutien au développement, n’est pas satisfaisant. »
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