La publicité, une «fabrique d?obésité»

obesesLa publicité, une «fabrique d?obésité»

Plus les enfants regardent la télévision, plus ils consomment de produits gras et sucrés. C?est en substance la conclusion de l?enquête menée par UFC-Que Choisir, qui a analysé l?impact des spots publicitaires sur les comportements alimentaires des enfants. Ses conclusions sont sans appel : la publicité contribue largement à diriger les enfants vers des produits qui ont une part de responsabilité dans le développement de l?obésité.

L?obésité est certes « multifactorielle » mais parmi ces facteurs, quelle est la part réelle de la publicité ? Cette question n?avait jamais été étudiée de près jusqu?ici, et l?UFC a décidé d?y répondre, en menant une enquête détaillée dans 700 foyers représentatifs de la population. Elle a interrogé à la fois les parents et les enfants, mais elle a aussi scruté le contenu des placards et réfrigérateurs, pour confronter les déclarations aux comportements réels. « On pressent intuitivement que la publicité a une influence sur les comportements alimentaires des enfants, mais cela n?a jamais été vérifié », annonce Alain Bazot, président de l?UFC. « Ce vide laisse le champ libre à l?industrie agroalimentaire pour asséner des contre-vérités, consistant à nous dire que la publicité ne fait pas vendre mais informe le consommateur sur l?offre de produits, ou encore que les publicités augmentent la part de marché d?un produit, sans pour autant influencer les habitudes alimentaires des enfants ».En clair, l?UFC s?est attachée à démonter l?argument qui consiste à dire que « la publicité fait vendre plus de bonbons Haribo, mais pas plus de bonbons en général »??
La première partie de l?enquête s?est penchée sur la « source », en analysant le contenu des spots TV. Sur deux semaines, l?UFC a recensé 217 spots alimentaires ciblant les enfants. Et sur ces 217 messages publicitaires, 89% font la promotion d?aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés au regard des recommandations nutritionnelles formulées par la Plan national nutrition santé (PNSS). Sachant qu?un enfant passe entre 2 et 3 heures par jour devant la télévision, on peut déjà constater un « taux d?exposition » élevé à la publicité. « En fait, tout ce qui est recommandé par le PNSS en matière d?équilibre alimentaire est absent des spots, indique Sylvie Pradel de l?UFC. Pire : la publicité promeut tout le contraire».

Une fois ce constat posé, qu?en est-il de l?influence réelle de ces spots sur les comportements des enfants ? Quel est leur impact réel sur leur « idéal alimentaire » et leurs préférences ? L?enquête de l?UFC tend à démontrer, tout d?abord, une réelle imprégnation des spots et des marques chez les enfants, qui à 70 %, ont été capables de décrire une publicité pour « Lion » de Nestlé et à 69 % celle pour « Danette », deux produits à la fois gras et sucrés. « Ils sont également en grande majorité plus sensibles aux marques, et ce sont au final des produits gras, sucrés et salés de marque qu?ils réclament à leurs parents » explique Olivier Andro, chargé de l?étude UFC. Le rôle des parents est à ce stade capital, car 87 % d?entre eux ont acheté par exemple le produit « Danette » réclamé par leurs enfants. Cette « chaîne de causalité » décrite par l?UFC fabrique ainsi l?idéal alimentaire des enfants, idéal traduit in fine par la surconsommation de produits sans intérêt nutritionnel, au détriment de produits nécessaires à l?équilibre alimentaire. L?UFC en veut pour preuve le contenu des placards et réfrigérateurs des familles interrogées, dont le contenu ? 47% de produits gras et sucrées- se rapprochent des préférences des enfants, qui citent spontanément 64% de marques de produits gras et sucrés lorsqu’on les interroge. « On retrouve dans leur consommation réelle la même surreprésentation de ces produits que dans la publicité », conclut Olivier Andro. Dernier facteur aggravant, déjà bien connu en matière d?alimentation : la catégorie sociale. L?étude montre que les 13% de familles « réfractaires à la publicité », c’est-à-dire celles dont les enfants sont le moins influencés, appartiennent aux milieux aisés. En revanche, les 30% qui « consomment » le plus de télévision sont aussi ceux qui consomment le plus de produits gras et sucrés, et appartiennent à la catégorie des ouvriers et artisans.

Pour une interdiction pure et simple

Face à cette force de frappe du marketing et de la publicité, l?UFC récuse les arguments de l?industrie agroalimentaire, qui reporte généralement la responsabilité sur les parents. « Dire qu?il faut faire plus de sport ou montrer des enfants en action dans les spots est insuffisant », rétorque Alain Bazot, président de l?UFC. « On ne cesse de culpabiliser les parents, mais quel est leur marge de man?uvre face à la puissance publicitaire ? » Avec à l?heure actuelle 12% des enfants de 5 à 12 ans obèses, l?UFC appelle à des mesures plus contraignantes que celles qui ont été prises jusqu?ici, notamment l?obligation, en 2007, de diffuser des messages de prévention à la télévision, financés par une taxe versée par les industriels. « L?obligation de diffuser ces messages dans les mêmes créneaux horaires que les publicités n?aura pas d?impact, comparés aux 10 spots bombardés dans la foulée », observe Alain Bazot. Nous continuerons donc à faire pression pour que ces publicités soient purement et simplement interdites ». Une position également défendue par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), pour qui “l’interdiction est une mesure cohérente et proportionnée dans la mesure où les enfants constituent une cible privilégiée, ce qui est reconnu par les industriels et publicitaires. Or il est impératif qu’ils soient protégés de façon efficace et durable.”
Ne croyant pas un seul instant à l?autorégulation prônée à la fois par l?industrie agroalimentaire et par le BVP -le bureau de vérification de la publicité a certes émis des recommandations sur le sujet mais n?a qu?un pouvoir consultatif-, l?UFC va s?associer au niveau européen à d?autres mouvements de consommateurs, pour tenter d?influencer le vote de la directive « télévision sans frontières » en décembre. Ce texte contient en effet des dispositions relatives à la publicité, mais certainement pas dans la voie défendue par l?UFC, puisqu?il devrait ouvrir davantage la télévision à la publicité. Le travail de lobbying s?annonce à tout le moins difficile.

(Source : http://www.novethic.fr)

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