Moins de petits délits, mais plus de violences graves. Comment en sortir ? Cinq élus locaux, de toutes tendances, témoignent et proposent dans le numéro de cette semaine de l’hebdomadaire Valeurs actuelles.
Nicolas Sarkozy vient de nommer un nouveau préfet en Seine-Saint-Denis, Christian Lambert. « Qu’en attendez-vous ? », avons-nous demandé au maire de Montfermeil : « Qu’il soit cru », répond-il – c’est-à-dire que l’État prenne la mesure des problèmes auxquels nous sommes confrontés. En juin 2006, l’un des prédécesseurs de Christian Lambert, Jean-François Cordet, avait envoyé au ministre de l’Intérieur de l’époque – Nicolas Sarkozy – une note sur la délinquance dans ce département. « Le fait de plus en plus fréquent pour un policier de retrouver le soir même sur la voie publique un mineur arrêté par ses soins le matin pour un vol/portière ou pour un vol/violence traduit parfaitement la situation dans laquelle se trouve ce département et, partant, le sentiment général d’impunité qui prédomine parmi les jeunes délinquants et de lassitude des policiers, quel que soit leur grade », écrivait-il (lire l’intégralité de cette lettre). Qu’en est-il aujourd’hui ? Le témoignage de cinq maires de banlieue.
Hervé Chevreau, maire divers droite d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis, 52 000 habitants)
Comment la délinquance évolue-t-elle dans votre ville ? Nous enregistrons une baisse des faits délictueux. Moins de petits délits, mais plus de vols avec violence. J’aimerais voir plus de policiers en uniforme dans nos rues, mais nos effectifs ont diminué. La police nationale doit revenir au contact des gens. Dans notre département, le turn-over est trop important. Je constate aussi que l’économie souterraine a tendance à s’étendre. On voit des trafiquants ouvrir des commerces. Pour “blanchir” l’argent.
Nicolas Sarkozy a mis en place les GIR pour lutter contre ces réseaux. Ça n’a pas marché ? Il y a eu du travail de fait. Mais il faut aussi “assurer le service après-vente” : quand on démantèle un trafic, il faut rester sur place pour s’assurer qu’il ne redémarre pas avec d’autres. S’il y avait plus de policiers sur le terrain, il y aurait aussi moins d’acheteurs, donc moins de vendeurs. Il ne faut pas hésiter à réprimer la consommation.
La répression de ces trafics ne risque-t-elle pas de déclencher des émeutes semblables à celles de novembre 2005 ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait un lien entre ces émeutes et la répression de ces trafics. En revanche, si un gamin se tue à moto parce qu’il est poursuivi, là, ça peut démarrer… De toute façon, on ne peut pas rester les bras ballants. Je suis pour qu’on tape fort sur les acheteurs et sur les trafiquants. Il faut aussi traiter le problème à la source. Éviter que la production de cannabis n’augmente au Maroc et ailleurs. Donc agir au niveau international.
Comment expliquez-vous l’importance de la délinquance en Seine-Saint-Denis ? Est-ce le chômage ? Il y a des problèmes d’emploi, de logement, mais je pense qu’il y a surtout un problème d’éducation. On a beaucoup de familles monoparentales en Seine-Saint-Denis. Les parents décrochent, les enfants décrochent – à l’école aussi. La délinquance, c’est en partie le résultat de ces décrochages. Les écoles de la seconde chance marchent bien dans notre département, on pourrait les multiplier. Je suis aussi convaincu qu’il faut recréer des collèges d’enseignement technique. Tous les enfants ne veulent pas faire des études longues.
N’y a-t-il pas aussi des problèmes d’intégration ? Faut-il encore parler d’intégration ? Nous parlons de la troisième génération. La République française fait tout ce qu’il faut pour intégrer les gens. À Épinay, nous avons trois clubs de prévention et de nombreuses associations. Le service de la jeunesse propose toute une panoplie d’activités. Nos éducateurs vont à la rencontre des jeunes, ils en “touchent” beaucoup, mais certains ne veulent pas venir.
Qu’attendez-vous de l’État ? J’ai envoyé une lettre au président de la République il y a deux mois pour lui demander de prendre personnellement en main le département. Il faut tout retravailler, étudier chaque thématique – emploi, logement… – et trouver des solutions nouvelles qui s’appliqueront dès l’école.
Pour lire les témoignages de :
François Pupponi, député et maire PS de Sarcelles (Val-d’Oise, 60 200 habitants)
François Asensi, député et maire PCF de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis, 35 500 habitants)
Stéphane Beaudet, maire UMP de Courcouronnes (Essonne, 15 000 habitants)
Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis, 26 000 habitants)