CHRONIQUE – La position du skieur couché, par Julien Jauffret

« Julius Evola opposait naguère le ski de piste à l’alpinisme, la descente démocratique à l’ascension aristocratique. »

Le joyeux festin. La France traverse une crise morale fantastique, les inégalités explosent, le chômage est au plus haut, le système économique de référence est à bout de souffle, le mode de vie des Français est de plus en plus menacé par l’immigration, les classes moyennes décrochent, les classes populaires partent à la dérive, les ghettos s’enfoncent dans la violence, le spectre du chaos plane sur le pays, etc., etc., etc. Pendant ce temps, à l’Elysée, on règle des vieilles histoires de fesse, on s’étripe par orgueil, on joue les petits féodaux minables, on se tartine le museau de confiture en évoquant l’intérêt général, on sert les copains sans vergogne et on donne dans le pugilat de cour de récré en le faisant passer pour une affaire d’Etat.
Certes, le pouvoir n’est jamais très loin du parasitisme social mais là il faut reconnaître qu’on est gâté. Paraît-il que De Gaulle refusait de faire affranchir sa correspondance personnelle par l’administration. Aujourd’hui le moindre sous-ministre loue un jet privé aussi facilement qu’un vélib’. D’ailleurs peut-on encore parler de parasitisme à ce stade ? C’est un festin auquel on assiste éberlués. Un festin de vautours agrippés à leur charogne, la France.

La position du skieur couché. Il y a quelques années, Alain Soral avait écrit un abécédaire de la bêtise ambiante intitulé Jusqu’où va-t-on descendre ? Excellent titre. Cette question, on doit être nombreux à se la poser tous les jours. Parfois, on imagine que ça y est, on a atteint le fond, on croit entendre un petit bruit, boum, ça va remonter maintenant. Et bien, non, ça continue. On dirait même que ça prend de la vitesse. La chute devient métaphysique, quasi biblique. C’est la chute d’un peuple qui se dépouille petit à petit de tout ce qui le constitue et qui en jouit. Un peuple qui se met volontairement à poil. On dirait un parachutiste sous LSD qui dans les nuages détache soudain ses sangles en ricanant. Liberté chérie, j’écris ton nom. La descente est enivrante, tous les skieurs le savent. A un certain stade de vitesse, le vent fait pleurer les yeux, les skis se décollent du sol et se mettent à trembler. Ça flatte notre désir d’évaporation. On se sent léger, libéré du carcan des responsabilités, dans le sens de la pente. Les peuples aussi ont des envies de suicide, qu’est-ce que vous croyez. Julius Evola opposait naguère le ski de piste à l’alpinisme, la descente démocratique à l’ascension aristocratique. Il est beaucoup plus simple de descendre que de monter. Pour grimper, il faut des cordes, un guide, un but, un idéal. Pour descendre, il suffit de se laisser aller.

L’Emirat de France en trois leçons. Voici ce que l’on pouvait lire dans les pages Opinion du Monde, le 7 avril dernier. « Nous n’avons pas de droits sur l’avenir : notre histoire catholique ne disqualifie pas un avenir musulman ou taoïste. Qu’importe d’ailleurs : si les Droits de l’homme ont pu triompher de l’Eglise, ils doivent à terme amadouer Mahomet. » C’est signé Abige Musca, pseudo débile et prétentieux tiré de Cicéron. C’est l’ethnocide parfait en trois leçons. Un : je fais entrer des immigrés musulmans en masse dans le pays. Deux : je décrète leurs coutumes aussi françaises que les autres. Trois : je prépare le pays au basculement culturel. Cette prose de petit collabo décomplexé devrait donc logiquement s’épanouir dans les années à venir. A moins que ne se dresse un autre amateur de Cicéron pour dire à notre petit chasseur de mouches : « Jusques à quand abuseras-tu de notre patience, Catilina ? »

Chronique parue sous le titre Tout schuss ! sur le blog du Choc du mois.

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