Après tout, c’est bien normal que le parti au pouvoir ait perdu le premier tour des régionales : c’est la loi des élections intermédiaires, de mi-mandat ? C’est beaucoup plus grave que cela. Les Français, trahis et harassés, ne croient plus à personne. C’est un des signes annonciateurs des révolutions. Le Front national, qui se refait une petite santé, en bénéficiera-t-il ? Franchement ? Aucune idée.
Il y a toujours plusieurs manières de commenter un scrutin. Plus ou moins fiables. Plus ou moins honnêtes. Les dirigeants de l’UMP en ont donné un assez pathétique exemple sur les plateaux de télévision, dimanche soir, en tentant d’expliquer que si une majorité de Français s’était abstenue au premier tour de ces élections régionales, c’est parce qu’ils ne voulaient pas cautionner la gestion désastreuse, calamiteuse, quasi apocalyptique des présidents socialistes sortants des conseils régionaux. Pas de pot : en Alsace, seule région continentale conservée en 2004 par la droite, l’abstention a été plus élevée de trois points que la moyenne nationale. Ce que c’est de ne pas regarder les chiffres avant de répéter le message concocté par l’expert en communication de service un dimanche soir au 55, rue du faubourg Saint-Honoré…
Surtout, bien sûr, le raisonnement est idiot. Si les gens ne votent pas, c’est qu’ils sont mécontents ? Et s’ils placent le parti présidentiel à 26 % des suffrages exprimés, s’ils donnent à la gauche une majorité écrasante de voix (autour de 55 %) comme elle n’en a jamais eue – y compris sous les deux septennats de François Mitterrand – c’est une preuve d’amour envers le parti unique de la majorité présidentielle ?
Quand Sarko demandait à Villiers de lui apprendre la France…
Parmi les enseignements de ce scrutin, le premier est que l’Union pour un mouvement populaire (UMP), que ses dirigeants – Xavier Bertrand, le secrétaire général, en tête – essayent de commercialiser sous la marque « Le Mouvement populaire » (on avait pourtant bien compris que l’« union » n’était qu’un mot, ce n’est pas peine d’insister), n’a plus grand chose de « populaire ». Au moins passagèrement. Avec environ 5 millions de voix sur plus de 46,6 millions d’électeurs inscrits, ce n’est pas exactement le meilleur signe de la popularité. Ce serait plutôt celui de la déconnection d’avec le « peuple de droite » qui avait porté Nicolas Sarkozy au pouvoir et même d’avec le peuple français tout court, qui, à 53 %, l’a élu.

Philippe de Villiers
C’est cette absence de lien entre un homme et un peuple qui rend sa situation d’autant plus difficile. Jacques Chirac, même si c’était en grande partie simulé, avait su montrer ou faire croire qu’il était un de nous. Un Français normal, qui regarde le cul des vaches (et celui des filles), qui lève le coude au bistrot, qui aime ripailler et qui connaît les montagnes et les vergers, le bocage et la marée montante. Sarko, lui, a tenté de faire illusion quelques mois. Entre son « J’ai changé » qui a lancé sa campagne présidentielle et son élection célébrée au Fouquet’s à l’incrédulité générale. Comment osait-il ? Il osait parce qu’il pensait que, ayant été élu, il n’avait plus à dissimuler puisque les Français, il les avait tous « niqués ».
Opulence indigne à l’Elysée, souffrance en France
Or ce que l’on est prêt à pardonner à l’un des siens, on ne le pardonne pas à « celui de Paris ». Ce que l’on était prêt à endurer du « grand con », on n’est pas prêt à l’accepter du « nain ». Si sûr de lui. Si méprisant. Si manifestement attaché à montrer qu’il est d’une caste supérieure, de cette « hyper classe » qui domine le monde de G7 en forum de Davos, qu’il est parvenu, lui le « petit Français de sang

Minute du 8 août 2007.
Nicolas Sarkozy n’a pas fait don de sa personne à la France, il a voulu s’accaparer la France pour sa toute petite personne. Accessoirement pour son clan, mais dans la mesure, et uniquement dans la mesure, où celui-ci est nécessaire à son maintien au pouvoir – et à tous les avantage qu’il en tire et qui, lorsque les langues se délieront, feront passer son prédécesseur pour un modèle d’homme vertueux. Les Français ne savent pas encore – et ce n’est pas, cette fois, la faute de la presse, car il faut des preuves matérielles pour écrire ce que l’on sait – de quelle façon, sous Nicolas Sarkozy, les contrats à l’exportation sont centralisés, de telle sorte que le récent échec de la filière nucléaire française aux Emirats arabes unis face à une offre de la Corée du Sud n’est pas seulement dû à la meilleure qualité de la proposition concurrente. A force de vouloir imposer partout dans le monde un intermédiaire qui est un des rares à pouvoir pénétrer quand bon lui semble dans le bureau élyséen du chef de l’Etat, à force de tout vouloir faire transiter par un homme dont il n’existe plus de biographie, sa vie antérieure aussi agitée que condamnable et condamnée ayant été professionnellement nettoyée, on finit par agacer. Sous Mitterrand au moins, comme sous Chirac, il y avait des coupe-feu. Sous Sarkozy, il n’y en a plus.
Cela ne se sait pas mais cela se sent. Et ce sentiment diffus d’opulence indigne au plus haut sommet de l’Etat est d’autant moins tolérable que la France souffre. Toute la France. Pas seulement le « prolo » qui a l’habitude, mais les classes moyennes, la quasi-totalité des classes moyennes qui n’ont pour vivre que le revenu de leur travail et sont, selon la définition qu’en donnait Karl Marx, eux aussi des prolétaires, à savoir des gens qui ne vivent que de leur force de travail. Et pas des revenus du capital. Pas [pour lire la suite, acheter Minute en kiosque ou commander le numéro ici]
Article de Céline Pascot extrait du numéro de Minute à paraître demain mercredi 17 mars.
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