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Marine Le Pen, vice-présidente du Front national :
« Il faut envisager une sortie groupée de l’euro »
Marine Le Pen conduit la liste FN aux élections régionales dans le Nord-Pas-de-Calais. Les sondages la créditent de 17 %. Quasiment le score réalisé par la liste FN en 2004 alors que, partout ailleurs, la déperdition est estimée à 30 à 40 %. Ses recettes, on les étudiera après le premier tour. Tour d’horizon de l’actualité nationale, régionale et… frontiste.
Minute : La semaine dernière, au journal de 20 heures de France 2, pourquoi avoir été si directe avec les électeurs de l’UMP ?
Marine Le Pen : Parce que cela fait maintenant près de trois ans que Nicolas Sarkozy est au pouvoir. Ils ont voté pour lui sur ses promesses, ils sont en mesure de juger ses actes. Si les électeurs de l’UMP ont envie de persister à jouer les paillassons du président et lui permettre de continuer à s’essuyer les pieds sur eux, qu’ils continuent à voter UMP ! Mais s’ils en ont assez d’être humiliés quotidiennement – accord avec le PC chinois, nomination d’un socialiste chaque fois qu’un poste se libère, distribution de milliards aux banques et j’en passe –, qu’ils votent cette fois pour le Front national !
Les électeurs doivent savoir une chose : Sarkozy se moque totalement de savoir si les Verts vont faire 12 ou 16 %, si le PS va faire 27 ou 29 %. En revanche, selon que le FN fera 8 % ou 13 %, cela influera fortement sur la politique gouvernementale.
En quoi ?
Cela obligera le président de la République à tenir ses promesses.
Vous en êtes sûre ?
Je vais vous en donner la preuve par Marseille. Un responsable de la grande mosquée de Marseille a expliqué que le maire de Marseille refusait le minaret tant que le vote FN était haut ; et qu’il ne l’avait accepté que parce que le FN s’était affaibli.
Il est indispensable de lancer un signal très fort au gouvernement dans le cadre de ces élections régionales qui sont les dernières élections nationales avant la présidentielle.
[…]
Vous avez publié un communiqué dénonçant la « Domenech attitude » de Nicolas Sarkozy sur la politique industrielle. Qu’est-ce que cela signifie ?
Ça veut dire qu’il est exactement comme Domenech : il perd tout les matchs et il nous explique à chaque fois qu’on va voir ce qu’on va voir lors du match suivant et qu’enfin il a compris comment faire pour que ça fonctionne !
Son discours sur la politique industrielle m’a affligée parce qu’il est marqué par une absence totale de vision. Il promet de refaire tout ce qui n’a pas marché hier. Ses propositions consistent à créer des effets d’aubaine auprès de tel ou tel secteur industriel sans s’attaquer à ce qui est la cause fondamentale de la désindustrialisation, à savoir la concurrence déloyale internationale. Dans un tout récent rapport du ministère des Finances, c’est écrit noir sur blanc : de 2000 à 2007, 63 % des emplois industriels perdus l’ont été en conséquence directe de la concurrence internationale !
Ce qui est vrai pour l’industrie l’est aussi pour l’agriculture. Il faut mettre un terme à la venue sur notre territoire sans aucun contrôle et sans aucune limite de produits qui viennent de l’étranger et qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes sociales, fiscales, sanitaires, de sécurité et environnementales, ce qui les rend évidemment beaucoup moins chers !
Que proposez-vous face à cette concurrence internationale déloyale ? De fermer les frontières françaises ? européennes ?
L’Europe a inscrit l’ultralibéralisme dans son ADN. Par conséquence, jamais l’Union européenne ne mettra en place la moindre protection aux frontières. C’est si vrai que dans les premiers discours de M. Van Rompuy et dans ceux de M. Barroso, le protectionnisme est dénoncé comme le mal absolu, la seule solution inacceptable. Tenant compte de cette situation, il va donc falloir envisager de remettre effectivement des écluses à nos propres frontières. Et nous ne serons pas les seuls. C’est exactement comme pour l’euro, et comme pour l’Union européenne : nous ne seront pas les seuls à devoir en sortir. Ce qu’il faudrait, c’est qu’on ne soit pas les derniers.
Vous voulez toujours que la France sorte de l’euro ?
Le problème ne se pose plus ainsi. La zone monétaire européenne va imploser. Avant qu’elle n’implose et qu’elle ne nous entraîne dans un tsunami économique, un certain nombre de pays doivent envisager une sortie groupée de l’euro. Je pense à l’Italie, à l’Espagne, à la France ou à l’Irlande. Si ces pays avaient un minimum de jugeote sur le plan économique, ils se grouperaient pour sortir de l’euro.
Dès le départ, le FN a dit que la zone euro n’était pas une zone monétaire optimale. Ça s’est évidemment aggravé avec l’intégration de pays qui n’avaient pas du tout le même niveau que les premiers pays de l’UE. Aujourd’hui tout le monde admet, y compris dans les milieux financiers, que la zone euro est condamnée. Il ne faut pas subir cette situation mais l’anticiper.
Doit-on faire quelque chose pour la Grèce ?
On nous parle de solidarité européenne avec la Grèce mais je vous signale que la BCE, la Banque centrale européenne, était parfaitement informée de la situation financière de la Grèce. Elle a trahi les membres de l’UE en fermant les yeux.
Alors peut-on faire autre chose pour la Grèce que ce qui est fait ? C’est assez piquant de voir les institutions financières européennes prises à leur propre jeu : elles n’ont a priori pas le droit de venir en aide à la Grèce, mais elles sont contraintes de le faire puisque, si elles ne le font pas, tout le système va s’effondrer.
La Grèce est un tout petit pays. Mais il est évident que nous ne pourrons pas faire la même chose pour l’Espagne, ni pour l’Italie. C’est pourquoi je le répète, tenant compte de la situation grecque, il faut envisager une sortie groupée de l’euro.
Dans le Nord-Pas-de-Calais, menez-vous campagne sur des thématiques régionales ou nationales ?
Les deux sont indissociables. Lorsque […]
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