« Bacha bazi », cela veut dire « garçons jouets ». On les appelle aussi « bacha berich », garçons imberbes. Ce sont de tout jeunes adolescents qui, poussés par la misère, et recrutés par des maquereaux, deviennent les jouets de personnages riches ou influents: seigneurs de guerre, hommes d’affaires, gradés de la police et de l’armée, etc.
Il portent des cheveux longs, sont habillés en fille, et sont maquillés. On leur apprend à danser, et ils dansent lors de soirées organisées par leurs maîtres. En fin de soirée, ils servent d’objet sexuel.
Les propriétaires se les revendent ou se les échangent. Le commerce des « bacha bazi » est une affaire florissante. Les plus riches personnages sont prêts à mettre une fortune pour avoir le meilleur danseur, qu’il pourra exhiber avec fierté devant ses amis, et leur prêter pour la nuit. Avoir plusieurs bacha bazi est un signe de réussite sociale. Si les bacha bazi ne donnent pas satisfaction, ils sont battus ou tués.
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Cet esclavage est quasiment institutionnel dans le nord du pays, et se répand vers le sud, et à Kaboul, capitale de la République islamique d’Afghanistan.
Le journaliste afghan Najibullah Quraishi a filmé des policiers participant à une de ces fêtes. Parmi les policiers présents, la vidéo montre un membre de la brigade des mineurs… Cette pratique est illégale, mais, comme on le voit, personne ne cherche à y mettre fin.
Et les troupes d’occupation ne s’en mêlent pas. En 2008, des soldats canadiens se sont inquiétés de voir des soldats afghans « violer de jeunes garçons ». Plusieurs aumôniers ont rapporté de tels faits. La hiérarchie leur a demandé de regarder ailleurs…
Il y a eu un rapport de l’ONU, qui n’intéresse personne. Le rapport met au jour que ce sont parfois des enfants de 10 ans qui sont ainsi esclaves, et que leur commerce est contrôlé par des gens « puissants ».
Le journaliste qui avait filmé une de ces soirées, voyant qu’il prêchait dans le désert, est allé voir Radhika Coomaraswamy (ci-contre), représentante de l’ONU pour les enfants et les conflits armés. Mais celle-ci est bien au courant de la situation. Elle s’était rendue en Afghanistan et avait constaté la pratique des bacha bazi chez les militaires afghans.
Et elle a vu qu’elle ne pouvait rien faire : « Quand j’ai abordé le sujet, c’est comme si j’avais jeté un pavé dans la mare, et surtout dans les cercles officiels. Il m’est apparu de manière parfaitement claire, et certains me l’ont effectivement dit, que ce ne sont pas des choses dont on parle : occupons-nous d’abord de la guerre. Ensuite, nous règlerons ces autres questions. »
Texte extrait de Daoudal Hebdo n° 71 daté du 4 mars 2010.
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