Comédie “arménienne”

Comédie “arménienne”
Le billet d’Yves Daoudal

L’Assemblée nationale devait examiner hier la proposition de loi socialiste visant à sanctionner la négation du génocide arménien. Mais la séance a été levée avant que le texte puisse être voté. Il ne pourra désormais pas l’être avant la prochaine session parlementaire, si tant est qu’il soit repris, par les socialistes… ou par l’UMP, puisqu’il existe une proposition de loi similaire d’Eric Raoult.
Cet épisode s’est déroulé dans la confusion la plus extrême, et le Parlement français, une fois de plus, n’en sort pas grandi.

Le gouvernement et l’UMP ont tout fait pour empêcher le vote d’une proposition de loi dont ils ne voulaient pas, pour ne pas fâcher les Turcs (comme l’a ouvertement déclaré Douste-Blazy), mais qui avait des chances d’être adoptée, car nombre de députés UMP lui étaient favorables, dans la logique de la repentance universelle et de la loi Gayssot (dont ils sont devenus de fervents partisans): l’Assemblée nationale ayant officiellement reconnu le génocide arménien, on doit réprimer la négation de ce génocide comme on réprime la négation de la Shoah.
Dans le cadre de la “niche” qui leur était réservée, les socialistes avaient d’abord présenté une autre proposition de loi, anodine, sur le contrôle du Parlement. Cette proposition consensuelle devait passer comme une lettre à la poste, mais le gouvernement et ses affidés de l’UMP ont multiplié les interventions dans le seul but de faire traîner la discussion et de retarder le vote autant que possible. Du coup, les cinq heures réservées à la “niche” socialiste étaient écoulées après la discussion générale sur la proposition de loi sur le génocide arménien, menée elle-même dans la confusion. Tandis que plusieurs dizaines de militants de la cause arménienne criaient “Le vote! Le vote!”, dans les tribunes du public: du jamais vu, selon les agents de sécurité, qui ont dû évacuer les manifestants…
Les socialistes hurlent naturellement contre les agissements du gouvernement et de l’UMP. Cela dit, ils ont aussi une part de responsabilité dans l’affaire: ils avaient déposé trois propositions de loi pour une seule niche de cinq heures, et il est évident que l’on ne vote jamais trois lois en cinq heures. Il est évident aussi que certains d’entre eux ne sont pas mécontents de cet échec. Le président du groupe socialiste lui-même, Jean-Marc Ayrault, avait part de ses “extrêmes réserves”, de même que Jack Lang et quelques autres: chez les socialistes aussi, il y a ceux qui ne veulent pas déplaire à la Turquie, et il y a ceux qui se rangent au jugement des historiens de plus en plus nombreux, souvent de gauche, qui s’élèvent contre la prétention du Parlement à dire l’histoire, et en l’occurrence l’histoire des autres peuples…

Source: http://www.national-hebdo.com

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