Avant-première – Minute n°2447 du 10 février 2010 : Le débat sur l’identité accouche d’un monstre

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Le débat sur l’identité nationale accouche d’un monstre
Le totalitarisme est une des « valeurs républicaines »

Non, le débat sur l’identité nationale n’a pas accouché d’une souris. Il est en train d’enfanter un monstre. Un nouveau totalitarisme. Celui d’une France qui veut imposer à tous les « valeurs républicaines ». Quitte à endoctriner les enfants rebaptisés « jeunes citoyens ». Quitte aussi à envisager de déchoir de la citoyenneté ceux qui n’auraient pas bien compris comment ils doivent penser ! Effrayant.

Exemplaire ! François Fillon a trouvé « exemplaire » le débat sur l’identité nationale conduit par Eric Besson à la demande de Nicolas Sarkozy. Il l’a été en effet, et il va continuer de l’être dans les prochains mois, mais pas au sens où veut le faire croire le premier ministre. Ce « débat », cadré le 31 mars 2009 par la lettre de mission adressée par le chef de l’Etat à son ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, n’aura été qu’un leurre. Voire une escroquerie politique et intellectuelle.

Pour comprendre le sens des mesures – pas si bénignes qu’on a pu l’entendre lors des réactions recueillies à chaud – annoncées à l’issue du séminaire gouvernemental de lundi sur l’identité nationale, il faut opérer un long retour sur ce qui s’était passé trois jours plus tôt, et sur lequel la majeure partie de nos confrères ne s’est pas arrêté, sauf pour donner des chiffres issus de deux études de la Sofrès que l’Agence France Presse a allègrement mélangées.


Des débats très sereins… surtout ceux annulés !

Le vendredi 5 février, Eric Besson a publié un « point d’étape » du « grand débat sur l’identité nationale ». Un document de près de 90 pages que, bien entendu, pas grand-monde n’a lu, comme pas grand-monde ne lit les nombreuses publications de l’Elysée, de Matignon et des différents ministères, où pourtant tout est (presque) toujours dit. A condition de savoir lire entre les lignes. Mais à force de sarkozysme triomphant, on a fini par apprendre…

Sous couvert de « point d’étape », Eric Besson expliquait à la fois la méthode suivie (la vraie, pas le simulacre) et les objectifs poursuivis. La méthode, c’est le trucage. Comme d’avoir fait mine de tenir durant des mois « 350 réunions réunissant toutes les catégories de la population française […] dans le respect de la liberté de parole de chacun ». Quel audacieux raccourci, alors que, dans toutes les régions de France, chacun a pu constater que ces réunions étaient ou non ouvertes au public selon le bon vouloir des préfets.

Deux exemples suffiront. A Bordeaux, l’accès aux débats était réservé aux personnes munies d’une invitation délivrée par la préfecture. Comme par hasard, l’auteur de ces lignes, qui habite Bordeaux et est bien connu des services préfectoraux (défavorablement s’entend…) n’a pu obtenir d’invitation. Je n’ai pas été le seul. Dans l’Hérault, certaines réunions publiques ont été purement et simplement annulées ! Motif, relaté par la presse locale : « Le préfet a préféré annuler certains débats sur l’identité nationale, dont celui prévu à Sète : les Identitaires de la Ligue du Midi […], qui présente une liste aux régionales et dont le slogan favori est “Restons Maîtres chez nous“, prenaient en effet un malin plaisir à Nîmes, à Carcassonne, etc., à “animer“ et “pimenter“ les réunions officielles de réflexions peu goûtées par les autorités. »

Quelques jours plus tôt, Richard Roudier, chef de file de la Ligue du Midi, liste en lice pour les élections régionales en Languedoc-Roussillon, avait pris la parole pour expliquer que Eric Besson, par sa définition de la France, « simple conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble », avait fait preuve de « négationnisme » car « les premiers mots de la Constitution de 1958 citent explicitement “le peuple français“, le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fait de même et le Conseil constitutionnel a retoqué un projet de loi en 1991 pour un motif similaire ». Il ne fallait que Roudier récidive. Il eût été difficile qu’on lui en fît interdire l’entrée et à lui seul, alors qu’il avait été annoncé que les autres débats étaient aussi ouverts à tous. Donc le préfet les a annulés…


La France a commencé en 1917 ou en 1789 ?

Moyennant quoi le ministre de l’Immigration et de l’Intégration avant d’être celui de l’Identité nationale tire comme enseignement de ces discussions « conduites dans la sérénité grâce à une préparation soignée des organisateurs » (sic) qu’elles ont « souligné le besoin de faire vivre et respecter les valeurs que notre nation revendique (place des symboles, lutte contre les discriminations, intégration des étrangers) ». Forcément, quand tel intervenant, qui veut juste dire : « Pour moi la patrie, c’est la terre de mes ancêtres », se fait retirer le micro, ou quand tel autre, qui veut rappeler que « les Français ou Européens de souche représentent tout de même 80 à 85 % de la population » se fait couper le sifflet, quand aussi les comptes rendus préfectoraux adressés au ministère sont aseptisés des aspérités qui ont quand même fait le sel de certains débats, il ne reste que le prétendument consensuel « vivre ensemble » et les « valeurs républicaines », formule devenue synonyme de « valeurs » tout court, ce qui n’est pourtant pas du tout la même chose.

Si le document essentiel est bien le « point d’étape » du 3 février, c’est qu’il expose la batterie de mesures qui auraient été envisagées, présentées, défendues lors de ces « débats » et dont celles qui ont été présentées lundi sont extraites, comme une mise en bouche avant que de passer au plat de résistance, et même à la suite de plats tels qu’on en servait lors des agapes familiales du temps de nos grands-parents (de souche).

La vision bessonienne de l’identité nationale, finalement, ce n’est rien d’autre qu’une conception dite républicaine de la société, déconnectée de toute réalité historique, dégagée de toute filiation autre qu’idéologique, où le mot patrie (le pays des pères) n’a plus sa place et où les ancêtres n’ont droit de cité (républicaine, démocratique et laïque) que si leur nom peut être inscrit au Panthéon des Grands Ancêtres de la République. Que cite Eric Besson lorsqu’il ose évoquer les « événements ou personnages » qui sont des « symboles forts » de notre identité ? Verdun et le Chemin des Dames – d’accord avec lui –, Jean Moulin, le général De Gaulle, le Conseil national de la Résistance. C’est tout ! Les rois qui ont fait la France ? Aux poubelles de l’histoire ! Le […]

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