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Après le débarquement de Bonifacio
Sarko, fais comme Silvio !Lundi soir, sur les 123 migrants illégaux de nationalité indéterminée découverts sur une plage près de Bonifacio (Corse), 113 étaient libres. Côté « immigration choisie », il y aurait à redire… Mais au fait, pourquoi avoir débarqué à Bonifacio ? Parce qu’il y a un an, ils seraient allés en Italie. Mais Silvio Berlusconi en a eu assez. Et par un accord avec Kadhafi, il a fait chuter en quelques mois le nombre d’arrivée de clandestins de 90 % ! Berlusconi, un modèle pour Sarkozy ?
Nous sommes le 10 janvier 2009 dans la petite île italienne de Lampedusa – à peine plus de 20 kilomètres carrés –, à mi-chemin entre l’île de Malte et la Tunisie et à la verticale de la Libye. Lampedusa est la plus méridionale des terres italiennes et l’un des territoires les plus au sud de l’Europe. Dans la nuit, plus de cinq cents immigrants clandestins ont débarqué. Une première embarcation a accosté avec deux cents passagers, tandis qu’une seconde sur le point de faire naufrage, avec 324 personnes à son bord, était secourue par la marine italienne à une centaine de kilomètres des côtes et ses passagers amenés sur terre italienne. De la routine ou presque…
Depuis le début du troisième millénaire, l’île de Lampedusa, en raison de sa proximité avec les côtes africaines, est devenue le point d’arrivée privilégié des migrants partis, depuis les rives de Tunisie ou de Libye, à la conquête de l’eldorado européen, après déjà une longue errance terrestre pour la plupart d’entre eux, les uns ayant quitté l’Afrique noire, pour autres le Moyen-Orient. En 2003, le ministère de l’Intérieur italien avait enregistré l’arrivée de 8 000 clandestins à Lampedusa. Un chiffre passé à 23 000 en 2005, à 31 000 en 2007, à 32 000 au moins en 2008, peut-être plus. Une année noire… Dans la seule nuit du 26 au 27 décembre, 650 migrants venus de nulle part avaient débarqué.
Silvio Berlusconi aurait pu lui aussi se résigner
Pour tous, c’était alors la même procédure : hébergement dans le centre d’accueil de l’île, expulsion de quelques-uns, les plus turbulents, et mise en liberté de tous les autres contre les promesses de se tenir à la disposition de la justice et de ne pas quitter le territoire italien (un comble !), de sorte qu’ils pouvaient aller retrouver oncle ou cousin où bon leur semblait en Europe ou tout simplement s’évanouir dans la nature en allant se faire embaucher au noir et donc exploiter par un de ces négriers qui font du secteur du bâtiment et des travaux publics l’un des plus rentables – pour les patrons.
Le phénomène semblait inéluctable. Le flux intarissable. La résignation de mise. Tout au long du premier semestre 2009 pourtant, on a senti que quelque chose était en train de se passer dans l’Italie berlusconienne dont, a priori, on n’attendait pas grand-chose de plus que de la France sarkozyste. C’était négliger quelques spécificités italiennes. La première est que la conscience identitaire italienne existe encore, là où les Français paraissent ne plus se voir – mais peut-être cela finira-t-il par changer – que comme une sorte de peuple élu, réduit par les Lumières et depuis l’adoption de la République à être le vecteur d’un message universel – les droits de l’homme – qui les a fait oublier ce qu’ils sont avant tout : un peuple, c’est-à-dire une ensemble ethnoculturel qui se doit se préserver son homogénéité pour se perpétuer. « La France n’est pas une race, pas une ethnie mais une communauté », a dit Nicolas Sarkozy lundi soir à la télévision. En Italie, en meeting, il eût été hué.
Une autre spécificité italienne est la fierté. La fierté d’être Piémontais, d’être Toscan, d’être Sarde. Et d’être catholique apostolique et romain. Cela s’accommode mal de l’intrusion et de la propagation d’extra-Européens avec lesquels ils n’ont strictement rien de commun, ni l’apparence, ni la civilisation, ni la religion, ni les manières. Auraient-ils d’ailleurs un des ces points en commun avec les migrants qui se seraient invités que le seul fait qu’ils soient venus sans avoir été invités les rend suspects. Sur un tel terreau, il devient plus facile de prendre des mesures sans faire descendre 600 000 personnes dans la rue, même dans un pays où les défilés font partie, bien plus qu’en France, de la culture populaire.
Un ministre de l’Intérieur membre de la Ligue du Nord, ça aide
Et puis, et c’est là qu’a résidé la surprise, sous ses airs de ne se préoccuper que de ses (jeunes) femmes et de sa fortune, Silvio Berlusconi, le président du Conseil, a décidé d’agir. En s’appuyant non pas sur l’Eric Besson local – si tant est que ce genre d’énergumène existe de l’autre côté des Alpes –, mais sur Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur, membre de la Lega Nord, la Ligue du Nord, le mouvement populiste – et « xénophobe » dit généralement la presse française – dirigé par Umberto Bossi et qui compte quatre des siens au gouvernement dans le cadre de l’alliance conclue par le parti de Silvio Berlusconi et l’Alliance nationale de Gianfranco Fini.
Sur les méthodes, […]
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