L’affaire du Contrat première embauche

L’affaire du Contrat première embauche
Polémia

Si le gouvernement voulait donner aux organisations syndicales sinon du grain à moudre, du moins un motif à se rapprocher et à appeler à manifester contre lui, il ne s’est pas trompé avec le Contrat première embauche (CPE).

Non qu’il s’agisse en soi d’une mauvaise initiative. Le CPE s’inscrit dans le cadre des réformes prenant acte de la flexibilité de l’emploi qu’ont adoptées tous les autres Etats membres de l’Union européenne pour lutter contre le chômage. Le gouvernement à participation sociale-démocrate de l’Allemagne (où le chômage atteint 12,1 % de la population active) veut porter de 6 mois à 2 ans, lui aussi, la période d’essai. Celui de l’Espagne, également socialiste, ne fait rien contre la vogue des contrats temporaires (34 % du total). En Grande-Bretagne, le travailliste Tony Blair s’est gardé de toucher au marché du travail, l’un des plus flexibles, si ce n’est pour y ajouter une dose de sécurité pour les salariés. Au Danemark et dans les autres pays scandinaves, on allie toujours une grande flexibilité à une sécurité généreuse. En Italie, la réforme Biagi de 2003 a accru la flexibilité en multipliant les types de contrat de travail, 42 à ce jour !

Le député breton Pierre Méhaignerie, qui approuve le CPE, a donc eu raison de déclarer dans « Les Echos » du 7 février : « Dès lors que l’on joue sur deux leviers, la flexibilité et la sécurité professionnelle, on va dans le sens de l’emploi et de la solidarité vis-à-vis des perdants de la mondialisation?? Il n’y a pas d’autre chemin possible si l’on veut plus de souplesse pour les entreprises et plus de sécurité pour les salariés. »

D’où vient, alors, l’explosion de mécontentement à laquelle les organisations syndicales ont donné écho, qui a touché les lycéens et les étudiants et qu’ont mise à profit les partis d’extrême gauche ? Essentiellement, semble-t-il, de la maladresse du gouvernement.

Il aurait pu, comme pour d’autres novations sociales récentes, engager une consultation, même brève, avec les syndicats. Des aménagements auraient peut-être été apportés au projet, moyennant quoi quelques approbations auraient sans doute été obtenues, à tout le moins des attitudes de neutralité. Etait-ce si difficile à tenter ?

Surtout, le premier ministre, puisqu’il tenait à défendre lui-même ce projet au lieu d’en laisser le soin aux ministres compétents, aurait dû le présenter d’une façon plus crédible. C’était une erreur d’essayer d’expliquer, même s’il avait raison à terme, que le nouveau contrat aurait pour résultat de faire baisser la précarité. On ne dit pas qu’on va agir en ce sens avec un contrat qui déstabilise l’emploi pendant les deux premières années de l’entrée dans la vie professionnelle. Il lui fallait, au contraire, montrer que la précarité est là, depuis des années, qu’elle s’étend, qu’elle résulte des évolutions intervenant dans l’économie mondiale et que ces évolutions vont se poursuivre, qu’on ne peut pas aller contre, à moins de tenter de revenir à l’autarcie que de toute façon l’époque actuelle condamne et que nos compatriotes ne sauraient accepter.

Donc, cette précarité de l’emploi qui caractérise notre temps, il faut l’accepter, essayer de la gérer, d’en limiter les inconvénients pour les salariés. Et l’on aurait pu et dû démontrer que le Contrat première embauche va précisément dans ce sens, et que si l’expérience enseigne qu’il ne va pas assez loin, on pourra toujours l’améliorer. Mais que le rejeter reviendrait à capituler devant notre rigidité du marché du travail qui, chacun le sait, constitue l’une des causes du chômage, en particulier du chômage des jeunes que notre appareil de formation n’a pas su doter des qualifications professionnelles indispensables à notre économie d’aujourd’hui.

Une telle pédagogie était-elle vraiment au-dessus des forces de ceux qui nous gouvernent ?

Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel

Source: http://www.polemia.com

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