Chroniques musicales : The Mystic’s Dream (1994), par Loreena McKennitt

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LoreenaSa mère était infirmière, son père négociant en bétail. L’une venait d’Ecosse, l’autre d’Irlande. Mais c’est dans le Manitoba que Loreena McKennitt a grandi, cette province du centre du Canada située dans les Prairies canadiennes au rude climat et dont le nom signifie « passage du Grand Esprit ». On peut donc tout aussi bien considérer que tout la prédisposait à s’intéresser au monde celte, ou que rien ne l’y destinait puisque, très naturellement étant donnée l’enfance qu’elle a eue, elle a longtemps rêvé d’être vétérinaire, un métier qui allait bien à sa nature introvertie.

C’était compter sans la « révélation » qu’elle allait avoir, à la fin des années 1970, à l’écoute d’Alan Stivell, alors au faîte de sa gloire. Quelque chose, dans la musique celtique, parle à son âme. D’où son premier album, Elemental (1985) – enregistré dans une grande au milieu d’un champ de tournesols dans l’Ontario –, où, déjà, elle s’accompagne à la harpe et en est le compositeur et l’interprète. Le deuxième, To Drive the Cold Winter Away (1989), est enregistré dans une église et dans un monastère ; elle y chante les saisons.

Mais la vraie Loreena McKennitt, celle qui va créer un genre bien à elle, celle qui va puiser son inspiration dans la musique celtique sans se contenter de reproduire l’existant, est encore en gestation. Elle commence à éclore en 1989 avec Parallel Dreams, le premier album dont elle a écrit les textes. Elle peut, elle doit faire mieux. Il faut un nouveau déclic. Il va se produire à Venise : « Mon aventure n’a véritablement commencé, explique-t-elle, qu’au moment où je me suis sentie interpellée par l’histoire de ce patrimoine musical, tout d’abord à une exposition d’objets celtes à Venise en 1991 où j’ai beaucoup appris sur l’omniprésence des Celtes tant d’un point de vue géographique qu’historique. J’ai vite été séduite par la richesse et la diversité des sons, des rythmes et des récits de cette très vieille civilisation. J’ai découvert des mythes et des traditions qui se ressemblent d’un endroit à l’autre du globe, des gens qui partagent des traits ou des points communs et qui en même temps, sont manifestement uniques. »

LoreenaDès lors, la Canadienne n’aura plus qu’une obsession : poursuivre l’âme celte partout à travers le monde pour s’en imprégner – quitte parfois, en autodidacte qu’elle est, à opérer des raccourcis et des mélanges un peu surprenants, ou à s’émerveiller de façon un peu naïve. Ils n’ôtent rien à la beauté de la geste musicale que, au fil de ses voyages et de ses albums, elle va élaborer. D’abord avec The Visit (1991), vendu à plusieurs millions d’exemplaires, qui contient notamment la « troublante ballade traditionnelle protoécologique » Bonny Portmore (« Le peuple celte savait, comme nous le redécouvrons aujourd’hui, l’importance d’un réel respect pour toutes les formes de vie qui nous entourent », expliquera-t-elle). Puis avec The Mask and Mirror (1994).

The Mystic’s Dream est extrait de celui-ci. Sur The Mask and Mirror, l’inspiration et les sonorités viennent aussi bien de Galice, la terre de peuplement celte de l’Espagne, que de l’autre bord de la Méditerranée – avec le tout aussi somptueux Marrakech Night Market –, et la palette instrumentale va de la cornemuse au luth de Mésopotamie appelé oud.

Suivront quatre albums en forme de récits de voyage, dont An Ancient Muse (2006), « document musical [qui] s’est articulé autour d’une incursion dans l’histoire des peuples celtes et des différentes réflexions qui ont émergé lors de cette longue et fabuleuse exploration, réflexions sur les grandes questions universelles que représentent l’amour et la vie ; la conquête et la mort ; les notions d’identité, de racines et de foyer familial ; de même que la migration des peuples et la mutation des cultures qui en a résulté ».

LoreenaEnvoûtante, proche parfois du mysticisme, Loreena McKennitt était l’an dernier en France, pour un concert au Festival interceltique de Lorient, un autre au Festival de Poupet, en Vendée – où était présent l’auteur de ces lignes, et il n’était pas le seul de Novopress… –, un troisième au Festival de Cornouaille, à Quimper. A chaque fois, un public fasciné a fait une ovation respectueuse à celle qui, en préambule de An Ancient Muse, s’est dit « toujours aussi consciente que nous devons assumer le poids du passé et être à l’écoute des leçons que nous enseignent ses voix disparues ».
« Savoir faire preuve de compassion et ne jamais oublier comment aimer.
Penser inclusivement.
Retrouver et perpétuer des valeurs nobles comme la vertu de la vérité, l’honnêteté, l’honneur et le courage.
Considérer nos aînés avec respect et être à l’écoute de ce qu’ils ont à nous enseigner.
Savoir faire preuve d’empathie.
Veillez sur les plus démunis de la société.
Promouvoir une ouverture sur le monde et défendre le principe de diversité.
Traiter les merveilles du monde naturel avec respect.
Se fixer des objectifs élevés et être fier de ses réalisations.
S’investir dans la vie communautaire car nous récoltons le fruit des efforts de ceux qui ont fait leur part avant nous »,

telles sont quelques-unes des lignes de conduite que Loreena McKennitt s’est fixée et qu’elle continue de défendre. C’est aussi pour cela qu’on l’aime.

Site officiel : www.quinlanroad.com

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