“On naît d’où on est…” Communiqué du Mouvement Normand

Communiqué du Mouvement Normand. Novopress se fait le relais de ce communiqué de presse dans un souci d’information de ses lecteurs.

“On naît d’où on est…” Sous ce titre, La Presse de la Manche, en date du 21 novembre 2009, relate l’initiative du député de la circonscription de Coutances-Granville, Alain Cousin, qui vient de déposer une proposition de loi permettant aux parents de choisir d’inscrire leur lieu d’habitation plutôt que la maternité pour enregistrer leur enfant à l’état-civil.

D’emblée, disons tout de suite à la suite du parlementaire normand : « Il ne faut pas donner plus d’importance à ce sujet que cela en a, mais cela en a. Au plan du symbole, ce n’est pas neutre. On touche à l’émotionnel et à l’affect. » En ce début d’année où l’on s’envoie vœux et souhaits et avant que ne s’engage la campagne des élections régionales, il est sans doute encore temps d’aborder des questions secondaires, mais non futiles. En tout cas, cette affaire intéresse beaucoup le Mouvement Normand qui, en 1993, sous la plume de Didier Patte, (in « Haro » N° 45 – été 1993), publiait un éditorial intitulé « Pour éviter que les espaces ruraux ne deviennent culturellement stériles ». Nous y reviendrons. En outre, en mars 2005, dans le N° 279 de « L’Unité Normande », nous remettions l’ouvrage sur le métier avec un article intitulé : « La perte des repères », où nous évoquions à la fois cette affaire du lieu de naissance, la question du choix du nom de famille et la suppression de l’immatriculation départementale des véhicules automobiles. De même avons-nous relayé, dans le N° 288 de mars 2006 de « L’Unité Normande » le dépôt d’une proposition de loi du député communiste Jacques Brunhes visant à permettre d’enregistrer une naissance à l’état-civil de la commune de résidence des parents… Il s’agit donc pour nous d’un thème récurrent, parfaitement neutre au plan politique et qui témoigne d’une volonté de « retrouver des racines, de s’identifier à un territoire » (dixit Alain Cousin).

Quelles raisons peut-on invoquer pour justifier une telle proposition de loi ?

D’abord un contexte : depuis la réforme hospitalière votée en 2009 une centaine de maternités ont fermé et l’on va finir par ne naître que dans les grands centres. Ensuite, les gens éprouvent le besoin de ne pas se fondre dans la masse anonyme d’une humanité confrontée à la mondialisation dans laquelle les individus deviennent interchangeables. Enfin, quelle peut être la signification d’un lieu de naissance de rencontre dès lors que, dans les trois jours qui suivent l’accouchement, le nouveau-né revient vivre chez ses parents et y ouvrira les yeux ? Le premier environnement de l’enfance a donc plus de signification que la salle de travail d’une maternité située quelquefois dans un autre département que le lieu de séjour des parents.

Alain Cousin explique la raison qui l’a poussé à déposer sa proposition de loi : « Il se trouve que j’ai vécu une difficulté dans ma circonscription : le transfert d’une maternité de Granville à Avranches il y a quelque temps. Les élus granvillais étaient à juste titre perturbés car ils avaient le sentiment de perdre un service. Et certaines familles déploraient le fait que leur enfant ne soit pas né à Granville. Le maire de cette ville regrettait qu’il n’y aurait plus de petits Granvillais qui naîtront à Granville. Pour les Granvillais, c’était quelque chose qui comptait. C’est un souci d’identité. Ce n’est pas un hasard si, chez nous, on dit souvent : « Je suis natif de… ». Cela fait partie de son identité, son histoire, son patrimoine en quelque sorte. ».

Tout cela traduit plusieurs sentiments, les uns collectifs, les autres individuels. Une ville – a fortiori une commune rurale – n’accepte pas que son état-civil ne comporte que la mention des décès survenus dans ses murs. Et, en 1993, nous avions déjà relevé cette réaction en écrivant que « les campagnes ne voulaient pas devenir bréhaignes », c’est-à-dire ne produisent, au fil des générations, les personnages de remarque pouvant contribuer à leur renommée. Ce n’est pour rien que l’on baptise les rues des noms des personnalités ayant vu le jour dans le coin. Et nous posons la question : dans quelques générations, la gloire d’un village ne se limitera-t-elle pas à la liste des soldats morts pour la France natifs de la commune et inscrits sur le monument aux morts ? Combien de petites communes ne s’enorgueillissent-elles pas de la naissance d’un écrivain, d’un artiste, d’un savant ou d’une personnalité politique ? Cette manifestation d’amour-propre peut paraître dérisoire aux bo-bos parisiens et aux technocrates froids et méprisants : nous affirmons que c’est un élément constitutif de l’identité, cette notion dont on parle tant (et mal) en ce moment et qu’il y a lieu de la protéger.

« Cela ne nous paraît pas secondaire ou subalterne – écrivions-nous en 1993 – car cela explique souvent les premières inspirations des auteurs et puis, n’est-ce pas l’occasion pour ériger une statue ou donner un nom à l’école communale ou au collège du canton ? (Si seulement, cela nous permettait d’éviter les écoles Louise Michel, les collèges Pablo Neruda et, même, les lycées Jules Ferry, que l’on rencontre partout et le plus souvent hors de propos autres qu’idéologiques!).
Nous n’aurons plus un nouvel Octave Mirbeau à Trévières, un autre Nicolas Poussin, au hameau de Villers, près des Andelys, un Maupassant au château de Miromesnil, un musicien révolutionnaire comme Catel, de L’Aigle : chaque nouvelle gloire aura pour origine les quelques maternités urbaines encore existantes (et comme on songe à en fermer chaque jour davantage, les lieux de naissance vont singulièrement se restreindre…). Dans un siècle, dans trois cents ans, dans un millénaire peut-être, nos successeurs penseront sans doute qu’en dehors des métropoles, il n’y avait plus rien qu’une jachère intellectuelle, pire une friche culturelle. »

Cela nous amène à faire une série de propositions, dont certaines sont reprises dans la proposition de loi de M. Cousin :
- Pourquoi obligatoirement déclarer la naissance d’un nouveau-né à l’endroit où il a effectivement vu le jour ?
- Pourquoi ne pas autoriser la déclaration de naissance au lieu de domicile des parents ?
- Pourquoi ne pas autoriser – autre possibilité – la déclaration de naissance au lieu d’origine de la famille, la preuve étant apportée qu’un lien continue à exister entre les parents d’un nouveau-né et le berceau familial ?

Cela mérite discussion. Par exemple dans le cadre du débat sur l’identité nationale.

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