Chroniques musicales : Dunkelheit (2004), par Forseti

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ForsetiCe n’est pas un hasard si, au détour de quelques-uns de ses entretiens, Andreas Ritter, le fondateur et chanteur de Forseti, a fait référence à l’Edda. Forseti, dans la mythologie scandinave, c’est le dieu de la Justice. Et Andreas Ritter n’est pas un nom banal : c’est celui de l’historien d’art et médiéviste autrichien Julius von Schlosser (1866-1938), de son nom complet Julius Alwin Franz Georg Andreas Ritter von Schlosser, une des grandes figures de l’école de Vienne du tournant du XXe siècle.

La carrière de Forseti a été brève : huit ans. Né en 1997, le groupe a cessé d’exister en 2005, après que Andreas Ritter, victime d’une attaque cérébrale, en est resté paralysé. Durant ces huit années, Forseti a livré trois albums, pas un de plus. Mais trois albums qui, par leur cohérence, forment une trilogie débutée avec Jenzig (1999), poursuivie avec Windzeit (2002), achevée avec Erde (2004).

ForsetiFigure tragique du courant néo-folk, Forseti est le fruit d’influences diverses, qui vont de Goethe (dont il a mis en musique le célébrissime poème Erlkönig, en français Le Roi des aulnes : « Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ? Es ist der Vater mit seinem Kind ») à Leonard Cohen en passant par le groupe de « death rock » américain Christian Death ou Pet Shop Boys, duo britannique de pop synthétique.

Dunkelheit (« Crépuscule ») est issu de Erde (« Terre »), le dernier album de Forseti. Certains avaient cru voir dans ses opus précédents un « passéisme craintif », une « dimension autistique dérangeante ». Les mêmes furent obligés de reconnaître que le « raffinement tout aussi maîtrisé que trop aimable qui fit de Windzeit un album à la fois beau et distant a laissé la place à une authenticité salvatrice, par laquelle l’Allemand arrive à nous transmettre une tristesse plus palpable, plus profonde, et que l’on se sent plus volontiers à même de partager. Toujours aussi délicats, les arrangements sont aussi plus dépouillés, plus essentiels, plus justes, comme si Forseti n’était plus dans l’écriture normée, mais pour la première fois, dans l’expression ».

Erde (2004)Questionné sur son « image traditionnelle, voire conservative » et sur ses « rapports au monde moderne », Andreas Ritter avait renvoyé son interlocuteur à l’« attitude intérieure » qui est la sienne et que chacun peut avoir, et à son « amour » et à son « profond respect » pour la nature qui n’excluent en rien l’acceptation et la maîtrise des technologies modernes. Dans un autre entretien, il affirmera sa conviction que la musique peut nous conduire à prendre conscience que « nous sommes une partie intégrante du monde naturel ».

Erde est certainement l’album le plus abouti de Forseti. Tant pour le travail accompli sur l’instrumentation que pour celui sur la structure narrative des textes. Et Dunkelheit un de ses plus beaux titres. Beaucoup moins « crépusculaire » qu’on ne pourrait le croire, sauf à se souvenir que contrairement à ce qu’on dit dans le langage courant, il y a deux « crépuscules », celui du soir… et celui du matin, également appelé l’aube.

Page MySpace : www.myspace.com/windzeit

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