Chroniques musicales : Y’a plus d’sous (1977), par Ricet Barrier

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Ricet Barrier (photo : pastis.bloguez.com)

Ricet Barrier (photo : pastis.bloguez.com)

La dernière fois que Ricet Barrier est passé à la télévision, c’était… Parlons d’autre chose. Même Pascal Sevran ne l’a jamais reçu. Il en fut pourtant un habitué. C’était dans la seconde moitié des années 1960, du temps de l’ORTF, et Ricet Barrier était la voix… de Saturnin, le célébrissime canard de ces années-là, héros de la série Les Aventures de Saturnin créée par Jean Tourane et écrite, excusez du peu, par Louise de Vilmorin, la chanson du générique étant interprétée par Isabelle Aubret.

Ricet Barrier, né natif de Romilly-sur-Seine, dans l’Aube champenoise, en 1932 est de ces auteurs-compositeurs comme la France n’en produit plus guère, faute pour eux de pouvoir faire carrière puisque étiquetés « ringards ». En d’autres termes, Ricet Barrier est un chanteur français, qui s’inscrit une tradition populaire dont les figures de référence seraient les Frères Jacques, qui ont interprété plusieurs dizaines de ses textes, Bobby Lapointe, avec lequel il partage il partage le même goût du calembour plus ou moins bon – du style : « Il vaut mieux être Rice et Barrier que pauvre et célibataire »… –, Pierre Perret pour une tendance certaine à la paillardise et Fernandel.

Ricet BarrierNé Maurice Barrier, il viendra à la chanson après avoir entendu, à la radio, l’immense chanteur québécois Félix Leclerc (1914-1988), et décidera de s’inscrire au Petit conservatoire de Mireille, nouant avec l’épouse d’Emmanuel Berl des liens dont l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel, a sauvegardé la trace . Puis ce sont les cabarets, et, en 1958, son premier 33 tours sur lequel on trouve La Java des Gaulois, qui prend quelques libertés avec l’histoire de la Gaule mais se conclut sur une ode aux boit-sans-soif trinquant à l’amour, ce qui est bien l’essentiel. Il en est récompensé par le Grand Prix de l’Académie du disque, l’équivalent du Goncourt (en moins trafiqué).

Dix ans plus tard, nouveau tube avec Les Vacanciers. Nous sommes en 1968 et, après les « événements » que l’on sait, la France qui a eu peur pouvant de nouveau faire le plein de la bagnole part se remettre de ses émotions. « C’est les vacances, c’est la transhumance / Les vacanciers, y sont comme la pluie / Quand elle vient, on lui dit merci / Mais on se sent mieux quand elle est partie. » La France qui migre plébiscite. Comme quoi il doit être écrit qu’elle ne comprendra jamais rien à rien.

Ricet Barrier - HeureuxY’a plus d’sous date de 1977. La France est sous le règne de Giscard et ne parvient pas à se dépêtrer du premier choc pétrolier, découvrant l’application pratique du mot « austérité » et restant dubitative devant l’assurance du premier ministre, Raymond Barre, le « meilleur économiste de France », qui a annoncé apercevoir « le bout du tunnel ». Y’avait plus de sous en 1977, c’est rien de dire qu’il y a encore moins de fraîche trente-trois plus tard – ou plutôt, que s’il n’y en a ni plus ni moins en circulation, ceux qui ont besoin d’un peu plus d’oseille sont de plus en plus nombreux.
Parmi les autres albums de Ricet Barrier, on retiendra Mythologie (1978), qui, comme son nom l’indique, est entièrement inspiré par le vieux fonds culturel européen (Bacchus-bourrée, Pénélope, Diane, Les Heures, Les Amazones, Thalie, Echo et Narcisse, La Boîte à Pandore, Hermaphro et Psyché), conseil étant donné aux puristes de s’en tenir à l’écart car ils y trouveront beaucoup à redire… « Bacchus aime tout excepté… Le thé ! Il boit toujours en société, Santé ! »

D’album en album, la discographie de Ricet Barrier en compte une vingtaine, jusqu’au dernier en date, Furieusement heureux (2006), enregistré à soixante-quatorze piges. Fait il y a quelques années officier des Arts et Lettres par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres dans l’indifférence générale, Ricet Barrier n’est pas remonté sur scène depuis une dizaine d’années. Dans T’as vu l’âge que t’as, « hommage à Oscar Wilde et à Caton », il chantait : « Eh !… t’as vu l’âge que t’as, Ça m’fait rigoler, mais faudra qu’m'y fass’ Eh !… c’est nouveau pour moi, J’ai 16 ans dans la tête et soixante dans la glac’. »

Ricet Barrier : site officiel

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