Avec Braquo, Olivier Marchal fait main basse sur le polar français

Braquo25/11/2099 – 19h
PARIS (NOVOpress) –
Au mois d’octobre 2009, Canal + a diffusé la saison 1 de sa nouvelle série policière Braquo. Le succès a été au rendez-vous et immédiat pour la chaîne cryptée (1,2 million de téléspectateurs en moyenne et plus de 18 % de part d’audience). Il faut dire que la promotion avait été bien assurée, et le créateur de la série, Olivier Marchal, mis en avant. Depuis 36 Quai des Orfèvres, l’ex-flic de la PJ est devenu une valeur sûre dans le milieu du cinéma. Petit à petit, il s’est imposé comme un maître dans son genre : le nouveau polar français, sombre et réaliste. Combien sont-ils aujourd’hui à pouvoir rivaliser avec lui ? Deux, trois ? Il y a bien Frédéric Shoendoerffer (Truands), fils de l’illustre Pierre Schoendoerffer (La 317° Section), mais il fait partie de sa bande puisqu’il a réalisé les derniers épisodes de la série dont il est question.

Ce retour à la télévision en tant que réalisateur de l’ancien acteur de Quai n° 1 marque le changement d’une époque. De quoi dissuader éventuellement le commissaire Moulin de faire de la résistance, et d’enterrer le souvenir même de Navarro. Le défi était clair, il fallait concurrencer les séries américaines sur leur terrain : action, efficacité, réalisme. Sortir du « gnangnan » caractéristique de la plupart des productions hexagonales. Il a été relevé avec brio. D’un côté on retrouve l’atmosphère grise et lourde, presque glauque, des compositions de Marchal dans laquelle naviguent des comédiens inspirés – Jean-Hugues Anglade en chef de groupe constamment soumis à la pression est magistral. De l’autre, les intrigues s’entremêlent sans se confondre, avec des séquences d’action mesurées et la tension nécessaires, pour suivre l’itinéraire mouvementé de quatre membres de la SDPJ des Hauts-de-Seine.

En butte avec la hiérarchie et des collègues obtus et envieux, les flics mis en scène sont de la vieille école et ont du mal à se fondre dans un système qui aimerait les voir disparaître. Ils savent que pour lutter avec efficience contre les truands, il faut parfois contourner certaines règles et utiliser les mêmes méthodes coup de poing. Progressant parmi la fange de notre société, ils ne peuvent toujours réprimer leur révolte et leur dégoût, même si leurs fréquentations obligées déteignent sur eux. Monde de la nuit, prostituées, jeux d’argent, violence font partie intégrante de leur univers. En opposition légitime avec les voyous, ils sont aussi la proie des services internes. Blessés et désabusés, ces mercenaires modernes se réfugient dans l’action pour oublier l’idéal trahi d’un métier qu’ils croyaient au service de la justice, si mal représentée par l’institution chargée de la rendre.

C’est là une particularité d’Olivier Marchal que de présenter le point de vue d’une certaine police qui ne comprend pas pourquoi le coupable est aujourd’hui considéré comme victime, aussi salaud soit-il. Dans MR 73, odyssée vengeresse d’un flic à bout de souffle et d’espoir, l’ancien élève des Jésuites confesse les pensées noires, mélange de remords et de rancœurs, de toute une profession privée de légitimité. Marchal le pessimiste n’idéalise pas ses modèles et ne propose pas des vies de saint à ses spectateurs. Cru, parfois outrancier, il cherche la réaction et offre un point de vue forcément subjectif, mais débarrassée de toute option idéologique.

Non sans laisser penser à la série américaine The Shield, Braquo conserve toute son originalité et allie divertissement et réflexions politiquement incorrectes. L’intégralité des épisodes (huit au total) est disponible à la vente depuis le 3 novembre.

Joseph-Marie Joly

[cc] Novopress.info, 2009, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
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