Isolement du nucléaire français : le triste bilan d’Anne Lauvergeon à la tête d’Areva

Isolement du nucléaire français : le triste bilan d’Anne Lauvergeon à la tête d’Areva30/10/2009 – 13h00
PARIS (NOVOpress) -
Avant 1999, le nucléaire français c’était le Commissariat à l’Energie Atomique pour les études et les concepts (ainsi que pour le militaire), Framatome pour la construction des centrales nucléaires sous la maîtrise d’ouvrage d’Edf, et enfin la Cogema pour le combustible avant – alimentation des centrales – et après – retraitement des déchets (La Hague).

Le 30 décembre 1998, suite à une décision de Lionel Jospin, alors premier ministre, le projet de surgénérateur Superphénix avait été abandonné et le réacteur détruit afin d’être définitivement irrécupérable. Cette décision, lourde de conséquences, répondait en réalité aux exigences de Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, qui voulait, pour des raisons purement idéologiques, la mort de ce projet.

Le 6 décembre 1999 un accord fut signé entre Framatome et Siemens, qui prit 34% de Framatome. Le premier groupe nucléaire mondial était né.

Six mois plus tôt, Anne Lauvergeon, ancienne”Sherpa” de François Mitterrand, avait pris la présidence de la Cogema, en remplacement de son fondateur Jean Syrota, ingénieur génial mais qui avait le grand tort de ne pas être de gauche.

En septembre 2001 Framatome et Cogema décidèrent de fusionner sous le nom d’Areva, dont Anne Lauvergeon prit la présidence. Cette fusion ne fut guère appréciée par Siemens qui voyait son partenaire changer de structure, de dimension et surtout de métier.

De fait les rapports avec Siemens devinrent difficiles, mais 2 EPR ont été lancés en Finlande et en France, avec toutefois de gros problèmes financiers en Finlande. Un “conflit commercial” de quasi trois milliards d’euros serait en arbitrage.

Le réacteur pressurisé européen (EPR, European Pressurized Reactor en anglais, rebaptisé aussi US-EPR pour Evolutionnary Power Reactor aux États-Unis) est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération, conçu et développé par Areva, suite à l’abandon de Superphénix. Une amélioration des technologies anciennes, contrairement aux Russes dont le surgénérateur BN-600 est en production en attendant la mise en route du BN-800 en 2010. Les Etats-Unis ont également lancé un projet de surgénérateur.

En janvier 2009, on a appris que Siemens voulait retirer ses 34% de parts d’Areva ; mais le pacte d’actionnaires prévoit une option d’Areva qui devrait trouver deux milliards d’euros pour le rachat des parts détenues par Siemens.

Le gouvernement français souhaite l’entrée dans le capital d’Areva d’Alstom et de Bouygues, pour financer le rachat des 34% de Siemens, ce à quoi s’oppose Anne Lauvergeon qui ne souhaite pas voir entrer ces deux groupes très puissants – et sans doute trop pour elle – dans l’entreprise qu’elle dirige. Elle suggère d’augmenter la part de Total, qui n’est que de 1%. Total, qui n’a aucune compétence dans le domaine du nucléaire.

Le 4 mars 2009 Siemens annonce alors son alliance avec Rosatom, l’agence fédérale de l’énergie atomique russe, en rupture claire avec le pacte d’actionnaires qui le lie à Areva prévoyant la non concurrence.

A ce jour, le conflit Siemens/ Areva est en arbitrage, Areva essayant de faire baisser de 50% le prix des 34% de Siemens au titre de compensation du non respect de la clause de non-concurrence. Mais à ce jour Siemens est toujours dans Areva, et aussi dans Rosatom…

Si l’on dresse le bilan de l’action d’Anne Lauvergeon à la tête d’Areva, on constate donc que d’un groupe franco-allemand leader mondial, on est passé en dix ans à l’existence de trois groupes : un groupe germano-russe, un groupe américano-japonais, et Areva désormais isolé.

Et, alors que le surgénérateur français Superphénix a été détruit en 1998, des surgénérateurs sont en cours de réalisation en Russie et aux Usa…

Ce qui fait dire aujourd’hui à un chasseur de têtes : « Anne Lauvergeon peut refuser d’embaucher des “mâles blancs” : ce n’est pas la peine qu’ils aillent chez Areva pour devenir chômeurs à court terme. Chez Siemens ils seront bien accueillis… »

Triste bilan.


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