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Pas de Clearstream sans Chirac
La République déballe son linge sale au procès Clearstream et le spectacle n’est pas beau à voir. Pour que le tableau soit complet, ne manque que le principal suspect, un certain Jacques Chirac. L’ancien président fera-t-il repentance.
Ces dernières semaines, l’affaire Clearstream est entrée dans sa dernière ligne droite judiciaire. Devant le tribunal correctionnel de Paris, Dominique de Villepin, accusé-vedette du procès, tente de convaincre les juges de son innocence – et en définitive de son ignorance de la manipulation des listings de comptes occultes, impliquant un certain nombre de personnalités, au premier rang desquelles figurait l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy.
Depuis le 27 juillet 2007, date à laquelle l’ancien Premier ministre a été mis en examen pour « complicité de faux » et « complicité de dénonciation calomnieuse », la justice émet de sérieux doutes sur cette proclamation d’innocence, Dominique de Villepin étant à l’origine de la première enquête, confiée alors au général Philippe Rondot, spécialiste du renseignement.
Villepin n’en tient pas moins sa ligne de défense. Le 21 septembre dernier, à l’ouverture du procès, il déclare que sa mise en cause n’est due qu’à « l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française », et qu’il sortira du tribunal « libre et blanchi au nom du peuple français ». Et huit jours plus tard, le 29 septembre, interrogé par le procureur Jean-Claude Marin, il assure n’avoir « jamais eu connaissance de ces listings, et ne les [avoir] jamais eus entre les mains ».
Entre-temps, le 23, Nicolas Sarkozy, interrogé depuis New York, n’hésite pas à qualifier les prévenus de « coupables », provoquant une véritable tempête médiatico-judiciaire. Et, malgré la défense de l’ancien Premier ministre qui tentent de les minorer et les déclare sujets à caution, les témoignages semblent abonder en ce sens…
Si le juge d’instruction Renaud van Ruymbeke se dit « complètement étranger » au dossier, et n’y apparaître que parce qu’il était « en charge de l’instruction des frégates de Taïwan », c’est-à-dire de la première affaire Clearstream, d’autres n’hésitent pas à s’opposer frontalement à l’ancien Premier ministre. C’est principalement le cas du général Rondot, qui apparaît un peu comme la cheville ouvrière du dossier. A la barre, l’homme de l’ombre, dont les carnets ont fait couler beaucoup d’encre et nourri les dossiers des prévenus comme de la partie civile, met clairement en cause Dominique de Villepin – sans établir pour autant formellement son implication dans la manipulation. Il est vrai que celui qui se définit comme un officier de renseignement n’a guère le choix : si Villepin ne porte pas le chapeau, c’est lui qui se retrouvera en première ligne…
Les certitudes du général Rondot
Ce sont donc plusieurs clous qu’il enfonce, avec minutie, dans la défense de l’ancien Premier ministre. Sur Nicolas Sarkozy notamment, il affirme : « Effectivement, le nom de Nicolas Sarkozy est cité, par les uns ou par les autres. » Il met aussi en évidence l’intervention de Dominique de Villepin pour « faire libérer » Imad Lahoud, suspecté d’être la source ayant fourni les fameux listings, alors qu’il se trouvait en garde à vue dans une affaire d’escroquerie. Les carnets du général sont précis : cela aurait eu lieu le 25 mars 2004.
Dominique de Villepin et sa défense peuvent pointer les « incohérences » des carnets Rondot, affirmer qu’ils « ne retranscrivent pas la réalité historique », le cercle semble se resserrer étroitement. D’autant que le général n’hésite pas à évoquer l’ombre de Jacques Chirac, affirmant que le prévenu avait alors fait état d’instructions émanant de l’ancien président: « Je suis un officier de renseignement au service de l’Etat. J’ai toujours été persuadé que (cette enquête) avait été commandée par le chef de l’Etat, sinon je ne l’aurais pas fait. » Et Rondot de confirmer l’une de ses notes citant Villepin : « “Si nous apparaissons, le PR (président de la République, ndlr) et moi, nous sautons”. Il (Villepin, ndlr) m’a semblé inquiet d’éventuelles retombées politiques. Une inquiétude légitime, de mon point de vue. »
Entre les affirmations de Dominique de Villepin et de Philippe Rondot, il y a bien un monde, une sorte de zone de non-droit dans laquelle le monde politique semble devoir perdre le peu de crédibilité que les Français affectaient encore de lui accorder.
Car, sans attendre la fin des débats, deux certitudes se font désormais jour. La première est que la cour, quel que soit son verdict, n’apportera pas toute la lumière ni – pourquoi ne pas le dire ? – la vérité sur cette délicate affaire où la République cèle mal ses turpitudes.
La seconde s’appelle Chirac. Derrière la posture quelque peu falote adoptée par Dominique de Villepin apparaît en effet, de plus en plus visible, la personnalité de l’ancien chef de l’Etat. Celui-ci justifie aujourd’hui son silence et son agacement derrière sa fondation et les choses intéressantes qu’elle entend mettre en œuvre. L’ancien président aurait-il perdu douze ans à l’Elysée ? Ou la statue du commandeur commencerait- elle à se fendre devant les révélations d’une affaire Chirac, renvoyant au second plan Dominique de Villepin ?
Olivier Figueras
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