Avant-première – Minute n°2429 du 7 octobre 2009 : L’outrage fait à notre pays. Turquie hors de l’Europe

Avant-première – Minute n°2429 du 7 octobre 2009 : L’outrage fait à notre pays. Turquie hors de l’Europe

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Minute 2429 Couv


L’outrage fait à la France
Turquie hors d’Europe !

Débutée le 1er juillet, prévue pour s’achever le 31 mars, la Saison de la Turquie en France va durer neuf mois. Le temps d’accoucher d’une acceptation par les Français de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ? Cette semaine, c’est la tour Eiffel qui s’embrase aux couleurs de la Turquie ! On s’est déjà soumis ?

Ce mardi soir, à partir de 21 heures, la tour Eiffel devait être illuminée « aux couleurs de la Turquie ». Soit à celles de l’Empire ottoman. Le drapeau de la Turquie actuelle est celui de l’Empire ottoman, à l’exception du nombre de branches sur l’étoile, passé de huit à cinq, et de la forme du croissant de lune, plus refermé. D’aucuns pourront toujours exciper du fait que le croissant de lune et l’étoile sont des symboles antérieurs à l’islamisation, le drapeau turc est bel et bien devenu un symbole de la puissance de l’islam, une légende tenace voulant de plus que le sultan Mehmet II le Conquérant ait vu apparaître et le croissant, et l’étoile, lors de la chute de Constantinople en 1453, qui marqua la fin de l’empire byzantin, et dont la conquête s’acheva par la déportation, en esclavage, des chrétiens qui n’avaient pas été exterminés. Il n’est pas rouge à cause du sang qui a coulé en son nom mais il pourrait. Ceci pour vous mettre dans l’ambiance…


Henri de Castries en grand manitou

Cette illumination de la tour Eiffel aux couleurs de la Turquie, six nuits durant, du 6 au 11 octobre, est le point culminant, en tout cas le plus médiatique, de la Saison de la Turquie en France qui n’a pas encore fait beaucoup parler d’elle malgré de multiples manifestations plus ou moins culturelles (et plutôt moins culturelles que politiques) organisées un peu partout en France depuis le début de l’été dans un partenariat franco-turc établi au plus haut niveau. Les organisateurs sont en effet les ministères de la Culture et des Affaires étrangères des deux pays, et le but a au moins le mérite de ne pas être dissimulé : « témoigner auprès du public des liens historiques et vivants unissant la France et la Turquie marqués par une amitié renouvelée remontant au XVIe siècle » et faire « découvrir l’effervescence, la jeunesse et la modernité de ce pays, trop méconnu en France » . C’est vrai ça : savoir que la basilique Sainte-Sophie, qui fut transformée en mosquée en 1453, est devenu un musée où, non seulement il serait très mal vu de solliciter d’y tenir un office chrétien, mais où il est aussi impossible de pouvoir admirer les fresques chrétiennes car il est interdit de toucher aux décorations musulmanes qui les ont recouvertes, est insuffisant pour bien connaître ce pays.

A Paris, le président du comité d’organisation est Henri de Castries, qui descend, dit-on, du marquis de Sade. Espérons pour lui qu’il a tu cette lignée auprès de ses interlocuteurs turcs, ils pourraient s’offenser… Son grand-père fut compagnon de la Libération et député du MRP, les démocrates-chrétiens de la IVe République. Lui, bien que formé à Saint-Jean-de-Passy et au collège Stanislas, ce qui relativise quelque peu la supériorité de l’enseignement privé catholique sur l’enseignement public, a choisi la voie royale de la fin du XXe siècle à savoir l’Inspection des finances. Jusqu’à devenir président du directoire de la compagnie Axa.

Monsieur le comte a de l’entregent, et il n’est pas étonnant de trouver, dans la liste des mécènes de la Saison de la Turquie (outre vous et moi), sa compagnie d’assurances presque rien qu’à lui, Axa, ce qui ravira les souscripteurs de polices d’assurances qui sauront que si leurs primes sont si chères, c’est que, pour la société, « la Turquie représente un marché à fort potentiel de croissance sur lequel AXA a un engagement de long terme » et qu’il est donc de bon ton de cajoler l’Ottoman dans le sang du poil ; Total, compagnie pétrolière qui est certes implantée en Turquie depuis 1970 mais qui, pour s’attirer les bonnes grâces d’Ankara, finance déjà des recherches archéologiques qui devraient suffire à faire plaisir au régime d’Erdogan (pensez-y en faisant le plein, vous n’irez plus chez eux par hasard) ; ou encore Areva, numéro un mondial du nucléaire, qui ne réalise en Turquie qu’un tout petit chiffre d’affaires (dans les 400 millions d’euros, soit trois fois rien pour une boîte de cette envergure) et aimerait bien s’y développer, etc.


Une histoire de gros, de très gros sous

La Saison de la Turquie en France ? Une histoire politique mais aussi une histoire de gros, très gros sous. Et comme c’est la finance qui commande, la politique doit suivre. Faire l’affront à la Turquie de la rejeter d’une Union européenne à laquelle elle aspire à adhérer, ce serait la rendre moins bienveillante aux intérêts économiques français, ou présentés comme tels, car il n’est plus guère d’entreprise du CAC 40 qui soit contrôlée par des capitaux français ni même majoritairement européens. Les investisseurs (fonds anglo-saxons par exemple) ont un impératif de rentabilité ; s’il passe par une plus grande ouverture du marché turc, dont on ne voit pas en quoi il nous profitera, puisque les bénéficiaires seront les actionnaires ainsi que les employés turcs en Turquie, il faut donc tout faire pour forcer les portes d’une Turquie qui, sur le plan économique, fait, elle, primer son intérêt politique ou géopolitique dans le choix de ses investisseurs.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de trouver également dans la liste des mécènes de cette Saison de la Turquie la BNP, qui tient à conserver sa position dominante dans le secteur des banques de détail en Turquie (pensez-y aussi quand on vous présentera le montant des agios pour votre découvert), ou Renault, qui contrôle 15 % du marché de la voiture en Turquie et y emploie, à Bursa, plus de 6 000 personnes certainement beaucoup plus qualifiées que tous les demandeurs d’emploi français laissés sur le carreau par les « restructurations » à répétition du secteur automobile. Sur les 300 000 véhicules produits pour Renault en Turquie, combien ont été écoulés dans le pays… et combien « à l’exportation », c’est-à-dire vers la France ou vers d’autres pays européens ?

Plus étonnant encore, et pas forcément connu de ses employés – et des très nombreux Français – qui réclament que La Poste demeure un service public : celle-ci figure aussi parmi les partenaires de la Saison de la Turquie ! Explication avancée par la société […]

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