La première rentrée de Luc Chatel

Luc ChatelComme ces ministres de la défense qui n’ont jamais fait leur service militaire ou ces ministres citadins de l’agriculture ou de la pêche ignorants des réalités de la nature, le nouveau ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a montré une certaine maladresse pour sa première rentrée scolaire.

Il n’est pas issu du sérail comme son prédécesseur Xavier Darcos (agrégé de lettres). Et son passé de porte-parole du gouvernement ou de commercial à l’Oréal n’a pu combler son inexpérience et ses lacunes en la matière. A commencer par un dossier de presse truffé de multiples fautes d’orthographe, d’imprécisions et d’inexactitudes. On y lit que le nombre d’enseignants du premier et du second degré atteint 825 100 alors que Luc Chatel, au cours de sa première conférence de presse,  a parlé, lui, de 870 000.

Loin des saillies provocatrices d’un Darcos ou d’un Allègre, fins connaisseurs d’un système dont ils étaient eux-mêmes captifs, il a employé des formules très consensuelles, constate Libération, du style : « Je suis pour la réussite de tous les élèves » ou « Je ne serai pas le ministre du statu quo » ; « Je ne ferai pas des réformes gadgets ».

«  Je ne ferai pas de réformes cosmétiques car là j’ai déjà donné », a ironisé le néophyte dans une allusion à son passé de DRH (directeur des ressources humaines) à Loréal qu’il a encore cru bon d’utiliser pour se faire valoir : « J’ai été DRH et j’ai découvert une maison qui ne remplit pas son rôle d’accompagnement du personnel, à qui il faut dégager davantage de perspectives. »

Le ministre est néanmoins apparu assez démuni sur certains chiffres concernant ce personnel (comme le nombre de remplaçants disponibles qui ne sont pas affectés à des postes fixes), renvoyant à plusieurs reprises sur ses collaborateurs pour les précisions détaillées. Il surfe allègrement sur le flou artistique, comme avec cette idée que l’histoire des arts (l’introduction d’une nouvelle matière selon une idée de Sarkozy) soit « évoquée dans toutes les disciplines »...

Bien qu’il prétende reprendre le flambeau de son prédécesseur, « pour l’instant, Luc Chatel a fortement joué la prudence et le dialogue. Il a aussi joué la grippe A », constate Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU, principal syndicat du secondaire, parmi ceux que Claude Allègre surnommait les « révolutionnaires du statu quo » dans l’engraissement du Mammouth.

Celui qu’on accuse (comme son patron Sarko) de faire trop de « com » (notamment après l’épisode d’Intermarché avec des clientes appelées pour lui faire la claque, selon Libé !) aurait commandé (murmure-t-on, selon le Figaro) une étude sur les plus populaires locataires de la rue de Grenelle. « Il a dû y découvrir les noms de François Bayrou et de François Fillon. Aucun n’a fait bouger les lignes. Cela laisse présager des modèles que se donne le ministre », s’amuse Jean-Paul Brighelli, auteur du pamplet La fabrique du crétin.

Luc Chatel a par ailleurs souhaité, au grand dam des « antipédagos », qu’avec la prochaine réforme du lycée, les établissements scolaires deviennent des « lieux de vie ». « Fumisterie pédagogique », s’indigne encore Brighelli. Tout ceci pour induire qu’il ne devrait être qu’un vulgaire et pâle ministre de transition dans la série fantoche des prétendus cornacs du Mammouth scolaire…

REMI FONTAINE

Source : le quotidien Présent.

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