Avant-première – Minute n°2424 du 2 sept. 2009.

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Minute numéro 2424

La cité du Vaucluse est devenue un enfer

Cavaillon : des pépins au pays des melons

A Cavaillon, sur le marché, il y a des melons. Ailleurs aussi. Dans les campagnes des alentours par exemple, où des saisonniers viennent les ramasser. Certains se sont installés, entretenant ainsi la reproduction du melon d’année en année. Et au bout du compte, il y a eu des pépins. Les Cavaillonnais ont maintenant l’impression qu’on les prend pour des jambons. D’où le cri d’alarme lancé par le député-maire (UMP) Jean-Claude Bouchet, avec lequel on raccroche tout juste le téléphone.

Jean-Claude Bouchet n’est pas le genre d’élu qui reste dans son bureau à attendre les rapports de ses services. Le terrain, il le connaît. On peut même dire que le chef d’entreprise qu’il a longtemps été aime ça. Quand on a été vice-président de l’Unostra, l’Union nationale des organisations syndicales des transporteurs routiers automobiles – les balèzes qui bloquent de temps en temps les routes parce que le gazole est trop cher –, on ne garde pas non plus trop longtemps sa langue dans sa poche. Si Jean-Claude Bouchet ne s’est pas totalement fait tout seul – son père fut maire de Cavaillon à la jointure des années 1980-1990, trois ans seulement, étant décédé en cours de mandat –, il n’est pas pour autant un simple « fils de » : « Mon père m’a élevé avec la carotte et le bâton. J’applique à la ville la même méthode. »

Y’a pas qu’à Marseille qu’il y a des quartiers Nord

A la mairie, avant son père, il y avait eu Fleury Mitifiot, injustement méconnu au-delà du Vaucluse. Socialiste et laïcard comme on l’est par là-bas, il avait pris la mairie en 1945, il l’a lâchée en 1977 ! Suivit Fernand Lombard (jusqu’en 1989), de gauche aussi, puis Bouchet père, puis Maurice Giro, qui amorça la transition vers la droite jusqu’à ce que Bouchet Jean-Claude lui pique la députation en 2007 et s’empare de la mairie en 2008. La politique, pour le député-maire, c’est donc à la fois une vieille histoire et une nouveauté. Et comme, s’il s’est fait élire, c’est avec pour slogan « Rendons le sourire aux Cavaillonnais », il s’est mis au taf. Son père avait la réputation d’être « énergique ». Côté gènes, ils ont été transmis.

Sous le titre « Six mois de violences urbaines », « Le Dauphiné libéré » a recensé les pépins survenus depuis mars dans cette ville de 26 000 habitants. Ça commence par la mise à sac de cinq classes d’une école (le 9 mars), ça s’achève (provisoirement) par l’incendie d’une voiture malencontreusement garée à proximité d’un compteur à gaz et la fuite par la fenêtre de l’habitation en flamme d’une jeune fille et de son petit ami (26 août). Passons sur la tentative de braquage du tabac-presse « Le Petit Irlandais », sans doute pris pour une annexe de l’IRA recélant son fabuleux trésor de guerre (30 avril).

« Le Dauph’ » ne prend pas la peine – ou il n’aurait pas assez de pages pour cela – d’égrener les « incivilités », souvent « à la limite de la délinquance », reconnaît le maire, qui émanent d’habitants de la « ville haute », ces quartiers Nord où se regroupe environ 10 % de la population, dont « beaucoup sont d’origine maghrébine de la deuxième ou de la troisième génération ». Dans un des quartiers de ce riant ensemble, on compte 50 % de chômage, dixit Monsieur le maire. Certainement la faute aux employeurs racistes.

« Faites ce qu’il faut sinon on va sortir les fusils ! »

Côté bâton, Jean-Claude Bouchet a donc décidé d’en venir à un principe simple : « la tolérance zéro ». Surtout que si lui n’y parvient pas, d’autres risquent de s’en charger. « Les gens en ont marre de devoir changer de trottoir parce qu’il est occupé par un groupe de jeunes et qu’ils ont peur. Ils en ont marre des dérapages en voiture sous leurs fenêtres jusqu’à deux ou trois heures du matin. Et comme ce sont des gens qui n’ont pas assez d’argent pour aller vivre ailleurs, ils subissent. Et comme ils en ont marre – et ils ont raison de ne plus vouloir supporter cela –, maintenant ils me disent : “Faites ce qu’il faut sinon on va sortir les fusils.“ »

Espérant qu’on n’en viendra pas là, Jean-Claude Bouchet a donc sorti le papier à en-tête avant que ses administrés sortent les flingues et a écrit à Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, et Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice. Sa plume aussi est énergique : « La situation atteint les limites du supportable […] Nous sommes à deux doigts de voir l’apparition de milices privées et l’organisation de marches ou de manifestations citoyennes […] Les Cavaillonnais n’en peuvent plus de cette situation d’insécurité quotidienne. J’ai besoin de tout votre appui afin que l’Etat mette en œuvre tous les moyens policiers et judiciaires nécessaires afin de venir à bout de cette situation et d’interpeller durablement les auteurs de ces crimes et délits. »

Comme la lettre a un peu circulé et que justement, Brice Hortefeux connaissait mal le Vaucluse, il est passé par Cavaillon, accompagné par le préfet, et a salué Monsieur le maire. « Il m’a dit qu’il allait donner un coup de main et m’envoyer des renforts supplémentaires. » Chiche ! A Michèle Alliot-Marie, qui s’est trouvée un créneau dans son emploi du temps pour le recevoir ce mercredi, Jean-Claude Bouchet a pas mal de choses à demander dont une qui lui paraît importante, d’autant plus importante qu’elle figurait dans les promesses de campagne de son candidat, un certain Nicolas Sarkozy, auquel il reste fidèle. « Et je crois en Sarkozy, je vous le dis ! », lance-t-il en éclatant de rire rien qu’en imaginant la tête du rédacteur en chef de « Minute » à l’autre bout du téléphone. « On hérite d’une situation de vingt ou trente ans en arrière. » Et les années de Sarko au ministère de l’Intérieur (2002-2004, 2005-2007), elles comptent ou pas ?

Les bagnoles à 80 000 euros, avec quel pognon ?

« Avec Michèle Alliot-Marie, je vais axer sur une chose essentielle à mes yeux, assure Jean-Claude Bouchet. Quand j’ai une liste de gens qui roulent dans des voitures à plusieurs dizaines de milliers d’euros, parfois à 80 000 euros, et que la police a la même liste, alors que ces gens ont vingt ans, est-ce qu’il n’y a pas un service financier qui pourrait enquêter sur les revenus de ces personnes ? Je ne dis pas qu’il est forcément gagné de façon malhonnête, mais vous avouerez que je peux avoir de sérieux doutes. » Doutes renforcés par une coïncidence des plus étranges : ce ne sont […]

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